Secteur pétrolier sénégalais : Interpol révèle une tentative de casse numérique de 4,7 milliards F CFA

Une entreprise évoluant dans le secteur pétrolier sénégalais a été la cible d’une tentative de fraude financière d’une valeur de 7,9 millions de dollars, soit environ 4,74 milliards de francs CFA. Selon le dernier rapport d’Interpol sur les cybermenaces en Afrique, l’opération reposait sur la compromission d’adresses électroniques professionnelles et l’envoi de faux ordres de virement.


Une entreprise pétrolière prise pour cible
 
Le Sénégal apparaît dans le dernier rapport annuel d’Interpol consacré aux cybermenaces sur le continent africain.
 
Les cybercriminels ont tenté d’intercepter et de détourner une somme de 7,9 millions de dollars appartenant à une entreprise du secteur pétrolier. Le montant équivaut à près de 4,74 milliards de francs CFA, selon les indications reprises par Les Échos.
 
Cette attaque illustre la montée en puissance des opérations numériques visant directement les entreprises et leurs circuits financiers.
 
La technique du « Business Email Compromise »
 
Le mode opératoire utilisé est connu sous le nom de « Business Email Compromise », ou BEC. Il consiste à pirater, imiter ou usurper la messagerie électronique d’une entreprise.
 
Les auteurs commencent généralement par une phase d’infiltration discrète. Ils observent les échanges internes, les habitudes des dirigeants, le fonctionnement de la comptabilité et les circuits de validation des paiements.
 
Une fois ces informations recueillies, les fraudeurs envoient de faux ordres de virement en se faisant passer pour un dirigeant ou un responsable habilité.
 
Dans le cas sénégalais, les auteurs auraient utilisé des outils technologiques avancés pour rendre leurs instructions crédibles.
 
Des comptes gelés avant la disparition des fonds
 
L’intervention rapide des services d’investigation et la coordination avec les établissements bancaires ont permis de geler les comptes destinataires.
 
Cette réaction a empêché la fuite des fonds et évité que les 7,9 millions de dollars soient définitivement détournés.
 
L’affaire montre toutefois le caractère transnational des réseaux criminels. Des acteurs basés en Afrique peuvent cibler des entreprises situées dans plusieurs régions du monde en utilisant des infrastructures numériques réparties sur différents continents.
 
L’opération Sentinel au cœur des investigations
 
La tentative de fraude a été découverte dans le cadre de l’opération Sentinel, menée par Interpol à la fin de l’année 2025.
 
Cette opération constitue, selon le rapport, l’une des plus importantes actions de lutte contre la cybercriminalité organisées sur le continent africain.
 
Elle a impliqué 19 pays et conduit à 574 arrestations. Plus de 6 000 liens malveillants ont été neutralisés et près de 3 millions de dollars récupérés.
 
Des fermes de cryptomonnaies et des centres d’escroquerie démantelés
 
Parallèlement à Sentinel, les opérations Serengeti 2.0 et Contender 3.0 ont ciblé d’autres formes de criminalité numérique.
 
Les enquêteurs se sont attaqués à des fermes illégales de minage de cryptomonnaies, à des centres d’escroquerie et à des réseaux d’extorsion en ligne.
 
Ces interventions ont entraîné la saisie de plus de 1 200 serveurs.
 
Les équipes d’enquête utilisent désormais des techniques spécialisées : traçage de portefeuilles de cryptomonnaies, analyse d’empreintes numériques et examen des infrastructures informatiques afin de remonter jusqu’aux circuits de blanchiment.
 
Le Sénégal parmi les pays exposés aux rançongiciels
 
Le rapport d’Interpol ne se limite pas à la tentative de fraude visant l’entreprise pétrolière.
 
Le Sénégal figure également parmi les pays africains fortement touchés par la prolifération des rançongiciels, aux côtés notamment de l’Afrique du Sud, du Nigeria, de la Namibie et de la Zambie.
 
Ces logiciels malveillants permettent aux attaquants de bloquer des systèmes informatiques ou de chiffrer des données avant d’exiger le paiement d’une rançon.
 
Les services publics et les infrastructures critiques figurent parmi les principales cibles.
 
4,6 % des vulnérabilités exploitables du continent
 
Sur le plan de la sécurité des réseaux, le rapport cite des données de la Shadowserver Foundation.
 
Celles-ci indiqueraient que le Sénégal concentrait 4,6 % des vulnérabilités informatiques exploitables détectées en Afrique en 2025.
 
Cette exposition serait notamment liée à l’utilisation de systèmes non mis à jour et de réseaux privés virtuels vulnérables.
 
La mise à jour régulière des logiciels, la sécurisation des accès à distance et le renforcement des procédures internes constituent donc des enjeux majeurs pour les administrations et les entreprises.
 
Dakar, pôle régional de formation
 
Le rapport souligne également les efforts entrepris par le Sénégal pour améliorer ses capacités d’enquête.
 
Dakar abrite l’École nationale de cybersécurité à vocation régionale. Un important atelier consacré aux investigations sur la cybercriminalité s’y est tenu en décembre 2025 sous l’égide d’Interpol.
 
L’objectif était d’intégrer les enquêteurs de la région dans un modèle d’apprentissage structuré et de renforcer la coopération entre les services.
 
Un budget de 14,4 milliards F CFA
 
Sur le plan institutionnel et législatif, le Sénégal a consacré un budget de 24 millions de dollars, soit environ 14,4 milliards de francs CFA, à la modernisation de ses plateformes numériques.
 
Ce financement doit également permettre de lutter contre le cyberharcèlement et de développer une plateforme nationale de protection des enfants en ligne.
 
En août 2025, le ministère de la Communication s’est associé à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime afin de former des parlementaires sénégalais aux législations relatives à la cybercriminalité et au droit numérique.
 
La tentative de fraude contre l’entreprise pétrolière montre néanmoins que les efforts institutionnels devront être accompagnés d’une vigilance accrue dans les entreprises, en particulier lors de la validation des ordres de paiement.
Mercredi 5 Aout 2026
Dakaractu