Qu’est-ce que le « Third Country National Agreement » ?- Le gouvernement sierra-léonais parle d’un « Third Country National Agreement » (TNCA), un accord sur les ressortissants de pays tiers conclu avec les États-Unis. Selon les autorités, il s’agit d’un mécanisme de coopération migratoire et humanitaire destiné à accueillir temporairement des ressortissants ouest-africains expulsés du territoire américain.
►Qui sont les migrants concernés ? - Selon Reuters et les autorités sierra-léonaises, les premiers arrivants sont des ressortissants du Sénégal, du Ghana, de Guinée et du Nigeria. Le gouvernement assure que seuls des ressortissants de pays membres de la Cédéao sont concernés par ce dispositif.
►Combien de temps resteront-ils en Sierra Leone ?- Freetown affirme que leur séjour sera limité à quatorze jours, avec un maximum de trente jours dans certains cas exceptionnels. Après cette période, les migrants doivent être reconduits vers leurs pays d’origine.
►Combien de personnes pourraient être concernées ?- Le cadre fixé par l’accord prévoit un maximum de 25 personnes par mois, soit jusqu’à 300 personnes par an, selon les documents publiés par le gouvernement.
►Qui finance leur accueil ?- Les autorités sierra-léonaises assurent qu’aucun argent public ne sera utilisé. Selon le ministère des Affaires étrangères, Washington a prévu une enveloppe de 1,5 million de dollars destinée à financer l’accueil, l’hébergement temporaire et le rapatriement des migrants.
►Pourquoi cet accord suscite-t-il des inquiétudes ?- L’accord provoque de nombreuses réactions dans l’opinion publique et au sein de la société civile. Plusieurs critiques portent sur le manque de transparence autour du dispositif, les profils des migrants concernés ou encore la capacité de la Sierra Leone à gérer leur accueil dans un contexte économique déjà difficile.
Abdul M. Fatoma, directeur de l’ONG Campaign for Human Rights and Development International, dit craindre l’absence de garanties claires concernant le suivi des migrants après leur arrivée. « Les citoyens s’inquiètent du profil des personnes qui vont être envoyées en Sierra Leone. Ont-elles des antécédents de violences domestiques ou de violences basées sur le genre ? Comment protéger nos enfants, nos femmes, nos sœurs, nos mères ? Une société privée est chargée de l’hébergement temporaire de ces migrants, mais après ? Il n’existe aucun plan clair quant à leur réinsertion parmi la population », estime-t-il.
L’activiste dénonce également l’absence de consultation publique et estime que le gouvernement n’a pas suffisamment communiqué sur les modalités concrètes de l’accord.
►Le gouvernement tente de rassurer.- Face aux critiques, le gouvernement sierra-léonais multiplie désormais les prises de parole pour tenter de calmer les inquiétudes. Alan Logan, directeur général du ministère des Affaires étrangères, insiste sur le caractère temporaire et limité du dispositif : « Nous n’accueillons pas la planète entière. Nous prenons uniquement des cas spécifiques, dans le cadre d’un soutien humanitaire prévu par les protocoles de la Cédéao pour les ressortissants de l’espace ouest-africain. » Le responsable affirme également que des contrôles sécuritaires et sanitaires sont effectués avant et après l’arrivée des migrants.
L’accord est-il lié aux restrictions de visas américaines ?
Certaines voix de la société civile avancent l’hypothèse d’un lien entre cet accord migratoire et les récentes restrictions de visas américaines visant les Sierra-Léonais. Abdul Fatoma estime notamment que Freetown pourrait chercher à obtenir un assouplissement de ces restrictions. Aucun élément officiel ne permet toutefois à ce stade de confirmer cette hypothèse.