Une semaine après les événements tragiques du 9 février sur le campus social de l'UCAD, la mort d'Abdoulaye Bâ continue de soulever une tempête d'indignation. La conférence de presse du procureur de la République, Ibrahim Ndoye, tenue mardi 17 février, n'a pas apaisé les esprits bien au contraire. Elle a mis le feu aux poudres.
Dans un communiqué rendu public ce mercredi, le Collectif des amicales de l'université s'insurge contre ce qu'il qualifie d'« approche communicationnelle » visant à dédouaner l'État de toute responsabilité. La thèse officielle d'une chute du quatrième étage est balayée d'un revers de main : comment un étudiant peut-il tomber de cette hauteur sans présenter la moindre fracture ? La question, posée sans détour, reste sans réponse.
« Comment une personne peut-elle chuter du quatrième étage sans présenter de fractures ? »
Les questions se bousculent. Qui a ordonné aux forces de défense et de sécurité (FDS) de pénétrer dans le campus ce jour-là ? Le ministre de l'Intérieur supervisait-il personnellement les opérations depuis son bureau ? Pourquoi l'ordre de retrait n'a-t-il jamais été donné, alors que la violence montait en crescendo ? Et surtout : qu'est-ce qui a provoqué l'incendie de la chambre 85F, obligeant les étudiants du 83F à sauter dans le vide ?
Des étudiants « traités comme des boucs émissaires »
Le communiqué ne se limite pas à pointer des incohérences factuelles. Il dénonce une stratégie de criminalisation des étudiants, présentés par l'État comme des fauteurs de troubles plutôt que comme des victimes. « Nous ne saurions accepter que les étudiants soient traités comme des boucs émissaires », affirme le Collectif, exigeant la libération immédiate de tous ceux qui ont été placés en détention dans la foulée des événements.
Face à ce qu'il perçoit comme un mur du silence institutionnel, le Collectif a décidé de maintenir le mot d'ordre de grève lancé en début de semaine. Les cours resteront suspendus jusqu'au jeudi 19 février, au moins. Une mobilisation « à l'échelle nationale » est saluée par les rédacteurs du communiqué, signe que l'émotion dépasse largement les murs du campus dakarois.
Le peuple sénégalais attend des réponses
Au-delà du campus, c'est l'ensemble de la société civile qui observe. La mort d'un étudiant dans des circonstances non élucidées, dans un contexte de tensions entre les forces de l'ordre et la communauté universitaire, ravive de vieux démons. Les familles des victimes, les associations étudiantes et de nombreux observateurs indépendants réclament une enquête transparente, menée loin des pressions gouvernementales.
Le Collectif des amicales dit ne pas vouloir s'arrêter là. Dans la dernière partie de son communiqué dont la fin n'a pas été rendue publique dans son intégralité, il réitère son « engagement indéfectible envers la vaillante » communauté étudiante. Les prochains jours seront décisifs.