Santé de la mère et de l’enfant : Les sages-femmes d’État entre critiques, préjugés et responsabilités.

Chaque jour, des milliers d'enfants naissent à travers le monde grâce à des femmes qualifiées en la matière. Ces braves dames sont appelées communément sages-femmes ou maïeuticiennes. Elles jouent un rôle essentiel dans le système de santé de la reproduction qui se termine à l'accouchement. L’accouchement, un phénomène intimement lié à l'humanité est un des domaines exclusifs réservé à la sage-femme. Laquelle, a en charge la surveillance et le suivi médical de la grossesse. Elle propose des séances de préparation à la naissance et assure, en toute autonomie, la surveillance du processus du travail et de l’accouchement.


Santé de la mère et de l’enfant : Les sages-femmes d’État entre critiques, préjugés et responsabilités.

À l’occasion de la Journée internationale de la sage-femme, Dakaractu est allé à la rencontre de ces actrices de la santé de la mère et de l’enfant. Cette journée qui leur est dédiée, est une occasion pour la rédaction de fixer les projecteurs sur elles. Fatou Fall cheffe de poste au centre de santé de Cambe situé à "Keur Mbaye Fall", donne ses impressions sur le métier, les risques, les difficultés auxquelles elles font face et leurs sources de motivation. Trouvé dans son lieu de travail en pleine consultation prénatale, la maïeuticienne nous a demandé de patienter dans la salle d'attente. Quelques minutes après, elle fait appel à nous avec une grande ouverture. 

 

Vêtue de sa blouse rose, Fatou Fall avoue que c'est avec honneur et fierté qu'elle a célébré cette journée. Elle regrette néanmoins que depuis l'année passée avec l'avènement de la Covid-19, elles sont obligées de la célébrer de manière virtuelle à travers des webinaires. Interrogée, elle a avoué, sans détour, vivre avec amour, noblesse et grandeur son métier. Et qu'elle est consciente que ce métier est au début et à la fin de la vie humaine.  

 

 Quant à Adja Mbayang, en service dans un centre de santé à Khor (Saint-Louis), s’en réjouit. Le métier de sage-femme est une activité noble qu’elle dit avoir personnellement choisie pour sauver des vies. « C’est aussi un métier très compliqué où il y a énormément de risques », dit-elle en mettant d’abord, l’accent sur l’aspect de l’accueil au niveau des hôpitaux surtout chez les sages-femmes. Elle estime que les sages-femmes doivent bien accueillir leurs patientes de sorte que ces dernières puissent oublier un peu leurs soucis de santé.  

 

Rencontrée dans son lieu de travail en pleine consultation prénatale, Fatou Fall dévoile avec beaucoup de générosité la mission qui leur est dévolue. « Avant que la femme ne tombe en état de grossesse, c'est la sage-femme qui s'occupe des infections même d’une femme qui a des problèmes de reproduction ou qui n'a jamais été en état de grossesse. La sage-femme joue le rôle de psychologue-conseiller, en rapport avec la famille et la belle famille. « Si Dieu fait qu'elle tombe en état, la sage-femme l'accompagne au début, pendant et après la grossesse. Cela, pour gérer ses naissances par le planning familial. La sage-femme est comme une mère, une sœur, il y a des femmes qui viennent au centre de santé pour simplement venir recueillir des conseils auprès de la sage-femme », indique-t-elle au micro de Dakaractu. 

 

 


Incompréhension avec la population 

 

Comme bon nombre de métiers dans la vie, certains le font par amour et par conviction mais pas pour des raisons pécuniaires. Concernant les problèmes qu'elles rencontrent, la blouse blanche explique que le métier de sage-femme ne nourrit pas son homme. Le caractère dérisoire des sommes qui leur sont allouées comme salaires, en est la principale cause, selon elle. « La rémunération ne motive pas le personnel soignant en général. Et c'est un métier assez risqué. Parfois, il y a une incompréhension avec les populations qui ne comprennent pas leurs sacerdoces. « Les sages-femmes sont souvent obligées de faire face aux populations surtout celles féminines. Les sages-femmes souffrent de violences sexistes et de harcèlement sur leur lieu de travail. La sage-femme est polyvalente », a confié Mme Paye, Cheffe de poste dans un discrit sanitaire de la place, qui souligne que toute femme qui travaille à l'hôpital, à savoir à la maternité, n'est pas sage-femme généralement. « Les gens ne savent pas distinguer qui est sage-femme et qui ne l'est pas. Pour eux, toute personne rencontrée dans la structure sanitaire est sage-femme. Alors que dans un centre de santé il y a d'autres personnels de santé comme les infirmiers, les techniciens de laboratoire et les aides-soignants », constate-t-elle.

