La mise en place du SMUR hospitalier de Pikine, suivie de l’annonce d’un projet similaire à Thiès, suscite de fortes inquiétudes au sein du SAMU National. Pour plusieurs agents, ces initiatives semblent davantage répondre à une logique d’affichage politique qu’à une planification fondée sur les capacités réelles de la structure.
Le problème n’est pas le principe de rapprocher les secours médicalisés des populations. La difficulté réside dans la méthode. Des projets sont lancés sans données sanitaires suffisantes, sans évaluation préalable, sans recul sur l’expérience de Pikine et sans renforcement des ressources humaines, des ambulances ni des équipements.
Cette situation met le dispositif sous forte pression. À Dakar, sis hôpital Fann, siège du SAMU National se retrouve affaiblie, avec un nombre limité de médecins, un recours fréquent aux stagiaires et aux étudiants, et parfois l’envoi d’infirmiers seuls sur des cas graves faute de médecin disponible.
Plusieurs demandes d’intervention resteraient ainsi sans réponse satisfaisante.
À Pikine également, les équipes déjà engagées dans leurs activités hospitalières quotidiennes ne disposent pas toujours des moyens humains nécessaires pour assurer, en plus, les missions spécifiques du SMUR. Cette double charge épuise le personnel et réduit la qualité de la permanence opérationnelle.
Dans ce contexte, envisager l’ouverture d’un nouveau SMUR hospitalier à Thiès, sans avoir corrigé les défaillances de Pikine ni renforcé la base du SAMU Dakar, apparaît comme une fuite en avant. Pour les agents, multiplier les projets sans moyens revient à fragiliser davantage le dispositif national et à laisser une partie de la population dépendante d’un système déjà sous tension.
Ils dénoncent une gestion où les impératifs de visibilité et les intérêts de positionnement semblent prendre le pas sur les besoins réels des patients, la sécurité des équipes et la mission première du SAMU National : assurer une réponse médicale urgente, rapide, équitable et sécurisée.
Au fond, la question est simple : peut-on continuer à ouvrir de nouveaux SMUR hospitaliers alors que le dispositif existant manque déjà de médecins, d’ambulances, d’équipements et de recul ? Pour les agents, toute nouvelle implantation doit être précédée d’une évaluation sérieuse de Pikine, d’un audit réel des besoins et d’un renforcement concret des moyens.
À défaut, ces projets risquent de devenir de simples vitrines politiques, séduisantes sur le papier, mais incapables de répondre efficacement aux urgences des populations. Le danger est alors majeur : affaiblir davantage le SAMU National et laisser des citoyens sans secours médicalisé au moment où chaque minute peut décider d’une vie.