TOUBA - CHEIKH BASS SANS FILTRE: " L’Etat profite plus de Touba qu’il n’y investit… Le Magal, c’est plus de 300 millards de retombées, comparés à 20 milliards d’investissements, c’est insignifiant mais nous comprenons que c’est difficile partout "


Une visite traditionnelle des représentants de l’exécutif de Diourbel au lendemain de la Tabaski a donné lieu à une déclaration sans filtre de Cheikh Bass Abdou Khadre Mbacké, porte-parole du khalife général des mourides. Le chef religieux  recevait concrètement le gouverneur de Diourbel, Ibrahima Fall, accompagné du préfet de Mbacké et du sous-préfet de Ndame.

Devant les autorités, Cheikh Bass a livré un discours sans concession, mêlant constats économiques, revendications d’équité et mise en garde politique.

« Touba est une ville compliquée pour les commis de l’État à cause de son cacahuète religieux » – a-t-il d’emblée ironisé, avant de saluer la gestion du gouverneur : « Mais, en tant que gouverneur, vous vous y prenez assez bien. »

Puis il a déroulé une démonstration chiffrée pour rappeler le poids de la cité religieuse. « Le Magal est un événement d’une dimension internationale. Ses incidences sur l’économie sont énormes. Au dernier calcul, c’est près de 3 000 milliards de retombées. » Il a ajouté : « La Senelec vous dira que Touba est leur premier et meilleur client. Presque toutes les banques ont choisi d’installer ici des établissements. C’est une cité qui compte plus de deux millions de personnes. »

Selon lui, « l’État gagne plusieurs centaines de milliards dérivés de ce qui est consommé par les populations. Donc quand on entend que l’État a investi ici 20 milliards, on se rend compte clairement que c’est bien en deçà de ce qui est gagné. C’est très insignifiant. »

Il a poursuivi : « Allez demander à la douane. 20 % des containers qui rentrent au Sénégal vont à Touba ou sont convoyés par des fils de Touba. »

L’eau non payée : « insignifiant » face aux manques d’investissement

Abordant la question sensible de l’eau, longtemps non facturée aux populations de Touba, Cheikh Bass a balayé la critique : « L’on accuse généralement Touba de ne pas obliger ses populations à payer l’eau. C’est insignifiant par rapport à ce que l’État devait investir dans cette ville ». Il a pris un exemple frappant : « Je vous invite à prendre exemple sur le budget de l’Éducation nationale ou de l’enseignement supérieur, qui est supérieur à 100 milliards. Touba n’en bénéficie même pas à hauteur de 3 milliards. Les populations ne devraient nourrir aucun complexe juste parce qu’elles ne payaient pas l’eau. Seuls les taxes indirects équivalent à certaines dépenses qui ne sont pas faites. »

Le porte-parole des mourides a ensuite défini Touba comme « un contre-pouvoir. C’est une majorité calme, car composée de commerçants calmes qui ne s’occupent que de leur travail ». Il a constaté : « À l’instant où je vous parle, il n’y a presque plus de routes praticables à Touba. La vie est compliquée partout. C’est pourquoi nous ne faisons aucune pression. L’équité voudrait que Touba soit privilégiée en raison du nombre de sa population. Il y a aussi que Touba bénéficie d’un statut spécial ».

Rappelant ses échanges avec l’ancien président Macky Sall en 2014, alors qu’il venait de remplacer Wade – « initiateur de la loi sur la parité » –, Cheikh Bass a insisté : « Touba, je le rappelle, est un titre foncier. Le propriétaire ne souhaiterait pas qu’on dérange son organisation interne. »

Une mise en garde à l’approche des élections

Sans jamais rompre la mesure, il a glissé un avertissement : « Je me permets de vous le rappeler en perspective des prochaines élections. Cela ne veut pas dire que Touba se singularise ou s’isole. » Avant de conclure sur une note apaisée : « Nos prières vont à l’endroit du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. »

Enfin, Cheikh Bass a dénoncé ceux qui s’en prennent aux chefs religieux soufis, « pour la plupart des arabisants ». Il a fermement démenti une récente affirmation selon laquelle « Mamadou Dia avait, de son vivant, financé une partie de la mosquée ». « Que de contre-vérités », s’est exclamé Cheikh Bassirou Mbacké confiant que jamais Touba n’a accepté que l’Etat finance la mosquée ou les travaux qui y sont déroulés . « Il y a des minorités qui ont décidé de déclarer une guerre ouverte aux chefs religieux de ce pays. Ce sont des batailles perdues d’avance ».  Il terminée son discours qu’aucune initiative ne soit prise dans le sens de calmer en créant des structures comme celle d’un conseil supérieur islamique. Serigne Fallou Mbacké l’avait refusé en son temps . 

Serigne Mourtalla Ibn Serigne Abdou Fatah , chef religieux et Président, par ailleurs ; de la commission Siciale de Touba Ca Kanam a aussi pris part à la rencontre.
Vendredi 29 Mai 2026
Dakaractu