Lors d’un panel "Taxaw Saytu" organisé par le mouvement "Y’en a marre", ce vendredi 24 avril, autour du thème « Liberté de la presse et régulation de l’espace médiatique : trouver le juste équilibre pour une démocratie saine », plusieurs acteurs du secteur des médias ont partagé leurs analyses et préoccupations sur l’état actuel de la presse au Sénégal.
Prenant la parole, Alioune Tine, président d’Afrikajom Center, a défendu le rôle du Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les médias (CORED) comme seule instance légitime de régulation de la presse. Selon lui, cette structure d’autorégulation doit être renforcée afin de permettre aux professionnels d’exercer efficacement leur mission. Il a toutefois insisté sur la nécessité pour les journalistes de faire preuve de responsabilité, notamment en évitant la diffusion de fausses informations.
De son côté, Mamadou Ndiaye, directeur du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), a pointé du doigt une dérive dans le paysage médiatique, marquée par la montée de « journalistes d’opinion » qui, selon lui, font de la politique sans l’assumer. Il a également regretté que de nombreux journalistes bien formés quittent le pays pour travailler dans des médias étrangers, ce qui constitue une perte pour l’espace public sénégalais. Tout en saluant la contribution des médias privés à la démocratie, il a alerté sur la fragilité de certaines entreprises de presse, menacées de disparition. Il a ainsi appelé à un dialogue entre les autorités et les acteurs du secteur, notamment le CDEPS, pour renforcer la formation et soutenir les médias.
Pour Mamadou Diagne, président de la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal (CJRS), les reporters rencontrent des difficultés extrêmement graves dans les rédactions. Il a souligné la nécessité d’assainir la presse afin de permettre d’identifier clairement qui est journaliste et qui ne l’est pas. Il a également évoqué des conditions de travail difficiles, marquées par la précarité et le manque de moyens. Il a appelé le gouvernement à dialoguer avec les patrons de presse afin de trouver des solutions concrètes pour soutenir les entreprises médiatiques et améliorer la situation des jeunes reporters.
Au terme des échanges, les panélistes ont unanimement insisté sur la nécessité d’un dialogue inclusif entre les différents acteurs du secteur. Ils ont rappelé qu’une démocratie saine repose avant tout sur la liberté d’expression et sur un environnement médiatique à la fois libre, responsable et viable.