Séjour contraint à Paris


Le premier mouvement de grève des aiguilleurs aériens à l’aéroport international Blaise Diagne de Diass (AIBD), a indirectement plongé vendredi dans une grande détresse nombre de voyageurs, en particulier ceux en transit à Paris, une plateforme parmi les plus importantes pour les vols à destination du Sénégal, qui se trouvaient détournés vers d’autres pays de la sous-région s’ils ne sont pas purement et simplement annulés.

Il suffit de penser aux dimensions hors de proportion de l’aéroport Charles de Gaulle de Paris par exemple, pour se représenter des vagues de voyageurs angoissés traînant des heures durant leurs bagages de terminal en terminal, tournant en rond la plupart du temps, pour imaginer l’impact de cette grève sur le vécu des personnes concernées, sans jamais juger d’ailleurs du bien-fondé ou non de cette grève.
 
Rien ne pourrait être pire que cette angoisse continue dans une désorientation absolue, un sentiment d’abandon aggravé par une fatigue physique et psychique faisant suite à plusieurs heures d’errance, d’efforts prolongés pour monter escaliers et descendre escalators, dans les allées d’un aéroport qui fait peut-être dix fois plus celui de Diass.
 
C’est dire autant d’allées et de venues pour n’obtenir en fin de compte que de bribes d’information qui n’en sont pas vraiment, les stands de compagnies paraissant impuissants à ne pouvoir rassurer à propos de telle chose ou de telle situation.
 
De nombreux voyageurs, en fin de compte, étaient quasiment contraints à suivre l’évolution de la situation via leurs téléphones portables, sans autre espoir que d’obtenir des nouvelles glanées çà et là, des choses et d’autres, la plupart du temps des rumeurs à vérifier absolument, mais auprès de qui, question existentielle.
 
Dans le cas d’une délégation de journalistes du Sénégal et de la Guinée-Bissau, en escale à Charles de Gaulle en provenance de Stuttgart, les appréhensions dataient de la veille avec la réception d’un mail d’une officielle de l’ambassade des Etats-Unis qui les convoyait.
 
Son contenu disait en substance ceci : possible grève des aiguilleurs du ciel à l’AIBD, mais devant l’impossibilité de confirmer une telle information, prière de prendre les dispositions nécessaires pour se retrouver le plutôt possible à l’aéroport le lendemain, histoire de parer à toute éventualité, d’avoir des informations plus complètes et de prendre des dispositions complémentaires si nécessaire.
 
Craintes confirmées le lendemain, après quelques coups de fils à Dakar, l’AIBD n’est pas opérationnel en raison d’une grève de 24 heures, Paris demeure la seule destination possible dans l’espoir de voir évoluer favorable ou d’un miracle.
 
Du miracle espéré au cauchemar redouté, dès les premiers rangs pour le contrôle de police, avant même d’accéder au moindre terminal de Charles de Gaulle, il a pu être confirmé que le vol sur Dakar est annulé. Difficulté supplémentaire, il faut trouver une solution à la situation de certains membres de la délégation dont le visa expirait le jour même.
 
Au terme de conciliabules avec les agents de la police des frontières françaises, la délégation a pu être autorisée à aller s’informer auprès de qui de droit, début d’un périple débuté vers environ 13h pour se terminer vers 20 heures par une nuitée offerte dans un hôtel de la place, dîner et un petit-déjeuner compris, par la compagnie convoyeuse, non sans avoir dégagé toute responsabilité.
 
Il n’est que de mesurer l’esprit de responsabilité en œuvre dans certains pays plus avancés, de convenir du niveau qu’ils ont atteint en termes de respect des droits de chacun et de respect dû aux usagers, pour se désespérer de la situation sur le continent et d’appréhender autrement cette grève à l’AIBD.
 
Une réflexion qui a occupé les esprits jusqu’à 6 heures, heure à laquelle tout le monde a été convoqué d’urgence à l’aéroport pour un vol prévu à 10 heures, le mot d’ordre des aiguilleurs ayant été levé dès minuit.
 
Vol tranquille sur Dakar, si ne n’est quelques turbulences bien normales dans ce cas, pour un atterrissage bien attendu à l’AIBD. Un échange entre un passager et un membre de l’équipage, d’une délicieuse ironie, rendait compte du soulagement de tout le monde.
 
- Au revoir et merci. C’était bien
 
- Ah oui, c’était bien, c’est vrai que nous, nous avons été présents malgré un retard de 24 heures et 20 minutes.
 
Une manière subtile d’évoquer la grève de 24 heures de l’AIBD et les 20 minutes de retard sur l’heure d’arrivée, quelque chose qui peut être mis sur le compte des bagages embarqués et qui avaient dû être débarqués avant le décollage à Paris, leurs propriétaires ne répondant pas à l’appel. 
 
Qui sait les conditions dans lesquelles ils ont passé la nuit dans le froid inhospitalier de Paris, s’ils ont seulement été au courant d’un retour à la normale ?
Lundi 18 Décembre 2017
Dakaractu



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