TOURISME : Visa et Fast-tract sont-ils compatibles ?


Au lendemain de la réélection du Président Macky SALL et de la constitution du gouvernement, d’énormes réformes et restructurations des services de l’Etat ont été prises pour alléger les lourdeurs administratives.

La mesure la plus importante est la suppression du poste de Premier Ministre dans l’attelage gouvernemental en vue de rendre les actions du gouvernement plus efficaces et efficientes.

Certaines Directions ont été supprimées et d’autres rattachées à la Présidence de la République pour donner plus de marge de manœuvre au Président de la République qui définit la politique de la nation.

Celle-ci basée fondamentalement sur le Plan Sénégal Emergeant et le Plan d’Actions Prioritaires est en train d’être boostée pour atteindre les objectifs fixés en 2035. C’est ainsi que le mode Fast-Tract est mis en place pour mobiliser tous les secteurs économiques et sociaux. Cette instruction du Président de la République est en train d’être appliquée par le Ministère du Tourisme et des Transports Aériens.

Depuis, la prise de fonction, le ministère œuvre à repositionner le Sénégal en tant que Hub aérien et Destination touristique de référence au niveau africain et mondial comme défini dans la politique stratégique du Sénégal qui est le Plan Sénégal Emergent (PSE). Cette feuille de route comprend cinq (5) orientations majeures, déclinées en 45 actions. Ses orientations portent sur le cadre réglementaire et institutionnel ; la sécurité et la qualité de l’offre de l’AIBD et des aéroports
secondaires ; les capacités de pilotages et d’encadrement du MTTA ; la promotion de la destination Sénégal ;  l’investissement touristique.

Chacune des orientations est en train d’être réalisée et des actions concrètes ont été notées telles que la classification et la catégorisation des hôtels des pôles touristiques de Dakar et de la Petite côte, le nouveau code du tourisme en phase d’adoption, l’achat de deux nouveaux avions et l’ouverture de 07 nouvelles lignes de desserte dans la sous-région, en Europe et en Amérique, l’installation du Conseil Sénégalais du Tourisme, la participation aux salons internationaux de tourisme de Montréal, de Paris et de Berlin et la réintégration du Sénégal au Conseil Mondial du Tourisme.

Cet élan de relance et de développement du tourisme et du transport aérien ne doit pas d’être brisé par la restauration d’un visa touristique qui est incontestablement  un motif de découragement du potentiel touriste et un frein au développement du tourisme.

La sécurité, la sureté et la stabilité sont des éléments indispensables pour la touristicité d’une Destination. D’autres méthodes de contrôle sécuritaire peuvent être utilisées pour sécuriser le pays sans entraver au fonctionnement du secteur touristique qui contribue à plus de 7% du PIB et pourvoie plus de 100 000 emplois directs et indirects.

L’instauration de ce visa touristique contrarierait la politique touristique du gouvernement qui mise sur le Projet de Développement du Tourisme et des Entreprises (PDTE) en vue d’apporter des réponses durables aux problèmes de compétitivité de l’économie sénégalaise.

En plus la mise en place du Crédit Hôtelier et Touristique (5 milliards), de la réduction de 50% de la parafiscalité (redevance passager et taxe de sûreté) sur le billet d’avion pour baisser le prix du billet, de la dématérialisation de huit procédures du secteur touristique par l’ADIE, du statut fiscal spécial est accordé aux entreprises touristiques de la région naturelle de Casamance pour une durée de dix ans à compter de la date de délivrance de l’agrément,  des nouveaux centres de formations touristiques à Diamniadio, Saint-Louis, Casamance (Cluster/Tourisme) et l'USSEIN, indique clairement l’importance qu’accorde le Président de la République au secteur touristique.

Par conséquent, toute décision administrative prise par les autres membres du gouvernement doit prendre en compte tous ces efforts fournis depuis 2015 et le caractère transversal du tourisme.

Etant donné que l’erreur porte conseil, nous devons tirer les conséquences dramatiques qu’a subies le tourisme entre 2013 et 2016 à cause du visa biométrique dont les séquelles sont encore ressenties par tous les acteurs du tourisme.

Dès son application le 01 juillet 2013, toutes les prévisions faites par le Plan Stratégique de Développement Durable du Tourisme au Sénégal (PSDT) 2014-2018 en date du 23 décembre 2013 avaient été chamboulées. Le Sénégal avait ambitionné de promouvoir un tourisme éthique, responsable, compétitif et contribuant durablement à son émergence économique. Il s’était fixé un objectif global d’atteindre le cap de 2 000 000 de touristes en 2018, avec un objectif intermédiaire de 1 500 000 de touristes en 2016.

Malheureusement avec l’imposition du visa obligatoire, les arrivées touristiques internationales du Sénégal ont connu des baisses inattendues. Les arrivées hôtelières des non-résidents étaient dénombrées à 1 063 000 en 2013. Elles sont passées de 908.429 en 2014 contre 680.491 en 2015, soit une baisse de 25 %. Au terme de l’année 2014, le nombre de croisiéristes s’est élevé à 13.185 contre 7.743 en 2015, soit une baisse de 41,3%. Source Bulletin des Statistiques Enquête sur l’offre et la demande touristiques (2014-2015).

La même source révèle que les arrivées globales enregistrées en 2014 s’élèvent à 1.216.090 contre 1.076.277 arrivées en 2015, soit une baisse de 11,5%. Ce naufrage silencieux du tourisme au Sénégal a entraîné une perte annuelle de plus de 95 milliards de francs CFA.

Cette situation calamiteuse a eu des impacts très négatifs sur les emplois directs et indirects ainsi que les recettes touristiques durant ces années de braise. Toutes les entreprises évoluant dans le secteur ont souffert de ce marasme économique.

C’est ainsi que le visa payant pour l’entrée au Sénégal a été supprimé le 1er mai 2015 par le Président de la République après avoir été informé par les acteurs du secteur touristique sur les nombreuses pertes économiques, sociales et fiscales qu’engendre cette mesure, sous prétexte de réciprocité, d’un visa biométrique pour les ressortissants des pays demandant le visa aux sénégalais.

Maintenant, pourquoi réinstaurer le visa avec un nouveau prétexte (sécurité) aux visiteurs  non-résidents dans l’espace CEDEAO qui risque d’aggraver la cherté de la Destination Sénégal et d'affaiblir ses forces face à la rude concurrence contre les pays de la sous-région et du Maghreb ?  

 

​​Pap. TOURE

Manager des Entreprises et Projets Touristiques.
Lundi 28 Octobre 2019
Dakaractu



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