Saourou Sène, SG du SAEMS : « Il n'y a aucun intérêt à porter sur la place publique le nombre d’enseignants décédés de la Covid-19, c’est une nouvelle forme de stigmatisation des enseignants! »

La pandémie de la Covid-19 n'a pas fini de faire des ravages au Sénégal et les enseignants ne sont pas épargnés. Les mesures barrières et dispositions prises dans les établissements scolaires tant vantées par les autorités de l’éducation nationale n’ont pas empêché l’introduction du virus dans l’espace scolaire. Le résultat est que des enseignants ont été contaminés et certains en sont morts. Le SG du SAEMS revient, dans un entretien avec Dakaractu, sur la communication qui est faite de ces enseignants emportés par la Covid et s’indigne de l’attitude de certaines personnes de porter sur la place publique le nombre d’acteurs décédés de la Covid.


Dakaractu : Nous avons appris qu’il y a un nombre de vingt (20) enseignants qui ont été emportés par la Covid-19. Quelle appréciation en faites-vous ? 

 

Saourou Sène : D'abord rien ne me dit que ce chiffre est exact. Il peut y avoir plus d'enseignants ou moins d'enseignants qui sont décédés de la covid-19 à ce jour. Je voudrais juste vous associer à mon interrogation et avec l’ensemble des enseignants. Quel est l'intérêt de porter sur la place publique le nombre d'enseignants décédés de la covid-19 ? Je sais d'emblée que cette pandémie touche tous les corps, enseignants comme médecins, militaires ou mécaniciens. Et je n'ai vu dans aucun média où les journalistes parlaient du nombre de décès dans ces corporations et Dieu sait qu'il y en a. La question serait plus pertinente si on orientait la réflexion sur l'urgence à sortir des classes tous les enseignants porteurs de maladies chroniques pour éviter de les exposer. Mais quand il s'agit d'entretenir le débat sur le nombre de morts encore que la pandémie est toujours là, cela me paraît futile, voire sans intérêt pour les enseignants. Pour moi, c’est une nouvelle forme de stigmatisation des enseignants que de vouloir disserter sur la place publique le nombre de morts encore que ceux qui entretiennent le débat n'ont aucune possibilité pour détenir les vrais chiffres. 

 

En tant que Secrétaire général du Syndicat Autonome des Enseignants du Moyen et Secondaire, pourquoi n’avez-vous pas alerté ? 

 

Je tiens à rappeler que si le Syndicat Autonome des Enseignants du Moyen et Secondaire devait tenir un certain discours alarmant sur la situation parce que nous sommes convaincus que les enseignants sont en train de mourir en masse du covid-19, (que Dieu nous en préserve) nous allions prendre toute notre responsabilité pour demander l'arrêt des cours. Et je crois que ce n'est pas encore le cas. Sauf que pour nous-même un enseignant décédé nous préoccupe et nous prions, comme tous les sénégalais, à l’éradication de cette pandémie qui frappe tous les pays et anéantit les efforts de développement. D’ailleurs, je saisis cette opportunité pour présenter nos sincères condoléances à toutes les familles des victimes de la covid-19 en particulier aux familles d'enseignants. 

 

Vous ne pensez pas qu'il est temps que le gouvernement réagisse par rapport à cette situation ? 

 

Oui, j’ai toujours pensé que l'école doit bénéficier d'un effort exceptionnel de la part des pouvoirs publics voire une solidarité nationale venant de tous les secteurs. L'école étant l'école de la République, celle de la nation d'où sont formées toutes les ressources humaines de notre pays. À ce titre, les gels hydroalcooliques, les masques, les lavoirs doivent être disponibles. Rien ne doit manquer dans nos écoles. Nous le réaffirmons devant l'État, tout manquement doit obliger l'établissement concerné à arrêter les enseignements. Personne ne peut badiner avec la santé des enseignants et des élèves. L'école doit absolument être mise dans une parabole de sécurité. Le Gouvernement du Sénégal doit mesurer sa responsabilité face à la crise et à la nécessaire sécurisation des populations et des différents corps de l'administration. Les enseignants ont la particularité de recevoir les enfants qui viennent des différents quartiers et villages. Les protéger, c'est protéger aussi les populations. Et je renouvelle notre appel qui consiste à trouver une solution pour sortir des classes tous les enseignants et élèves porteurs de maladies chroniques et qui sont sensibles au virus. Si je parle de l'école, je parle de toutes les familles d'acteurs, les personnels administratifs sont aussi concernés. 

 

Est-ce que les doléances des syndicats d’enseignants sont prises en charge même s’il est vrai que nous sommes en période de pandémie ? 

 

Pour le monitoring des accords, je rappelle que même si nous sommes en période de pandémie, il y a bel et bien une possibilité de reprendre les activités du monitoring des accords et il y a des questions que nous pouvons régler. D’ailleurs, nous sommes surpris du silence du Gouvernement après les fermes instructions du Chef de l’État sur la reprise du monitoring, du dégel de la DMC et du paiement du reliquat des examens lors du Conseil des ministres des 20 Janvier 2021. Aujourd’hui plus que par le passé les lenteurs administratives sont plus que d'actualité. Alors que tout le monde sait que la solution, c'est la dématérialisation des procédures avec un système digitalisé. Les enseignants continuent de souffrir de ces lenteurs avec une irrégularité de la publication des actes de même que la poursuite des travaux sur la révision du système de rémunération des agents de l'État. À ce niveau, le cabinet devait prendre en compte trois préoccupations majeures. D’abord permettre au Sénégal d'avoir un système de rémunération qui récompense le mérite, la compétence et le niveau diplômant, ensuite mettre en place un système motivant pour les agents de la fonction publique sénégalaise. Rien ne devrait obliger les agents de l'Etat à devoir porter leur choix sur le privé plus que sur le public pour une histoire de rémunération voire de motivation. La Fonction publique doit incarner la puissance publique dans tous les domaines. Et enfin, il faut que la proposition (changement du système de rémunération) soit supportable par les finances publiques. 

Mardi 23 Février 2021
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :