Dans les cercles des privilégiés sénégalais dont les oreilles ont la particularité d’abriter de croustillantes confidences, circule cette histoire que douze années de pratiques wadiennes, ont le bon goût de rendre plus que plausible. C’est l’histoire du bref passage de Moctar Diop, premier, et éphémère ministre des Finances d’Abdoulaye Wade. Tout frais émoulu sorti des couloirs stricts et impressionnants de la Banque Mondiale, ce jeune cadre supérieur et dynamique, qui fit à sa nomination la fierté des sénégalais, Moctar Diop, tout fier de rentrer au pays dans la fièvre euphorisante de l’Alternance, que l’on écrivait alors avec un « A » majuscule, fut sollicité de nombreuses fois par le président de la République, pour qu’il lui fasse parvenir des sommes d’argent énormes que la décence ici nous dicte de ne pas évaluer. Ses demandes faites à ce cadre formaté dans la rigueur de la Banque Mondiale et de ses procédures, dût, parait-il se faire à chaque fois tirer l’oreille, et se montra réticent à obtempérer aux intempestifs besoins d’argent liquide de son patron, toujours ramené par le jeune ministre aux règles de l’orthodoxie administrative. Irrité par les manies tatillonnes de son ministre des Finances qui l’empêchait de « flamber » en rond, il le convoqua et lui asséna : « Monsieur, vous êtes un excellent ministre des Finances, mais vous n’êtes pas le ministre de Finances qu’il me faut ». Il s’en sépara au profit d’un plus souple de la procédure. Cette affaire Ndongo Diao, doit à l’instar de cet exemple faire réfléchir tous les DAF de notre pays. Deux lampistes qui ont eu le seul tort de signer des documents qui étaient dictés sur la foi d’un décret présidentiel, donc a priori imparable, dorment depuis deux jours en prison. Ils ont dû signer des chèques au profit de personnes qui gravitaient autour du pouvoir, sur ordre de leur directeur général, et aujourd’hui, ils payent et leur obéissance et leur soumission toute administrative à leur supérieur hiérarchique. Après cette inculpation du comptable et du chef des services financiers de l’Artp, pour avoir obéi à leur DG, il convient pour tous les honnêtes agents de notre administration de réfléchir aux décisions qu’on leur fait prendre. Certes, ce ne doit pas être aisé de faire son tatillon, face à son DG, lorsqu’on a quelques crédits sur le dos, pris pour symboliser matériellement son statut de super cadre, mais quand même, les comptables de ministères, directions nationales et agences, se doivent d’être plus circonspects face à certaines situations que leurs patron leur enjoint de couvrir du sceau officiel de leurs fonctions. Ils doivent aujourd’hui savoir que le tampon qu’ils apposent sur toutes sortes de documents, même ceux garantis et estampillés « officiel », provenant dune présidence de la République, peut les mener tout droit à Rebeuss. Pour leur liberté et leur probité qu’ils ont souvent construites à coup d’études supérieures brillantes et de sacrifices de leurs vies privées, ces souvent jeunes gens doivent aujourd’hui savoir invoquer le devoir d’insubordination, lorsqu’ils sentent qu’il y a quelques grosses anguilles sous les roches politiques de notre pays. Et si d’aventure, ils étaient menacés par leurs patrons si puissants et si influents, qu’ils aient le courage de dire leur désaccord et de risquer leur emploi, sachant qu’aujourd’hui, il est aisé de s’en ouvrir aux médias pour dénoncer ce qui serait une injustice. Tous les Daf et les comptables sont susceptibles de répondre à la place d‘autres intouchables d’actes criminels ayant trait à des gestions frauduleuses. Dans le doute, ne doivent-ils pas refuser de signer des documents qui s’avèrent dans le cas de l’Artp, gravement délictueux ? Il y a des centaines de Léon Pierre Sagna et de Wacké Bâ en danger, dans nos directions de grandes sociétés nationales. A eux de prendre leurs responsabilités et de participer à ce que le nouveau pouvoir appelle pour l’instant d’une manière quelque peu emphatique, « la gouvernance vertueuse ». Il est certain qu’aujourd’hui, du fond des cellules surchauffées et surpeuplées de la prison où ils dorment, ces deux cadres supérieurs seraient prêts à revendre leur 4X4 dernier cri et toute leur garde-robe, pour humer l’air frais de la corniche dont ils sont à proximité. Toutes choses au total, bien futiles, qu’ils ont peut-être voulu préserver en ne voulant pas s’opposer à l’ordre de leur patron. Cela n’en valait pas la peine, en regard de leur liberté et des sanglots de leurs épouses et de l’inquiétude de leurs enfants. La « gouvernance vertueuse », que le chef de l’état appelle de ses vœux, doit être garantie et cautionnée par le devoir d’insubordination de certains agents de la haute fonction publique. Cela éviterait bien des audits spectaculaires et finalement indécents.