 

« Des sages-femmes sont souvent accusées d’avoir tenu quelques propos indécents et vulgaires à l'endroit des femmes qui accouchent »

 

Par ailleurs, les sages-femmes sont souvent pointées du doigt. Il leur est reproché de tenir certains propos indécents et vulgaires à l'endroit des femmes qui sont venues accoucher. De telles accusations, cette dernière les conteste et dit n’avoir jamais été témoin d’un tel comportement. La maïeuticienne souligne qu'elle n'a jamais vécu ou entendu de tels propos après avoir passé une quinzaine d'années dans le métier. D’après elle, il y a d'autres personnels qui interviennent en salle d’accouchement. Ainsi, elle indique avoir même demandé à ses aînés dans le métier, mais elle avoue qu'elles ne se souviennent pas de ce genre d'agressions verbales.  

 

 


Santé de la mère et de l’enfant : Les sages-femmes d’État entre critiques, préjugés et responsabilités.

Éthique et déontologie des sages-femmes

 

Au-delà de tout, une sage-femme doit avoir de l’éthique et de la déontologie. Cela, Adja Mbayang de mentionner que ce code de déontologie qui les préserve parfois d’être à l’abri de certains critiques et reproches et de développer un comportement irresponsable vis-à-vis des patientes. Selon elle, ce code prévoit le respect du secret médical par les sages-femmes.

 

En ce qui concerne les sollicitations de ses collègues, Fatou Fall avoue qu’elles sont nombreuses. « C’est d’abord la nécessité de procéder au recrutement des jeunes sages-femmes diplômées d'État qui sont là et qui ont eu ont le Bac+ 3 ou +4. Parfois elles sont affectées dans des localités éloignées sans aucune garantie », a-t-elle dit en évoquant l’excès de travail. « La surcharge de travail, surtout la nuit, a été mise en exergue. Les gardes de nuit sont pénibles et le personnel de garde, dés fois ne suffit pas pour gérer le travail de la maternité », a-t-elle indiqué avant de relever, à titre d’exemple, « qu’une sage-femme gère, parfois, quatre (4) ou cinq (5) accouchements en même temps »

 

 Une rémunération trop faible

 

La question de la rémunération est aussi au cœur des débats, dans l’entretien que Fatou Fall et certaines de ses collègues ont accordé à la rédaction. Il est ressorti de leurs dires que le montant qui leur est alloué comme revenu mensuel est dérisoire. Et ce, au regard de la particularité de leur travail. « Les sages-femmes méritent mieux, en matière politique de rémunération et de protection. On dit qu’une sage-femme n’est pas un paramédical mais un agent médical. C’est une personne médicale à responsabilité limitée. Seule la sage-femme et le médecin sont habilités à prescrire des ordonnances et avoir un cachet », renseigne la dame. 

 

« Le métier est difficile et les risques sont énormes"

 

Dans leur fonction, il est connu que la sage-femme a le pouvoir de dispenser des soins à la mère et à l’enfant après l’accouchement. Elle pratique la rééducation périnéo sphinctérienne liée à l’accouchement. Au-delà de la période traditionnelle de la grossesse, la sage-femme accompagne également les femmes, tout au long de leur vie en assurant leur suivi gynécologique de prévention et en prescrivant leur contraception. La sage-femme pratique les actes d’échographie gynécologique et peut réaliser des interruptions volontaires de grossesse par voie médicamenteuse dans les conditions définies par la loi. 

 

Outre ce pouvoir qui leur est donné, la sage-femme est autorisée à prescrire des ordonnances et à vacciner la femme et le nouveau-né dans les conditions définies par décret. Mais, ce droit lui est aussi reconnu auprès de toutes les personnes qui vivent régulièrement dans l’entourage de la femme enceinte ou de l’enfant jusqu’au terme de la période postnatale ou qui assurent la garde de l'enfant...


Dimanche 30 Mai 2021
Dakaractu



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