Révélations sur le rôle de Shekau dans la mort du jihadiste sénégalais Moussa Mbaye au Nigeria.


Parmi les premiers sénégalais à rejoindre le jihad au Nigeria, Moussa Mbaye qui tenait un Daara au Lac Rose, précisément au quartier Ibadou du village Keur Marième Mbengue, a été tué dans ce pays dont le nord est confronté à une insurrection jihadiste depuis 2009.

Selon les explications de ses compères sénégalais jugés en 2018 devant la chambre criminelle pour leur appartenance au groupe extrémiste Boko Haram, Moussa Mbaye est mort au combat, dans la forêt de Sambisa. Après une altercation avec Aboubacry Guèye alias Abou Hamza sur le « takfir » (excommunication), Moussa Mbaye a quitté les bases du groupe et a déménagé dans un autre village avant de mourir lors de combats ayant opposé les jihadistes aux forces armées nigérianes.

Mais le quotidien Libération lu par Dakaractu livre une autre version. Selon nos confrères, le sénégalais a été tué par...Abubakar Shekau. C'est le prêcheur nigérian Muhammadu Adamu qui aurait fait la confidence aux enquêteurs de la Division des Investigations criminelles (DIC). Intercepté à Rosso, dans le nord du Sénégal, ce membre de Boko Haram venu au Sénégal après son séjour mouvementé en Mauritanie a été placé sous mandat de dépôt depuis le 16 octobre dernier.

Désaccord avec Shekau 

Selon cet extrémiste dont les intentions contre le Sénégal restent à déterminer, Moussa Mbaye a été perdu par son désaccord avec le chef de Boko Haram. Reste à savoir la nature de son contentieux avec le successeur de Muhammed Yusuf ? Pour l'heure, c'est mystère et boule de gomme.

Cependant, il reste constant que son altercation avec Aboubacry Guèye alias Abou Hamza à Sambisa, a été rapportée à Shekau qui a demandé à voir la colonie sénégalaise divisée sur la question du Takfir et de la détention de documents administratifs, pour les sermonner.

Selon les aveux des sénégalais de Boko Haram jugés par la chambre criminelle, il leur aurait demandé d’être endurants. C'est suite à cette rencontre que Aboubacry Guèye qui était au même titre que Moussa Mbaye, recruteur pour Boko Haram, a quitté les bastions de ce groupe jihadiste pour une destination jusque-là inconnue. Avait-il peur pour sa vie ?

En tout cas, lorsque son disciple Abou Diallo a demandé à le suivre, il l'en a dissuadé au motif qu'ils pouvaient se faire prendre par les éléments de Boko Haram. Mieux, c'est lui qui a demandé à Matar Diokhané d’intercéder auprès de Shekau pour que les sénégalais retenus à Sambisa soient « libérés ».

Destitué par l'Etat islamique pour extrémisme

C'est là autant d’éléments qui font croire que sa tête ainsi que celle de Moussa Mbaye ont été mis à prix par Shekau qui pouvait leur en vouloir d'avoir suscité une polémique au sujet du takfir.

Si c'est le cas, ce ne serait pas nouveau avec le désormais ex-gouverneur de la province de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest. C'est d'ailleurs pour avoir été trop « extrémiste » que Abubakar Shekau dont l'allégeance a été acceptée en 2015 par l'Etat islamique, qu'il a été destitué en 2016 par Abu Bakr el Baghdadi au profit de Habib Yusuf dit Abu Mus'ab Al Barnawi. L'Etat islamique lui aurait aussi reproché d’être enclin à faire exécuter ceux qui osent s'opposer à ses principes. 

Depuis cette défenestration, Boko Haram qui avait déjà connu des scissions en son sein, a éclaté en plusieurs morceaux. Mais les branches les plus actives restent celles de Shekau connue sous le nom de « Jamahatu Ahlu Sunna li dahwati wal jihad » et la Province de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest dirigée depuis mars 2019 par Abu Abdallah Ibn Umar Al Barnawi.  
Vendredi 18 Octobre 2019
Dakaractu



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