Témoignage d'un ancien toxicomane : « Les choses horribles que j'ai faites à cause de l'usage de la drogue »


Depuis quelques temps, l'actualité est occupée par les prises de drogue au port de Dakar. Deux saisies importantes ont eu lieu entre les 26 juin et le 1er juillet pour une quantité totale de 1110 kilos de cocaïne. La drogue devait transiter à Dakar pour finir sa course en Europe. Mais dans ce transport risqué d'une marchandise aussi spécifique, plusieurs mains sont mises à contribution par les narcotrafiquants pour s'assurer de l'arrivée à bon port. Pour cela, des dealers locaux sont impliquées. 

Des soi-disant transitaires et des dealers ont été mis aux arrêts et attendent d’être édifiés sur leur sort par la Justice.

Mais au Sénégal, la vente de la cocaïne n'est pas un business florissant, comparée à celle du cannabis. Les usagers de la cocaïne, cultivée en Amérique du Sud se comptent sur les doigts de la main, en raison de son coût exorbitant.

 

Par contre, l'usage du chanvre indien reste un fléau inquiétant en raison de la facilité avec laquelle les utilisateurs accèdent à cette drogue. 

 

Pour comprendre les dégâts que provoque l' « herbe », Dakaractu est parvenu à faire parler un ancien usager.

 

Pendant sept longues années, notre interlocuteur que nous appellerons Demba a été happé par le monde de la drogue. Très tôt, il abandonne les études. À 19 ans, il a fumé son premier joint de chanvre. « C'est un ami qui m'a entraîné dans ce monde. Il m'a amené chez lui et nous sommes montés sur la terrasse où il m'a initié à l'usage du chanvre », confie Demba.

 

Cette expérience, il ne l'oubliera pas. « Parce que j'ai ressenti une sensation inexplicable. J'ai tout de suite perdu l'usage de mes pieds. Même pour descendre et rentrer chez moi, c'était la croix et la bannière. Lui, ça le faisait rigoler », se rappelle-t-il. « Je suis finalement rentré en titubant. Une fois chez moi, je me suis caché pour ne pas attirer l'attention sur moi car j'étais méconnaissable », regrette-t-il.

 

Comment trouvait-il la drogue alors qu'il n'avait pas de quoi acheter un bonbon ? «Le joint ne coûtait pas cher à l'époque. C'était seulement à 500 francs et un seul joint pouvait faire l'affaire pour quatre personnes. Il suffisait d'acheter le joint à 500 francs et de le mixer avec de la cigarette pour desservir quatre ou cinq personnes », se souvient l'ancien accro au « boukeu » , l'un des surnoms du chanvre indien dont le nom plus célèbre sous nos tropiques est « Yamba ».

 

Décrivant la sensation qui s'empare du tout nouvel usager, Demba évoque une « évasion » de quelques heures. « On a une certaine assurance et on se sent ragaillardi lorsqu'on fume son premier joint. Et quand on évolue dans la banlieue, on veut s'affirmer et donner la preuve qu'on est aussi un homme. Vu que la prise de drogue noircit les lèvres, j'y ai trouvé un moyen d'affirmer ma virilité et montrer à mes amis que j'étais un dur à cuire », explique Demba.

 

« J'ai poignardé et volé à cause du yamba »

 

De bout en bout, il passe de fumeur à vendeur. Un commerce florissant auquel il s'est adonné pour « se faire de l'argent facilement ». « À cette époque, les 500 grammes coûtaient 30 000 francs, les 250 g revenaient à 15 000 francs alors que les 100 grammes coûtaient 7500 francs. La tige de 90 000 francs pouvait être revendue à 160 000 et tout ça peut être écoulé dans un temps record de 2 jours, selon le rythme de consommation de la clientèle », révèle Demba. La revente n'était pas difficile. « Une fois approvisionné, je rentre directement chez moi où je les reconditionnais pour les revendre. Mes clients m'appelaient avant de venir prendre leur approvisionnement », fait-il savoir. Un « business » qui marchait bien en ce sens qu'il « m'apportait de l'argent sans que j'ai à faire beaucoup d'efforts ».

 

Néanmoins, Demba ne tarda pas à abandonner ce commerce pas comme les autres pour se limiter à la consommation de « l'herbe qui tue ». Lui, n'en mourra pas.

Cependant, des atrocités, il en a commises à cause de l'usage abusif du Yamba. « J'ai poignardé un ami parce que j'étais sous l'emprise du chanvre indien », regrette-t-il. « On s'est disputé pour des futilités et je lui ai asséné un coup de couteau au thorax. La lame est bien entrée et le sang a giclé. J'ai subitement compris que j'avais dépassé les bornes. J'ai essayé d’arrêter l'hémorragie avec un bout de morceau que j'avais sur moi. En même temps, j'ai cherché à l'évacuer mais compte tenu des conséquences qui pouvait découler d'une telle démarche, j'ai vite oublié cette option. Mon ami m'a alors suggéré de le conduire auprès de son grand frère, et que ce dernier se chargerait de l'amener à l’hôpital. Je me suis exécuté, mais de peur de représailles, je n'ai pas pris le risque de le porter jusqu'à l'endroit où était son frère. Je l'ai laissé continuer le chemin tout seul. Heureusement pour lui, il a reçu les soins nécessaires et on s'est retrouvé plus tard et on a fait table rase du passé », se rappelle l'ancien drogué. 

 

Qui se souvient aussi d'avoir subtilisé le téléphone d'un homme qui prenait du bon temps dans une plage avec sa copine. «sans la drogue, je n'aurai jamais songé à ces extrêmes », regrette profondément Demba.

De la chance, il en a eue car de ses 7 ans d'expérience dans ce milieu interlope de la banlieue dakaroise, il ne se rappelle pas avoir eu une seule fois des démêlés avec dame justice. « Il est pourtant arrivé que la police fasse des descentes dans nos repaires mais je ne suis jamais tombé dans leur nasse », s’étonne-t-il.

 

Aujourd'hui, Demba est redevenu « clean ». « L'homme que j'étais devenu ne me plaisait pas et j'ai décidé de mettre un terme à tout ça », jubile l'ancien toxico qui révèle cependant avoir un dernier combat à mener contre...la cigarette. On est toujours accro de quelque chose...

Lundi 7 Octobre 2019
Dakaractu



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