Sables minéralisés au Sénégal : Jusqu'à 450 milliards de FCFA de valeur perdus faute de transformation locale


Une réunion nationale de restitution de l'étude « Minéraux critiques et transition énergétique au Sénégal : documenter les enjeux et anticiper les défis », réalisée par la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) Sénégal avec l'appui de l'African Climate Foundation (ACF), s’est tenue ce lundi à Dakar. La rencontre a réuni des représentants du ministère des Mines et de la Géologie, du Comité national ITIE Sénégal, de l'Assemblée nationale, du Comité national de suivi du contenu local, du ministère de l'Environnement et de la Transition écologique, ainsi que des maires, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile et des médias.

 

Dans son allocution d'ouverture, le président de PCQVP Sénégal, Dr Papa Fara Diallo, a situé l'enjeu des minéraux critiques au-delà du seul secteur minier, l'inscrivant dans les questions d'économie, de souveraineté, de politique industrielle, de transition énergétique, d'environnement et d'emploi pour la jeunesse. Il a rappelé que la demande mondiale croissante pour ces ressources, liée aux technologies énergétiques et aux batteries, ouvre des perspectives pour les pays disposant de gisements stratégiques, tout en avertissant que la seule présence d'une ressource dans le sous-sol ne garantit pas automatiquement la création de richesse pour les populations.

 

S'appuyant sur l'expérience sénégalaise du secteur extractif, Dr Diallo a plaidé pour ne pas reproduire les limites observées jusqu'ici, questions foncières, environnementales, de contenu local et de répartition des bénéfices et pour privilégier une approche fondée sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'exploration à la transformation et à l'innovation.

 

L'étude présentée lors de l'atelier illustre concrètement cet enjeu de valorisation locale à travers le cas des sables minéralisés (zircon et ilménite). Selon les données présentées, le Sénégal produit actuellement environ 650 000 tonnes par an de ces sables, pour une valeur à l'exportation brute estimée à 180 milliards de FCFA par an (dans une fourchette de 150 à 210 milliards). En intégrant une étape de raffinage local, cette valeur pourrait atteindre 555 milliards de FCFA par an, soit un gain potentiel de l'ordre de 375 milliards de FCFA. L'étude évalue ainsi l'écart de valeur potentielle, pour la seule filière des sables minéralisés, entre 300 et 450 milliards de FCFA par an, un chiffre présenté comme une illustration directe de ce que pourrait rapporter une politique de transformation locale plus ambitieuse.

 

Le président de PCQVP a par ailleurs insisté sur la dimension emploi et compétences, appelant à investir dans la formation universitaire et professionnelle afin que les entreprises sénégalaises puissent se positionner sur ces nouvelles filières. Il a également détaillé les résultats des consultations de terrain menées à Thiès, Ziguinchor, Tambacounda et Kédougou, d'où ressort une demande forte des communautés locales d'être informées, consultées et associées aux projets miniers concernant leurs territoires, ainsi qu'aux opportunités d'emploi et de marché qui en découlent. Il a défendu l'idée d'une transition énergétique « juste, transparente et inclusive », soulignant que l'exploitation de minéraux comme le lithium, le cobalt, le manganèse, le nickel ou les terres rares ne doit pas déplacer les impacts environnementaux et sociaux d'un territoire à un autre.

 

Sur la méthode, Dr Diallo a rappelé que le projet porté par PCQVP Sénégal a combiné production de connaissances, consultations de terrain, dialogue entre parties prenantes, sensibilisation et renforcement des capacités des organisations de la société civile et des médias, avec des sessions régionales appelées à se poursuivre. Il a appelé à une responsabilité partagée entre l'État, les entreprises, les collectivités territoriales, les communautés, la société civile et les médias, et a formulé trois convictions : faire du Sénégal un pays capable de gouverner ses minéraux critiques et non seulement de les posséder ; passer d'une logique d'extraction à une logique de création de valeur et d'emplois ; et ancrer la transition énergétique dans une exigence de justice pour les communautés, les jeunes, les femmes et les territoires.

 

Prenant la parole au nom de l'African Climate Foundation, partenaire technique et financier du projet, la représentante de la fondation, Aissatou Diouf, a salué la qualité de la collaboration avec PCQVP Sénégal sur ce processus d'étude et de dialogue. Elle a resitué le sujet dans le contexte des transformations mondiales et continentales en cours, rappelant que la transition énergétique mondiale entraîne une demande croissante en minéraux nécessaires aux énergies renouvelables, à l'électrification et au stockage de l'énergie. Pour l'ACF, ces évolutions posent des questions de création de valeur locale, de transformation sur place, de protection environnementale, de prise en compte des enjeux sociaux et de gouvernance équitable des bénéfices, des questions qui, selon elle, dépassent la seule exploitation des ressources et engagent les choix de développement propres au Sénégal.

 

Les deux intervenants ont convergé sur la vocation de l'étude présentée : non pas apporter des réponses définitives, mais servir de point de départ à un dialogue national associant pouvoirs publics, collectivités, secteur privé, chercheurs, société civile et médias. Dr Diallo a résumé cette ambition par une question centrale posée aux participants : savoir non seulement quels minéraux critiques le Sénégal possède, mais quelle valeur le pays entend en tirer, pour qui, dans quelles conditions et au bénéfice de quels territoires.

Mardi 22 Septembre 2026
Dakaractu