SENEGAL ARRETER CE FUTUR A REPETITION DE LA CORRUPTION… !


Au moment où le chaudron politique sénégalais se remet à grouiller de bruissements plus partisans que crédibles supputant sur la validité d’un 3eme mandat convenons-en - une fois n’est pas coutume - avec le Président qu’il y’a encore un pays à gouverner et que diable celui-ci en a besoin !

Ne nous laissons donc pas trop distraire par ces éclats de salon et rappelons au Président et à ses partisans la seule chose qui vaille et qui lorsque la messe sera dite va faire ou défaire son legs politique. Il s’était agi alors - il s’agit toujours de créer les conditions d’un mieux-être collectif tiré par une gouvernance nouvelle une gouvernance ‘sobre et vertueuse’ nous disait -on. Nous avions tous acclamé et espéré un temps, un temps qui hélas comme la fleur du matin fut aussi fugace que bref à se faner. Ainsi le mal - et celui de la corruption - qui en était le corollaire n’a depuis cessé d’enfler et de métastaser à travers un corps social et un espace public devenu terrain favorable de prédilection. L’actualité chaude du rapport de la Cour des Comptes nous le rappelle tristement.   
Mais reconnaissons d’abord que la corruption est un mal coriace ici comme ailleurs. Souffrons donc qu’elle affecte et imprègne toutes les facettes de notre sphère publique ou privée. Au Sénégal les régimes passent la corruption reste. De ses formes les plus triviales bureaucratiques - actées par l’agent hospitalier ou de police - à ces aspects les plus ravageurs de prédation des deniers publics par des Directeurs généraux ou Ministres en service commandé du pouvoir ou agissant pour leur propre compte   - cette pratique est et reste une arlésienne de nos mœurs sous nos tropiques dont nombre d’entre nous s’accommodent souvent sans la nommer ou la reconnaitre. 

Mais de ces contours protéiformes c’est à coup sur sa pratique ancrée en politique qui aura fait et qui fait encore le plus de mal à notre pays en raison de ses échelles de grandeur et de son impact budgétaire. L’accaparement illicite direct ou déguisé des deniers publics par des hommes publics – dont certains ont même l’outrecuidance de se réclamer un destin national - porte encore des coups ravageurs a ce pays dans son corps c’est-à-dire ses richesses et dans son esprit c’est-à-dire ses valeurs. Ce mal a gangrené notre vie publique qui pour bien de ces acteurs au Sénégal s’est réduite à sa plus simple expression transactionnelle communément appelée ‘transhumance’. Génération spontanée d’une caste de girouettes énergumènes souvent convertis de fraiche date  qui tournent au gré des vents et des saisons politiques. 

Mais parlons sans détour. Si cette corruption politique est si diffuse au Sénégal c’est parce qu’elle nous ressemble. Et ce n’est pas seulement par un manque coupable de volonté politique mais c’est d’abord parce que ses conditions de possibilité et de reproduction sont largement inhérentes aux déviances d’un corps social parfois ambivalent. Les Sénégalais devenus assez religieux - pour la plupart- il faut bien l’admettre ont une liaison compliquée et paradoxale avec l’argent …. D’où un rapport sociétal ambigu avec la corruption, symptomatique de cette distance entre ses normes sociales acceptées et ses codes légaux exercés.  Car en principe si la corruption est perçue comme moralement abjecte et répréhensible, en pratique familles, parents, marabouts et amis ne s’offusqueront pas outre mesure de constater un changement brusque et sans cause de fortune du politicien aux affaires. Tout au contraire.  Par exemple il est ainsi admis et établi une proximité voire une complicité entre politiciens et certains dignitaires religieux qui sous des dehors de relation talibé - marabout est de fait une collusion malséante, une forme insidieuse de quiproquo qui achète des protections contre des largesses plus que suspectes mais bénies. Tel ministre ou Directeur en délicatesse a vite fait de querir la sainte protection du marabout ou d’exhiber sa fraiche allégeance au parti régnant du jour !  

Et pendant ce temps le clientélisme si ce n’est la spoliation des deniers publics suit son cours long et inexorable sous ses formes frauduleuses ou légalisées. Des institutions dont la fonction d’utilité publique reste douteuse ou limitée (CESE, HCCT etc.) consomment des budgets sans commune mesure pour entretenir une clientèle ou des alliés. Des politiques publiques comme celle des marchés publics ou des exonérations fiscales ou douanières inadéquatement formulées créent des opportunités flagrantes de concussion. Des sociétés nationales dont certaines aux missions imprécises ou redondantes dirigées par des Directeurs plus loyaux que compétents voient leurs missions détournées cyniquement au profit d’intérêts politiques prives partisans ! Des ministres épinglés par les rapports des corps de contrôle de la république se disent outrés d’avoir été cites, car en effet ces messieurs qui ont décidé de l’affectation de l’argent public à leur guise comme donneurs d’ordre n’ont pas l’habitude de rendre compte ! La reddition des comptes chantée sous tous les toits de la République n’est vraie que lorsqu’elle ne s’applique pas ! 

