Au son des versets du Coran, un peu plus de 200 personnes sont venues exprimer leur soutien et leur choc après la mort d'Astou Pierre, 40 ans. « Nous exigeons que toute la lumière soit faite et que justice soit rendue », réclame le petit frère de la victime. Fin juin, son ex-compagnon l'avait aspergée d'acide. Après 21 jours de réanimation et 47 jours en soins intensifs, Astou Pierre est morte des suites de ses blessures, laissant derrière elle une fille.
Aminata, l'une de ses amies, tient une immense banderole « Justice pour Astou ». « On n'arrive pas à imaginer, surtout, la souffrance. L'acide, c'est inhumain, en fait. Son geste, c'est inhumain. » La famille a porté plainte, mais près de quatre mois après l'agression, aucune arrestation n'a eu lieu. Aujourd'hui, c'est tout le quartier d'Astou Pierre qui a voulu se mobiliser. « C'est la première fois que je l'entends. C'est inadmissible. C'est impensable. » s'horrifie Awa Diagne, une de ses voisines.
« Ce qui se passe au Sénégal nous fait peur »
Vêtue d'un tee-shirt noir sur lequel apparaît le visage souriant d'Astou Pierre, accompagné de la mention « Une vie brisée par la violence », Aïcha Goudiaby s'indigne que le suspect n'ait toujours pas été arrêté. « On nous dit qu'il y a des enquêtes, on nous dit qu'il y a des enquêtes. Et depuis lors, rien, rien, rien, rien. Il n'y a pas de condamnation. On est des femmes, après tout. On est des jeunes également. Ce qui se passe au Sénégal nous fait peur, nous les femmes. »
À côté d'elle, Diodio Fall, 19 ans, exprime la même crainte face aux violences. « On n'est pas protégées [...]. On ne sait pas à qui s'adresser. Et la police ne prend pas au sérieux nos plaintes. Toujours, toujours. C'est comme ça. »
Pour Ababacar Saddikh, à l'origine du collectif Justice pour Astou Pierre, il faut à tout prix briser le tabou des violences faites aux femmes. « Nous avons besoin de sensibiliser parce que souvent, on a l'habitude de dire que la société a tendance à être passive. Il y a des traditions au Sénégal. Le soutoureu, ça veut dire qu'il est préférable que le linge sale se lave en famille. Donc, si aujourd'hui on arrive à mobiliser ne serait-ce même qu'une centaine de personnes, pour moi, on a atteint notre objectif. »
Devant la préfecture de Grand Dakar, le collectif a demandé que la police redouble d'efforts pour retrouver le suspect, que la justice se saisisse de cette affaire et que le féminicide soit enfin inscrit dans le Code pénal.