Tambacounda : l’autopsie qui a tout changé, une mère face à l’accusation d’infanticide… cinq ans requis


La quiétude habituelle de Diawara, petite commune du département de Bakel, a été brutalement fissurée par une affaire judiciaire d’une rare gravité. Mardi 24 février 2026, K. Traoré, 32 ans, a comparu devant la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Tambacounda. Elle est poursuivie pour infanticide, un crime qu’elle conteste mais qui lui vaut une réquisition de cinq ans de réclusion criminelle, rapporte L’Observateur.
 
Une naissance dans le secret, une mort au cœur du dossier
 
Dans le calme plat du village, l’horreur se serait nouée derrière une porte close. Les faits remontent à la soirée du 5 août 2024. Selon l’accusation, K. Traoré, divorcée et mère de trois enfants, aurait dissimulé sa grossesse à tout son entourage, y compris à sa propre mère avec qui elle vivait. Vers 19 heures, ressentant de vives douleurs, elle se serait isolée dans sa chambre et aurait accouché seule d’un bébé de sexe féminin.
 
Dans sa première version, reprise par L’Observateur, la mise en cause affirme que l’enfant serait né sans vie. Elle explique avoir coupé le cordon ombilical à l’aide d’une paire de ciseaux, enveloppé le corps dans une serviette, puis alerté sa mère. Cette dernière, sous le choc, informe son mari alité. Un ambulancier du poste de santé, membre de la famille, est alors sollicité pour transporter le corps au poste de santé de Diawara, à bord d’une moto Jakarta.
 
Le doute de la sage-femme, le tournant de l’enquête
 
Arrivée au poste de santé, la version d’un enfant mort-né ne convainc pas la sage-femme de garde. Un doute s’installe. Elle alerte aussitôt les autorités. Aux environs d’une heure du matin, dans la nuit du 5 au 6 août, les gendarmes sont saisis.
 
L’enquête ouverte fait rapidement vaciller la thèse accidentelle. Interpellée, K. Traoré livre d’abord une version hésitante, allant jusqu’à dire qu’elle ignorait sa grossesse, avant d’évoquer une relation secrète et adultère avec son beau-frère, identifié comme A. Traoré. Elle soutient avoir tenté d’effectuer un suivi médical après la Korité, sans succès, la sage-femme n’étant pas disponible.
 
Mais l’élément décisif survient avec les conclusions de l’autopsie : selon les résultats médico-légaux, le nouveau-né était vivant à la naissance. Une révélation capitale qui change la nature du dossier, passant d’un décès présumé naturel à la qualification criminelle d’infanticide, souligne L’Observateur.
 
Des dénégations face à des éléments accablants
 
Entendu par les enquêteurs, A. Traoré nie catégoriquement toute relation avec l’accusée. Il affirme n’avoir jamais eu connaissance de la grossesse. Il reconnaît toutefois avoir reçu un appel de K. Traoré le soir des faits, vers 21 heures, lui demandant de venir récupérer le corps pour l’enterrer discrètement — une proposition qu’il dit avoir refusée.
 
Déférée au parquet, K. Traoré est placée sous mandat de dépôt. Devant le juge d’instruction puis à la barre, elle maintient sa ligne de défense : l’enfant serait né inerte et sans vie. Mais ses dénégations se heurtent au témoignage constant de sa propre mère, qui a confirmé ses déclarations faites durant l’enquête.
 
Réquisitions lourdes, verdict attendu
 
Au terme des débats, et au regard de la constance des éléments à charge et des conclusions de l’autopsie, le substitut du Procureur a requis cinq ans de réclusion criminelle. La défense, assurée par Me Ba, a plaidé l’acquittement, invoquant l’insuffisance des preuves et demandant que le doute profite à l’accusée.
 
La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Tambacounda a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 12.
 
Jeudi 26 Février 2026
Dakaractu