Séjour de missionnaires pakistanais du Tabligh au Sénégal : Faut-il craindre le pire ?


Depuis quelques jours, des missionnaires pakistanais qui ont élu domicile dans la banlieue dakaroise, défraient la chronique. Leur pratique de l'Islam est jugée en inadéquation avec ce que la grande majorité a l'habitude de voir. En réalité, ils appartiennent au Jamahatu Tabligh (Association pour la prédication).
Créé en 1927 par un indien du nom de Muhammas Ilsyas, c'est un mouvement apolitique qui prône la pratique rigoriste de l'Islam dépourvue de violence. Une pratique qui s'articule autour de six principes fondateurs, à savoir la croyance en un Dieu unique, à la prière, à la profession de foi, à la connaissance de Dieu, à la Dévotion personnelle aux autres et à la Prédication.

La dizaine de Pakistanais qui séjourne à Fass Mbao depuis maintenant près de deux mois, s'inscrit dans cette dynamique, aidée par des Sénégalais. Suffisant pour attirer des regards dans un contexte marqué par une insécurité grandissante dans la sous-région. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger sont en train d'essuyer quasi-quotidiennement des attaques terroristes menées par des mouvements qui se réclament du salafisme jihadiste. 

C'est d'autant plus inquiétant que le chef de la branche sahélienne d'Al Qaida, le groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM), le touareg malien a côtoyé le mouvement Tabligh. Vers la fin des années 90, Iyad Ag Ghali a changé de cap après sa rencontre avec des membres dudit mouvement, en séjour au Mali. De bon vivant, l'homme qui hante aujourd'hui le sommeil des services de renseignement de plusieurs pays dans le Sahel, bascule dans le rigorisme, même s'il a réellement épousé le salafisme jihadiste lors de son séjour en Arabie saoudite en tant que conseiller consulaire du Mali à Djeddah. En France, des jeunes partis en Syrie pour le jihad, ont à une époque de leur vie, fricoté avec le Tabligh.

« Mais cela ne fait du mouvement un groupe terroriste », objecte un connaisseur du mouvement. À l'en croire, les jihadistes qui sont passés par le Tabligh ne se sont pas radicalisés à l'intérieur. « C'est un mouvement très pacifiste qui ne s’intéresse d'ailleurs pas à la politique. Pour ça, il est souvent l'objet d'attaque des autres salafistes », prétexte-t-il. « Tous les jeunes qui se sont radicalisés et qui sont tombés dans jihadisme, sont des marginaux », ajoute-t-il.

Partant de ce constant, il trouve exagéré de croire que ces missionnaires pakistanais puissent être à l'origine d'un quelconque trouble. « De toute façon, d’après les informations que j'ai de leur séjour au Sénégal, ils ont été entendus par la police », renseigne-t-il. Selon l'observateur, le délégué de quartier de Kawsara Medina Fass qui a mis à leur disposition le bâtiment R+1 dans lequel ils logent, a confirmé leur audition à la police.

Dans le même temps, il informe que ce n'est pas la première fois que des Pakistanais appartenant à ce mouvement séjournent au Sénégal. « Le Tabligh est arrivé dans ce pays vers les années 50. A l'époque, c'est un garage qui a été mis à leur disposition aux HLM6 et a été transformée en mosquée baptisée 'masijidu nuur' », confie un ancien membre de la Jamahatou Ibadou Rahmane à Dakaractu qui s’étonne de l'ampleur donnée au séjour des Pakistanais au Sénégal. « Il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat », dit-il pour minimiser  le sentiment de peur qui s'est emparé d'une partie des riverains de ces hôtes d'un type particulier. L'un de leurs pairs sénégalais, Imam Timéra invite pour sa part à dépassionner le débat. À l'en croire, ils ne sont affiliés à aucun mouvement jihadiste.

De même, l'Etat semble avoir desserré l'étau autour des membres du jamahatu Tabligh. On se rappelle qu'en 2015, une vingtaine de Pakistanais ont été refoulés alors qu'ils tentaient d'entrer au Sénégal, par Rosso. Dans la foulée, six malaisiens ont été appréhendés à l’aéroport et expulsés du territoire sénégalais. Un sort que n'a pas encore connu la colonie de Kawsara Medina Fass. Il n’empêche, ils sont surveillés pour parer à toute éventualité...
Vendredi 27 Décembre 2019
Dakaractu




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