Pas étonnant dès lors que notre place s’enfonce d’année après année dans les abysses du classement mondial (TPI/ 73eme) des indices de perception de la corruption. Et pour cause. Les lacunes institutionnelles exacerbées par des déficits organisationnels restent encore des entraves de taille. 

L’arsenal de lutte contre la corruption au Sénégal est mal conçu du point de vue de son architecture institutionnelle et sa mise en œuvre reste sujette à caution suspectée -non sans raison - de sélectivité et d’instrumentalisation. Les corps de contrôle sous la coupe du pouvoir exécutif restent fragilisés avec des rapports non publiés ou publiés sélectivement à dessein. Ces organes doivent encore se muer en chambres indépendantes dotées d’une réelle autonomie statutaire et financière responsable devant le parlement, avec des missions (CC, IGE, OFNAC) moins dispersées et rationalisées. Cette même logique de découplage reste encore à appliquer au pouvoir judiciaire qui doit encore s’affranchir de sa relation bienséante avec l’Exécutif pour rendre une justice non pas d’exception mais plutôt sans exception. Avoir des entités de contrôles pléthoriques qui pondent des rapports n’est pas une fin de redevabilité. La reddition des comptes est une chaîne qui commence par le contrôle, mais qui pour avoir un sens et devenir une action efficace de salubrité doit nécessairement se prolonger et passer par une justice sans crainte ni faveurs pour mettre un terme à l’impunité. Mais pour l’heure nos ministres mis en cause narguent l’indignation populaire sous le regard condescendant voire enigmatique du Prince !
Ainsi donc va le Sénégal disent les cyniques. C’est le ‘système’ rétorquent les autres désabusés. À tous ces désenchantés il faut répondre qu’il n’y a pas de fatalité du ‘système’ encore moins de la corruption. Ce pays qui donne parfois l’impression de s’être résigné à la médiocrité, s’il le veut peut changer la donne.  D’autres nations sous d’autres cieux lointains ou proches en ont fait la preuve. De Singapour en passant par le Botswana, le Rwanda, l’Ile Maurice et plus près de nous le Cap Vert des stratégies efficaces d’anticorruption et déterminées d’intégrité publique ont permis si ce n’est d’annihiler, du moins de raréfier les mêmes pratiques illicites qui sous nos cieux foisonnent et souffrent de l’indifférence de nos procureurs si ce n’est de mansuétude sous un ‘coude’ protecteur ! 

Dans un contexte aux enjeux de développement et de possible mieux être collectif gigantesques pour notre futur immédiat et celui de nos enfants, en ces temps où les fortunes mais aussi les périls de l’or noir et du gaz s’annoncent au large de nos côtes voilà qui nous impose de tenter enfin d’affronter obstinément cette calamité nationale dont aucun pouvoir dans notre histoire récente ne s’est sérieusement et résolument préoccupé. Au contraire.   

Et bien sûr tout cela ne serait que galimatias de plumitifs frondeurs si cela n’avait entre autres comme conséquence majeure de perturber gravement une allocation rationnelle des ressources publiques au moment où elles sont cruellement en defaut. Si nous voulons éviter à ce pays un scenario de carnage déjà vu dans moults eldorados pétroliers d’Afrique du Nigeria à l’Angola en passant par le Congo, le Gabon ou la Guinée Équatoriale …il est grand temps dans ce contexte de demande grandissante de transparence et d’efficacité, d’amorcer une réinitialisation des fondamentaux de notre gestion de la chose publique. Pour une nouvelle ère de gouvernance articulée autour des valeurs d’intégrité et des attributs de haute performance opérationnelle et de redistribution inclusive des ressources, sous tendue par une croissance durable et créatrice d’emplois. Et pour un pays qui en vérité souffre moins d’un problème de conception et de formulation de ses programmes et politiques publiques que d’une insuffisance presque atavique dans la mise en œuvre et l’obtention de résultats sur le terrain. Exécution. Exécution. Exécution !   Pensez donc aux 750 milliards du plan décennal (2012/2022) engloutis dans les inondations ! 

Récusons donc la fatalité du status quo, Gardons vaille que vaille cette espérance d’un lendemain qui doit être meilleur et Formons une fraiche ambition pour ce pays qui mérite assurément plus et mieux de ses élites. Car là où il y a une volonté il y a un chemin. Un chemin vers un futur renouvelé et non à répétition. Cela semble impossible jusqu’à ce qu’on le fasse comme nous le rappelle l’illustre
Madiba.

Papa M. Tandian (PhD)
Consultant International
Mercredi 11 Janvier 2023
Dakaractu



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