Sénégal Numérique SA : Trois hauts cadres licenciés après un audit qu'ils contestent


Sénégal Numérique SA : Trois hauts cadres licenciés après un audit qu'ils contestent

Selon les informations de Dakaractu, trois hauts cadres de Sénégal Numérique SA, ex-ADIE, ont été licenciés dans une procédure qu'ils contestent. Wack Ndiaye, coordonnateur technique, Ibrahima Fall, ancien directeur de la Logistique, et Thiendella Kébé, ancien chef de division Télécom, affirment ne pas avoir été entendus dans le cadre de l'audit qui fonde leur éviction. Ils disent aussi que leurs comptes bancaires ont été gelés dans les heures qui ont suivi. Leur version n'a pas été confrontée à celle de la direction. Les trois cadres comptent respectivement environ 20 ans, 10 ans et 18 ans d'ancienneté. Selon eux, les demandes d'explications reçues ne correspondaient pas aux griefs finalement retenus. Ils soutiennent qu'aucune confrontation avec le rapport n'a eu lieu avant la décision, et que la mise en demeure ne leur laissait que 24 heures pour répondre. Ils reprochent au directeur général, Isidore Diouf, d'avoir commandité lui-même l'audit servant de base aux licenciements.

 

Ils avancent aussi un argument relatif à la chronologie. D'après eux, certains faits reprochés concerneraient des périodes postérieures à la fin de leurs mandats ou à la passation des responsabilités. Le projet en cause relevait, disent-ils, de la direction de l'ancien DG Cheikh Bakhoum et de Bécaye Touré, alors directeur administratif et financier. Il avait déjà fait l'objet d'un audit de l'ARCOP, qui aurait confirmé la conformité technique globale des travaux sans épingler aucun acteur. M. Touré occupe toujours ce poste. Les trois cadres jugent « illégale et illégitime » la procédure suivie et accusent le DG de l'avoir menée avec son concours.

 

Un marché attribué à l'entreprise Liteyca est également au cœur du dossier. Selon les intéressés, le contrat résultait d'une offre spontanée, initiée et signée par l'ancienne direction générale, avec un bordereau des prix et quantités validé en amont. Ils affirment que leur rôle se limitait à la supervision technique, et que les documents signés étaient des constats techniques assortis de réserves, non des ordres de paiement. Ils contestent qu'une perte estimée à plusieurs centaines de millions de francs CFA puisse leur être imputée personnellement. À leurs yeux, les conséquences financières doivent être examinées à chaque niveau : négociation du contrat, exécution des prestations, contrôle des factures et ordonnancement des paiements.

 

Ils décrivent par ailleurs une mise à l'écart antérieure à leur licenciement. Wack Ndiaye, recruté en 2005 comme directeur et chef de projet de la supervision du projet PASSANT, aurait été rétrogradé agent simple, puis nommé conseiller technique sans mission. Ibrahima Fall et Thiendella Kébé, respectivement responsable de la supervision logistique et coordinateur technique de la supervision de PASSANT, disent avoir été rétrogradés puis nommés chefs de projet transversaux, sans mission depuis plus d'un an. Tous trois affirment avoir été astreints à une présence de 8 h à 17 h, ce qu'ils qualifient de « mise à l'écart administrative ». Ils mettent en cause le Secrétariat général dans la rapidité des demandes d'explications, des notifications et de la coupure de leurs accès (messageries, serveurs, badges).

 

Le cas de Wack Ndiaye soulève une difficulté supplémentaire. Il dit se trouver en congé en France quand il a appris son licenciement, par un message adressé aux salariés avant toute notification personnelle. Le courrier aurait ensuite été déposé auprès d'une mairie de Dakar par un huissier. Si ces éléments se confirmaient, ils devraient être examinés au regard des règles de notification de la rupture du contrat de travail. Sur la valeur d'un audit dans un licenciement, la jurisprudence sénégalaise dépend des preuves produites et de l'appréciation des juges, la Cour suprême ayant déjà connu des licenciements fondés sur de tels rapports.

 

Les trois cadres affirment que d'autres salariés vivent des situations comparables depuis l'arrivée de la nouvelle direction. Ils évoquent plusieurs dizaines d'agents, et une modification des contrats de plus de 150 agents sous statut particulier, certains avenants n'ayant pas été approuvés par l'Inspection du travail. Ces affirmations restent à documenter et à confronter à la position de la direction et des autorités compétentes. Ils demandent également de vérifier un éventuel lien avec des dossiers stratégiques de câbles sous-marins, notamment vers le Cabo Verde. À ce stade, aucun élément présenté n'établit un tel lien.

Enfin, ils assurent que leurs comptes et cartes bancaires ont été bloqués dans les 24 heures suivant leur licenciement, sans décision judiciaire portée à leur connaissance. Ils appellent les autorités de tutelle à vérifier la régularité de la procédure, les conditions de l'audit, la chaîne de responsabilité dans les marchés concernés et les circonstances du gel allégué. Ce point devrait être vérifié auprès des banques et, le cas échéant, des autorités judiciaires. La direction de Sénégal Numérique SA n'a pas, à ce stade, fait connaître sa version.

Mardi 6 Octobre 2026
Dakaractu



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