TCHAD : Idriss Déby Itno, Mahamat et l’autorité dans la gouvernance d’un pays miné par des conflits ethniques et religieux.


TCHAD : Idriss Déby Itno, Mahamat et l’autorité dans la gouvernance d’un pays miné par des conflits ethniques et religieux.

Dire que les Tchadiens sont soulagés par la mort du président Idriss Déby Itno ne correspond pas à la réalité du pays car les Tchadiens, dans leur grande majorité, avaient de l’estime pour leur Maréchal. Ils lui reconnaissent son sens du patriotisme, du courage et de l’abnégation. Déby aimait profondément le pays de Toumaï. 

 

Avec lui, au moins, les Tchadiens savaient à quoi s’attendre, même si depuis quelques années la question de la succession de Déby était de plus en plus agitée au sein des populations. Il a réussi la prouesse d’avoir grandement contribué à stabiliser son pays car son objectif était de ne plus voir le Tchad faire l’objet de résolutions de paix au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, mais d’en faire le cœur de la lutte contre le terrorisme. Tout le monde sait aujourd’hui que tous les pays africains, de même que la France, se tournent principalement vers le Tchad dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans le Bassin du Lac Tchad (Nigéria, Cameroun, Niger), au Soudan, en Centrafrique et dans les autres pays africains comme le nord Mali, le Bénin etc. 

 

Le trésor public tchadien a en effet longtemps souffert du préfinancement des opérations militaires tchadiennes en Afrique dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

 

Avec la mort du président Déby, les Tchadiens sont beaucoup plus préoccupés par des lendemains incertains. Ils ont toujours été hanté non pas par le départ de Déby du pouvoir mais par l’après-Déby. La peur de l’incertain dans un pays miné par des conflits ethniques et religieux. La fragilité de la paix sociale est causée par une certaine fracture ethnique et religieuse ayant d’autres conséquences comme les disparités sociales qui enveniment la situation et qui empêchent le Tchad de briller aux rayons de soleil d’une véritable Nation. Le président Déby, malgré tous ses efforts, n’aura réussi qu’à construire une Nation élitiste mais pas véritablement une Nation en profondeur dans sa véritable substance. 

 

En ce sens que dans son pouvoir de nomination aussi bien au sein de l’appareil d’Etat qu’au sein de son parti le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), il a réussi à fédérer toutes les sensibilités religieuses, ethniques et coutumières autour de la gestion des affaires de la République du Tchad. C’est la raison pour laquelle dans les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, il a toujours nommé un Premier ministre de confession religieuse différente pour équilibrer l’exercice du pouvoir entre le Nord et le Sud, entre les Musulmans, les Chrétiens, les Protestants et autres.

 

Le président Idriss Déby Itno a nommé de nombreux membres de sa famille et de son clan ethnique dans les institutions tchadiennes, y compris l’un de ses fils le Général Mahamat Idriss Déby Itno qui était le Directeur Général des Services de Sécurité des Institutions de l’Etat (DGSSIE). Les Tchadiens savaient déjà, en effet, qu’il gérait depuis des années la sécurité de Ndjaména. Il a toujours été l’homme de confiance de son père et son nom était toujours cité parmi les probables futurs successeurs du président Idriss Déby Itno pour la stabilité du Tchad. 

 

Discret, pragmatique et effacé, il n’est pas étonnant de le voir trôner à la tête de la présidence du Comité de Transition du Tchad pour 18 mois. Il est difficile de croire, en effet, qu’il quittera le pouvoir aussi facile pour quelqu’un qui a déjà été préparé à incarner l’Etat. Il a l’autorité qu’il faut pour tenir le gouvernail. 

 

Le président de l’Assemblée nationale du Tchad, dans le cadre de la légalité constitutionnelle, aurait mis sa vie en danger s’il s’était aventuré à prendre le pouvoir car il n’a pas l’autorité qu’il faut pour diriger cette transition. Pour l’heure, le Général Mahamat Idriss Déby Itno devra faire face à des rebelles déterminés qui n’ont pas encore dit leur dernier mot. Il devra également surveiller ses arrières dans son propre camp pour éviter la trahison de ses hommes et parer à toute éventualité.

 

Cheikhou Oumar SOW

Journaliste panafricain

Mercredi 21 Avril 2021
Dakaractu



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