Condamné pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre », Succès Masra purgeait depuis plus d'un an une peine de 20 ans de prison ferme. La justice tchadienne poursuivait alors l'opposant sur la base d'un message vocal daté de 2023 et avait finalement conclu que c'était ce message qui avait provoqué deux ans plus tard, les affrontements meurtriers de Mandakao, dans le sud du pays. Les violences avaient causé la mort d'au moins 41 personnes.
Les huit dirigeants de partis, tous membres de la plateforme de l'opposition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), étaient condamnés depuis mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection, indique l'AFP.
Cette grâce présidentielle entraîne une « remise totale des peines privatives de libertés aux condamnés », indique le décret publié vendredi sur la page Facebook de la présidence tchadienne. « Nous remercions le président de la République d'avoir bravé les obstacles et choisi d'avancer dans l'esprit de l'unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix », a réagi le Dr Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti de Succès Masra, les Transformateurs.
Les Transformateurs ont toujours dénoncé un procès politique contre son président. Des accusations soutenues par la société civile tchadienne, ainsi que par plusieurs partis politiques, et notamment la Coalition pour sauver la démocratie au Tchad (COSADT).
La semaine dernière, elle appelait à gracier Succès Masra et les huit dirigeants du collectif d'opposition GCAP, eux, condamnés pour trouble à l'ordre public alors qu'ils préparaient une manifestation !
En début de semaine, à la veille de la fête de l'indépendance, le président Mahamat Idriss Déby avait souligné dans son discours l'importance de l'unité nationale et de la réconciliation, en annonçant des grâces présidentielles, rappelle Sidy Yansané, du service Afrique de RFI.
Un exil au Cameroun, puis nommé Premier ministre
Économiste âgé de 42 ans et figure populaire de l'opposition, Succès Masra avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre, sans qu'aucun bilan officiel ne soit jamais communiqué.
Il était rentré au Tchad un an plus tard en vertu d'un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa. Il avait été nommé Premier ministre peu après, cinq mois avant l'élection présidentielle de mai 2024 à l'issue de laquelle il était arrivé deuxième avec près de 20% des voix.