Santé : un hub stratégique pour la technologie ARN messager, cap sur la souveraineté pharmaceutique au Sénégal


Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa quête de souveraineté sanitaire. Sélectionné par l’Organisation mondiale de la santé comme l’un des hubs majeurs pour le transfert de la technologie de l’ARN messager (ARNm), le pays entend jouer un rôle de premier plan dans la production de vaccins en Afrique. Moins d’un an après le lancement officiel du projet en mai 2024, les autorités et leurs partenaires accélèrent la mise en œuvre, avec en ligne de mire la formalisation du Comité Technique de Suivi (CTS), jugé essentiel pour garantir une coordination efficace.

Réuni à Dakar dans le cadre d’une mission technique, le comité chargé du transfert de technologie a réaffirmé les enjeux de cette initiative. Pour le représentant de l’OMS au Sénégal, Michel Yao, ce projet s’inscrit dans les leçons tirées de la pandémie de Covid-19. « L’Afrique dépendait fortement des importations et des dons de vaccins. L’objectif aujourd’hui est clair : renforcer l’autonomie du continent dans la production d’outils essentiels pour faire face aux pandémies et aux épidémies », a-t-il souligné.

Au cœur de ce dispositif, l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) apparaît comme un acteur clé. Fort de son expérience centenaire dans la production vaccinale, notamment contre la fièvre jaune, l’institut est appelé à piloter ce saut technologique. L’OMS, en collaboration avec des partenaires comme le Medicines Patent Pool (MPP), accompagne le processus tant sur le plan technique que réglementaire, afin de garantir des produits conformes aux standards internationaux.

Cet appui s’inscrit également dans le renforcement du cadre réglementaire sénégalais. Le pays a récemment atteint le niveau 3 de maturité en matière de régulation pharmaceutique, un jalon important pour assurer la qualité et la sécurité des médicaments produits localement.
Du côté des autorités nationales, la volonté politique est clairement affichée. Selon Mor Diagne, conseiller technique au ministère de la Santé, la souveraineté pharmaceutique constitue un pilier central de la vision Sénégal 2050. « Le transfert de technologie ARNm est un levier stratégique, notamment pour le développement du capital humain et le renforcement des capacités locales », a-t-il expliqué.

Au-delà de la production de vaccins, cette technologie de pointe ouvre de nouvelles perspectives dans le traitement de maladies comme le paludisme ou le cancer. Basée sur des procédés innovants intégrant l’intelligence artificielle, elle permet de concevoir rapidement des candidats vaccins en réponse à de nouvelles infections.

Avec le projet Madiba et l’ambition de produire localement des vaccins contre la méningite, la rougeole ou encore la rubéole, le Sénégal entend non seulement répondre à ses propres besoins, mais aussi servir de pôle régional pour l’Afrique de l’Ouest, voire pour l’ensemble du continent.

À terme, cette dynamique pourrait repositionner le pays comme un acteur incontournable de l’industrie pharmaceutique africaine, capable de réduire sa dépendance extérieure et de mieux anticiper les crises sanitaires futures.
Mercredi 15 Avril 2026
Amadou Koundour