Thierno Bocoum : “Je n'ai compté que sur le secours de Dieu et Il est venu à mon secours en m'inspirant”.

Thierno Bocoum a perdu son fils un soir d’octobre, dans des conditions douloureuses et atroces. Un fils qui était un compagnon, un complice. Tout le pays en fut choqué. Pourquoi cet engouement pour un fait divers qui toucha un personnage sympathique de notre microcosme politique ? Certainement une certaine amitié virtuelle pour un homme dont la sincérité a fini de gagner le cœur des Sénégalais. A peine 3 mois après cet accident, et ce deuil terrible, Thierno Bocoum sort un livre intitulé : « Un père à l’assaut de la douleur ». Dakaractu a voulu en savoir un peu plus en questionnant l’homme qui est demeuré d’une pudeur exemplaire face ce drame et son écriture est restée tout autant pudique, et touchante. Entretien.


Dakaractu : Monsieur Bocoum, où en êtes vous aujourd’hui, comment vous sentez vous au sortir de cette épreuve ?
 
Thierno Bocoum : Je me sens bien. J'en sors avec beaucoup d'expérience après avoir réussi à surmonter une douloureuse épreuve et faire face à des défis. Je rends grâce à Dieu de m'avoir guidé et de m'avoir inspiré dans ma quête de porter assistance à mon épouse, mon fils, ma famille et mes amis.

D. A. Que vous font ressentir ces flashes, qui nécessairement viennent assaillir votre esprit ? Vous troublent-ils encore ?

Th. B. Mon fils Vieux ne sortira pas de mon esprit mais son visage ne me hante pas. Il me rend heureux. J'ai accepté son départ de la même manière que je me réjoui de son passage sur terre. Je n'ai pas le droit de l'oublier parce que ce fut un bienfait de Dieu qui m'a rendu heureux pendant deux ans et demi. Je rends grâce à Dieu de m'avoir accordé ce privilège. Son décès est une expression de la puissance divine. Je veux rester croyant dans le malheur comme dans le bonheur. Ce malheur m'a fait souffrir mais il ne m'a ôté ma croyance du seigneur sur laquelle je me suis adossé pour faire mon deuil et aider ma famille à s'en sortir

D. A. Pourquoi avoir éprouvé le besoin d’écrire un livre, et de quels sentiments souhaitez-vous diffuser la teneur et la portée au monde ?

Th. B. Au début c'était pour moi une thérapie. Je sentais la nécessité d'écrire pour me soulager. J'ai l'habitude d'écrire pour extérioriser mes convictions. Cette fois-ci c'était pour me détacher d'une douleur accablante. Cependant à force d'écrire, j'ai pensé aux autres. J'ai été tellement soutenu dans cette épreuve que je ne voulais pas garder les choses pour moi-même. J'avais ce réflexe de chercher à prémunir les autres d'une souffrance, à les encadrer en puisant dans ma fraîche expérience. J'ai voulu parler aux parents. Nous parents, nous aimons nos enfants. J'ai voulu les alerter de ce qui pourrait  nous arriver subitement par la grâce de Dieu. J'ai écrit pour partager mon expérience pour orienter, prémunir...Le livre m'a aussi permis de revenir sur certaines positions que j'ai eu à adopter face au drame. Beaucoup n'avaient pas compris ma communication sur Facebook, beaucoup ne connaissaient pas mon état d'esprit au moment des faits... Chacun commentait par rapport à son niveau d'information. J'ai voulu éclaircir et faire comprendre le milieu dans lequel j'ai nagé qui n'avait rien d'habituel.
 
D. A. Quelles leçons de vie en avez-vous tiré ? Plus de relativité ? Plus de croyance en Dieu ? Plus d’appétence pour les choses et les bonheurs simples ? Plus de sérénité ? Plus de forces ?

Th. B. Beaucoup de choses à la fois. Plus de croyance en Dieu, plus de forces, plus de sérénité....J'ai souffert mais aussi je me suis battu contre cette douleur. Je me suis adossé sur ma croyance en Dieu et pour moi cela a été déterminant. Je n'ai compté que sur le secours de Dieu et Il est venu à mon secours en m'inspirant. Je suis sorti de cette épreuve en étant plus apte à aimer. Nous devons aimer, nous devons donner de l'amour à nos proches mais nous devons avoir la ferme conviction que leur sort et le nôtre sont entre les mains de Dieu.

D. A. Cette mort brutale d’un fils vous-a-t-elle donné paradoxalement un surcroît de souffle de vie ?

Th. B. Je ne sais pas. Je ne pense pas que nous devions trop tenir à la vie. Nous sommes des croyants et pour nous la vie après celle sur terre est la plus importante. J'ai dit à mon fils "à bientôt" parce que pour moi le rendez-vous le plus proche c'est bientôt. Dieu seul sait. C'est soit bientôt ou plus tard mais le rendez-vous viendra tôt ou tard. Cheikh Ahmadou Bamba nous a déjà édifié en nous demandant de travailler comme si nous ne devrions jamais mourir et de prier comme si la mort était imminente. Nous n'avons aucune emprise sur cette mort. Elle s'impose à nous. Je préfère me concentrer sur la qualité de ma vie en termes de contribution pour l'humanité que de penser à la mort.

D. A. Comment appréhendez-vous la vie à présent, notamment votre rapport à la vie matérielle, à la politique dont vous êtes un grand acteur ? Tout cela ne vous semble pas être vanité ?
 
Th. B. Je n'ai jamais accordé d'importance à la vie matérielle. Ceux qui me connaissent le savent. Mes positions politiques ne varieront pas non plus. J'ai toujours cherché à m'adosser sur des valeurs. Il y'a que ça qui compte. Le reste est éphémère. C'est vrai que ce drame m'a beaucoup affecté mais il ne changera pas grand chose sur ma manière de voir les choses. Ma croyance en Dieu a précédé le drame dans mon cœur. Ma vision des choses s'est confirmée avec le drame que j'ai vécu. J'ai souffert mais j'avais compris ce qui m'arrivait. Ma souffrance n'avait rien à voir avec une incompréhension. C'était lié au fait que j'avais été amputé.
Jeudi 22 Janvier 2015
Daddy Diop