Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, accompagné du directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor ainsi que du directeur de la Dette publique, a fait face à la presse pour dissiper les zones d’ombre entretenues autour des opérations de Total Return Swap (TRS) contractées par le Sénégal. Une sortie motivée par un article du Financial Times évoquant l’existence d’une supposée « dette cachée », et qui a depuis alimenté une vive controverse dans l’espace public national.
Pour comprendre pourquoi le gouvernement a eu recours à ces instruments, Cheikh Diba a jugé indispensable de replonger dans le contexte de l’année 2025.
Tout commence avec la certification par la Cour des comptes de la gestion des finances publiques. Les données qui en sont issues sur le budget comme sur le taux d’endettement avaient ému bon nombre d’observateurs et fini par peser lourdement sur les relations du Sénégal avec ses partenaires techniques et financiers internationaux. La conséquence directe fut une cascade de dégradations de la note souveraine du pays, qui a mécaniquement renchérit le coût de l’emprunt sur les marchés internationaux. En 2025, rappelle le mini des finances, les taux d’intérêt exigés sur le Sénégal se situaient entre 11 et 12 %. Dans le même temps, le programme avec le Fonds monétaire international n’était pas encore en place, ce qui avait considérablement ralenti l’accès aux financements multilatéraux. Le pays se retrouvait ainsi avec des besoins de financement estimés à 5700 milliards de francs CFA, deux options seulement sur la table avec le marché financier régional ou les marchés internationaux et une marge de manœuvre sur les emprunts en devises devenue quasiment inexistante.
C’est précisément dans cet élan que les équipes du ministère ont réfléchi à des solutions alternatives. Le ministre Cheikh Diba rappelle d’ailleurs avoir évoqué publiquement, dès le 14 octobre 2024, lors du lancement de l’agenda de transformation à l’horizon 2050, la nécessité d’approfondir le marché financier régional en termes de liquidité. L’idée principale, puisque les réformes structurelles nécessaires, la réforme des fonds de pension, des fonds d’investissement, de la fiscalité demandent du temps pour porter leurs fruits, il fallait trouver une solution à court terme. Cette solution, c’est aller chercher de l’épargne extérieure, la convertir et la domestiquer sur le marché régional, afin d’en élargir la liquidité sans attendre la maturation des réformes de fond.
Le gouvernement s’est donc tourné vers des partenaires institutionnels internationaux des banques commerciales en allant chercher l’épargne là où elle se constitue en volume. Trois partenaires ont été approchés et convaincus, précise le Ministre des finances. Il s’agit d’African Finance Corporation, institution panafricaine, de la Société Générale et un partenaire basé à Abou Dhabi. Le message délivré par le ministre est que « le Sénégal est sur un sentier de croissance à long terme ». Il fallait donc inviter ces partenaires à parier sur son économie. Ces partenaires ont manifesté leur volonté de souscrire aux titres publics sénégalais transigés sur le marché domestique, mais en posant des conditions techniques précises. La première contrainte soulevée était celle du change : ces investisseurs détiennent des dollars ou des euros, tandis que le marché sénégalais est libellé en francs CFA. Pour y répondre, un dispositif a été mis en place avec des acteurs locaux jouant le rôle de véhicules de conversion. Les ressources en devises sont déposées auprès d’une banque locale établie dans l’espace régional, avec un compte ouvert à la banque centrale, et immédiatement converties en francs CFA. Deux banques partenaires ont assuré ce rôle : l’une établie au Sénégal, l’autre en Côte d’Ivoire. La seconde contrainte portait sur la volatilité éventuelle du portefeuille de titres constitué. Le ministre a répondu sur deux niveaux notamment sur l’appartenance du Sénégal à une zone monétaire intégrée écarte tout risque d’instabilité monétaire d’autre part, la faible volatilité des titres sur le marché domestique des valeurs du Trésor rend le risque de taux quasiment inexistant. Mais pour aller plus loin dans la sécurisation, un mécanisme de garantie a été adossé à l’opération un Initial représentant environ 30 % du montant, mobilisable en cas de réalisation du risque. C’est précisément ce dispositif technique qui constitue, selon Cheikh Diba, le cœur du mécanisme TRS.
Au moment du remboursement, le schéma s’inverse. En effet, les francs CFA sont convertis en devise via les mêmes véhicules, et les fonds retournent au pays de résidence du partenaire. « Voilà le mécanisme. Ce n’est rien d’autre que ça », a résumé le ministre.
En réalité, le ministre Cheikh Diba a balayé point par point les accusations d’opacité. « Les opérations de TRS ne comportent aucune clause cachée, aucune contrepartie dissimulée, aucun traitement préférentiel occulte. Aucun bien de l’État n’a été donné en gage. Le financement levé est intégralement libellé en francs CFA et inscrit dans les statistiques publiques du marché des valeurs du Trésor », a estimé le ministre des Finances et du Budget qui rappelle que le recours à ce type d’instruments n’est pas inédit car, le Sénégal y a déjà fait appel en 2011, en 2015 et en 2018, et la possibilité d’y recourir est expressément prévue dans la loi de finances. Les fonds mobilisés ont servi à financer les dépenses publiques de l’exercice 2025 service.
Sur le terrain de la communication, le ministre a rappelé avoir personnellement présenté ces instruments devant l’Assemblée nationale le 29 novembre 2025, que les informations y afférentes figurent dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances 2026, et que le FMI a été tenu informé tout au long de l’année 2025. « Le recours aux TRS s’est fait dans la légalité, la transparence, la parfaite maîtrise des risques et une communication responsable », a-t-il conclu, rejetant toute assimilation de cette démarche à de l’opacité ou à un financement secret.