Rétro politique 2022 / Élections, 14e législature, candidature de Macky Sall, amnistie : La rupture sous toutes ses formes.

L’année 2022 tire à sa fin, mais ne sera pas rangée facilement aux oubliettes. En cette année très mouvementée, la politique au Sénégal a connu beaucoup de rebondissements. Élections locales et législatives, installation des députés de la 14e législature, question du troisième mandat, amnistie de Khalifa Sall et Karim Wade, vote du budget à l’assemblée nationale, les événements malheureux lors du passage du ministre de la justice en séance plénière, l’affaire Amy Ndiaye Gniby, tout est évoqué dans ce texte récapitulatif de Dakaractu qui relate les faits marquants de l’année.


Dès janvier 2022, les différentes entités politiques ont commencé à s’affairer pour les élections locales et municipales qui devaient se tenir le 31 janvier 2022. Il faut, en amont, préciser que ces élections devaient initialement être organisées en 2019. Toutefois, avec le dialogue national initié par le président Macky Sall qui disait vouloir tendre la main à l’opposition (juste après l’élection présidentielle) pour discuter de questions cruciales, notamment celle de la réforme du code électoral, la tenue de ce rendez-vous électoral local, a finalement tiré en longueur. 

Les élections municipales sont destinées à élire le conseil municipal d’une commune. Au Sénégal, il y a plus de 500 communes différentes. Elles sont toutes administrées par un maire et ses adjoints. Le conseil municipal peut être composé de conseillers municipaux appartenant à la majorité et de conseillers municipaux appartenant à l’opposition. À l’issue des dépouillements dans les conditions prévues par le code électoral et garantissant la sincérité du verdict des urnes, l’opposition talonne le pouvoir en place. Cette remarque se confirmera après la proclamation des résultats définitifs qui relève de la commission nationale de recensement des votes.

Ainsi, ces élections municipales s'annoncent comme un coup de semonce pour la coalition Benno Bokk Yakaar du président Macky Sall, avec une opposition qui remporte  la capitale Dakar et plusieurs grandes villes dont Kaolack, Thiès et Diourbel, ainsi que la plus grande ville du sud du pays, Ziguinchor. Aussi, c’est un grand pas pour l’opposition avec Ousmane Sonko, Barthélémy Dias, le Dr Babacar Diop qui deviennent maires de grandes villes.

Il faut noter au cours de cette année plein de rebondissements, ces insuffisances sur la conception des listes de Yewwi Askan Wi et de Benno Bokk Yakaar généralement. Deux grandes coalitions qui ont montré des limites qui leur ont coûté leurs listes. L’opposition particulièrement la coalition Yewwi Askan Wi, a mal digéré l’annulation de sa liste qui voit Aïda Mbodj, Ousmane Sonko, Déthié Fall, Habib Sy éjectés.

2022 est aussi une année de frustration. La coalition Benno Bokk Yakaar de même que Wallu Sénégal, ont vu leur effectif se réduire. Cheikh Bamba Dièye, Mayoro Faye, Serigne Cheikh Mbaye Bara Dolly et Moustapha Guirassy n’ont pas été d’accord sur la position qu’ils occupaient dans leurs listes (Yewwi et Wallu).

Yewwi-Wallu, le front politique pour imposer la cohabitation…

Sa mise en place avait été plombée par les égos. L’inter coalition Yewwi Wallu a été aussi, l’un des faits marquants de l’année 2022. Conscients des enjeux à l’Assemblée nationale qui auront probablement un impact sur la prochaine présidentielle, les coalitions Yewwi et Wallu seront finalement dos au mur. Il est impératif de faire bloc et de ceinturer le pouvoir et déclencher ainsi sa chute souhaitée par les indignés de la gouvernance qui avait été annoncée « sobre et vertueuse ». Il s’agissait simplement pour l’opposition, de mettre en place une stratégie politique inspirée par le mandataire national de la coalition Déthié Fall pour pouvoir attirer un plus grand électorat en sa faveur et disposer d’un grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Même si, dans le code électoral, cette option n’y figure pas et par conséquent, n’a aucune valeur juridique, il est à souligner que les leaders des deux coalitions, malgré moult tentatives de déstabilisation du camp d’en face, s’imposent efficacement. L’alliance de l'opposition remporte 80 sièges de députés, dont 56 pour la coalition Yewwi Askan Wi et 24 pour celle de Wallu Sénégal, ayant à sa tête, l’ancien président Abdoulaye Wade. La coalition présidentielle qui vit une situation politiquement historique avec l’équilibre dans le législatif, se retrouve avec 82 députés. Me Oumar Youm et ses collègues parlementaires seront renforcés par l’ancien maire de Dakar, Pape Diop, soucieux, disait-il, du blocage des institutions, qui laissera plus tard sa place à son chargé de communication, Moussa Diakhaté.

