Sortie d'al-Baghdadi, revendication farfelue de l'Ei et arrestation d'Omsen en Syrie : l'éclairage du jihadologue Romain Caillet


Presque un an après le message qui a précédé la chute de la capitale irakienne de l'État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi s'est adressé de nouveau à ses troupes à travers un enregistrement audio de 54 minutes intitulé “La bonne nouvelle pour ceux qui patientent”. Une sortie “médiatique” qui risque de ne pas fournir l'effet escompté si l'on en croit le jihadologue français, Romain Caillet.

Dans un entretien avec Dakaractu, le co-auteur de l'ouvrage “Le Combat vous a été prescrit” décèle une ressemblance avec le dernier message d'Al Baghdadi, surtout qu'”il peut pas mettre en avant des victoires”. “Il appelle à la patience, il appelle aussi à commettre des attentats en Europe et dans les pays du Golfe”. Pour le chercheur français, le fait d'évoquer l'aide saoudienne destinée à reconstruire la Syrie donne des éléments sur le contexte de l'enregistrement de l'audio. A ses yeux, c'est un “élément” important à ne pas manquer de vue.

En revanche, relève Romain Caillet, cet élément sonore n'a pas été accueilli avec beaucoup d'enthousiasme par les sympathisants de l'État islamique. “Je voyais une certaine excitation des partisans de l'État islamique quand il y avait l'annonce d'un message audio à venir. Là, j'ai l'impression qu'il y a moins d'enthousiasme du coté des partisans de l'Ei”, fait-il constater.

Dans son adresse à ses partisans, Abou Bakr al-Baghdadi semble mépriser ses provinces africaines pourtant en progression au moment où son territoire en Syrie et en Irak se rétrécit de plus en plus. Un constat que le jihadologue Romain Caillet ne partage pas. Selon l'un des chercheurs de référence dans ce domaine, le calife autoproclamé de l'État islamique donne beaucoup d'importance à ses “partisans africains” et a eu le signifier dans le passé. “Il est déjà arrivé qu'il mentionne la wilaya en Afrique de l'Ouest (ex Boko Haram)”, rappelle le spécialiste des questions islamistes. Dans la même veine, il souligne que dans l'enregistrement audio diffusé le 23 août dernier, l'Algérie a été mentionnée. Jund Al Khilafa composé de dissidents d'Aqmi et basé en Algérie est l'un des premiers groupes sur le continent noir à faire allégeance à l'Etat islamique.

Vingt-quatre heures après la sortie de Baghdadi dans laquelle il demande à ses supporters de s'en prendre aux ressortissants des pays étrangers, un attentat a été commis en France, précisément à Trappes, dans les Yvelines. Un fiché S du nom de Kamel Salhi, condamné pour apologie du terrorisme a tué sa mère et sa soeur et a blessé une troisième personne avant d'être abattu par les forces de sécurité françaises. L'Etat islamique s'est empressé de revendiquer l'action qu'il a attribuée à un de ses “soldats”. Mais cette revendication laisse perplexe Romain Caillet qui pense que depuis quelques temps, l'Etat islamique revendique tout et n'importe quoi. Il cite l'exemple de la bombe placée dans un aéroport français que l'Ei avait revendiqué alors que les faits ont démontré que c'est une femme en crise de folie qui est à l'origine. Cette propension de l'Ei à revendiquer tout et n'importe quoi, que Romain Caillet met sous le coup d'une “baisse qualitative” de la communication de l'organisation depuis la mort de Rayan Meshaal. Créateur de l'agence de propagande de “Daesh”, ce syrien a été tué par un raid américain à Al Mayadeen, dans la province de Deir ez-Zor.

Le jihadologue s'est aussi prononcé sur le différend qui oppose le jihadiste franco-sénégalais Omar Diaby plus connu sous son pseudonyme Omsen à Hayat Tahrir ash-Sham. Le recruteur qui est à l'origine de l'hégire de beaucoup de jihadistes français pour la Syrie et qui dispose aujourd'hui presque d'un Emirat à Idlib a été arrêté et mis en détention pour avoir semé la discorde au sein des jihadistes. Libéré au bout d'une semaine, il devra comparaitre devant un tribunal islamique. Mais de l'avis de Romain Caillet, il s'agit juste d'un conflit interne dans un échiquier jihadiste où chacun cherche à tirer la couverture de son côté. Ce, d'autant plus que l'actuel émir de Hayat, Tahrir ash-Sham Abou Mouhamed al Joulani, semble dans une logique de réprimer les pro-Al Qaida au profit d'un jihad syrien exclusif.
Mercredi 29 Août 2018
Dakaractu



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