Rarement la parole d’une reine traditionnelle aura été aussi directe. À Saly, la reine de Bignona, Amang Étame Sagna, a brisé le silence devant l’équipe de Dakaractu Mbour pour livrer un témoignage saisissant sur la victoire des Lions à la Coupe d’Afrique des Nations.
Prières à genoux, incantations, appel à Allah et aux ancêtres, mais aussi avertissement sans détour aux Sénégalais sur l’urgence de l’unité nationale : des propos forts, inhabituels et lourdement chargés de symboles.
La reine de Bignona n’est pas coutumière des sorties médiatiques. Elle le dit elle-même. Mais à Saly, où elle séjournait dans un cadre à la fois familial et spirituel, l’exception a été faite. Approchée par l’équipe de Dakaractu Mbour, Amang Étame Sagna a accepté de revenir sur la victoire du Sénégal à la CAN, un sacre qu’elle affirme avoir vécu dans la souffrance, la foi et le combat invisible.
« Nous avons gagné la Coupe, mais c’était très âpre », confie-t-elle d’une voix posée. Un match difficile, disputé jusqu’au bout, qu’elle n’a pas suivi comme une simple supportrice.
« Pendant tout le match, j’étais à genoux pour des incantations, pour demander à Allah et aux ancêtres un deuxième sacre. Ma fille pleurait parce qu’elle avait pitié de moi. » Pour la reine, cette victoire dépasse largement le cadre du sport.
« Nous étions nombreux à prier pour les Lions », insiste-t-elle, soulignant la mobilisation spirituelle et collective qui, selon elle, a accompagné les joueurs tout au long de la compétition. Si elle accepte de se confier, c’est aussi par respect pour Dakaractu Mbour.
« Ce n’est pas dans mes habitudes de faire des déclarations, mais avec vous, je suis obligée. Vous avez des relations extraordinaires avec mon frère Pierre Ipen », explique-t-elle.
Avec assurance, la souveraine traditionnelle révèle avoir pressenti l’issue avant même le coup d’envoi.
« J’avais dit à certains que la Coupe, c’est pour nous, mais qu’elle serait âprement disputée. Quand je parle, je préfère que cela se réalise. Au cas contraire, je préfère me taire. » Puis la reine élargit son propos et adresse un message solennel à l’ensemble du peuple sénégalais. « Ce que je dis aux Sénégalais, c’est de se donner la main. Si nous unissons nos cœurs sincèrement, sachez que rien ne nous est impossible. » Le ton se fait alors grave, presque prophétique.
« Au cas contraire, je le dis ici tout de suite : le Sénégal ira mal. Nous avons intérêt à nous donner la main, à nous pardonner mutuellement. » Consciente du poids de ses paroles, elle s’interrompt. « Je préfère arrêter, sinon je risque de faire des révélations… »
Installée temporairement à Saly, la reine dit y avoir trouvé chaleur humaine et hospitalité.
« J’ai trouvé ici des personnes charmantes, aimables et accueillantes. J’étais en retraite chez ma fille et j’en ai profité pour prier pour la victoire. »
Avant de conclure, non sans sourire : « Merci et bravo à l’équipe de Dakaractu Mbour, qui a réussi à me soutirer quelques mots. »
Des mots rares, forts, chargés de foi, de tradition et d’avertissement, portés par une figure qui incarne la mémoire des ancêtres, la spiritualité et l’appel pressant à l’unité nationale.