Tourisme intelligent : la révolution numérique au service des destinations locales ( Par Souleymane Astou DIAGNE )


Au Sénégal, le tourisme représente entre 8 et 10% du PIB et emploierait près de 600 milles personnes (emplois directs et indirects) en 2025. Dans la quête d’« endogénéiser » le la dynamique de développement économique, le tourisme offre des potentialités non négligeables. Pour ce faire, il faudrait des synergies institutionnelles et des innovations majeures pour booster le secteur touristique avec ses effets multiplicateurs robustes sur les autres secteurs de l’économie.
Le numérique, à travers les innovations technologiques, sert de support au développement des différents services de l’économie nationale. Sur cette lancée, le tourisme représente un secteur à très haut potentiel qui mériterait d’être promu pour créer des centaines de milliers d’emplois en faveur des jeunes. En mettant en place une holding de financement de l’économie, l’État du Sénégal innoverait en mettant un dispositif endogène de promotion du tourisme intérieur à travers un chèque de vacances pour les fonctionnaires, les agents de l’État, des travailleurs du secteur privé, les Sénégalais de la diaspora et des retraités référencés au FNR ou à l’IPRES.
Il sera question de permettre, pour chaque segment susmentionné, de choisir un dispositif de financement de vacances en famille, sur un site touristique de leur choix entre 7 et 14 jours, avec une subvention publique de l’ordre de 80 à 50%, en fonction de la période, des revenus, de la catégorie socio-professionnelle et de la hiérarchie dans l’administration publique et privée. Pour leur contribution au financement des vacances, par exemple, les fonctionnaires souscriraient à un paiement étalé sur l’année, ce qui va rendre la charge financière un peu indolore. Le reste des intéressés poursuivraient cette voie pour préfinancer le dispositif.
Ainsi, si l’État parvient à convaincre 30% des fonctionnaires, 15% des travailleurs du privé et 10% des retraités, cela permettra de revigorer toute la chaîne de valeur du tourisme. Plus de 3 millions de nuitées et plus de 10 millions de repas pourraient être générés par an par le dispositif chèque de vacances. L’enjeu économique consiste à rendre endogène toute la logique de production, de commercialisation et de consommation de la chaîne de valeur touristique locale. Il faut le souligner, le secteur touristique sénégalais ne crée pas suffisamment d’emplois décents. Par exemple, presque tous les complexes hôteliers ont un nombre d’employés inférieur au nombre de chambre. Autrement dit, la moyenne au Sénégal se situe à moins de 1 emploi crée par chambre alors qu’une chambre d’hôtel peut produire jusqu’à 4 emplois.
À terme, avec la mise en place des chèques de vacances via une plateforme numérique, des centaines de milliers d’emplois (500 à 600 milles emplois) seront créés avec des externalités positives robustes sur les secteurs économiques supports tels que l’agriculture, le transport et l’artisanat. En définitive, ce dispositif permettra aux Sénégalais de mieux connaître leur territoire et d’alimenter le sentiment patriotique sur la nécessité de compter sur nos propres ressources locales pour nous développer. Pour rendre opérationnel ce dispositif, une application ou une plate-forme numérique, gérée par un organisme public dédié, sera nécessaire pour faciliter la coordination et l’efficacité. Enfin, l’État du Sénégal devra œuvrer en sorte que les hôtels et l’essentiel du dispositif d’accompagnement soient aux mains des Sénégalais pour accroître les effets multiplicateurs des chèques de vacances.
Souleymane Astou DIAGNE
Economiste – écrivain
 université Alioune DIOP
 
Mercredi 17 Juin 2026
Dakaractu