L’Installation des députés sous surveillance des forces de l’ordre…
Le lundi 12 septembre 2022 a été marqué par une série d’évènements qui ont émaillé l’installation de cette 14e législature qui avait été annoncée sous les auspices de rupture. Ce qui est d’abord à l’ordre du jour c’est le cas des députés qui avaient en même temps, un portefeuille ministériel : Amadou Ba, Abdoulaye Seydou Sow, Abdoulaye Daouda Diallo et Mariama Sarr s'étaient heurtés au refus des députés de l’opposition qui demandaient le respect du règlement intérieur et de la constitution. Quand Abdou Mbow évoque l’article 51 du règlement intérieur en son chapitre 13 qui parle de l’unité en faisant la distinction avec le code électoral en son article 172, qui stipule que « le député qui, lors de son élection se trouve dans l’un des cas d’incompatibilité visé dans le présent chapitre, est tenu dans les huit jours qui suivent son entrée en fonction de se démettre d’un de ses postes. » Le message de l’opposition est clair. Les choses ont désormais changé. Ce qui se faisait n’est plus valable. La preuve, même avec le mode de vote pour désigner le président de l’Assemblée nationale, l’opposition exige toute la transparence qui s’impose.

Micro arraché, table cassées et des députés qui se donnent du plaisir à monter sur les tables, tous ces détails sont autant de faits qui intriguent toujours les sénégalais se demandant le type de parlementaire que nous avons même si, la rupture pour un équilibre à l’assemblée avait été tant souhaitée.

L’élection du maire de Richard Toll et non moins directeur général de la Sapco a été la surprise générale,  mais un coup de massue pour celle qui a avalé plus de 5.000 kilomètres pour battre campagne et réaffirmer sa fidélité au président Macky Sall. Il n’a suffi que de quelques minutes dans l’hémicycle pour qu’elle voie ses espoirs d’être la deuxième personnalité de l’État réduits à néant. C’est bien Amadou Mame Diop qui remplace Moustapha Niasse au  perchoir. L’ancien ministre de la justice a jugé le choix de Amadou Mame Diop, « strictement familial. » C’est selon Aminata Touré, un choix qui mériterait de déposer une loi sur la table du président de l’assemblée nationale pour interdire l’implication de membres de la famille présidentielle dans les affaires publiques. Ainsi, celle qui fut tête de liste de BBY vient allonger la liste des non-inscrits jusque-là, courte constituée par Thierno Alassane Sall et Pape Djibril Fall.
Avec la forte présence de l’opposition parlementaire, on a assisté à un mixage inédit du bureau de l’assemblée et des commissions. Dans les débats l’opposition s’est d’ailleurs réjoui de cette participation historique qui indique, pensera-t-elle, la voie annoncée de la rupture.
 
En décembre, les évènements politiques se sont accélérés avec notamment le marathon budgétaire. Les débats ont été épiques avec une participation passionnée des deux camps (Benno et Yewwi Askan Wi particulièrement). Après les travaux en commissions techniques, les plénières ont été une continuité de l’installation des députés. L’affaire Amy Ndiaye Gniby a été la tache noire de ce marathon qui a vu le passage de tous les ministres de la république.

Amy Ndiaye, maire de la commune de Gniby, enceinte, a subi des violences de la part de deux députés de Yewwi Askan Wi, à savoir Massata Samb et Mamadou Niang.  Elle a dû être admise à l’hôpital principal de Dakar. 
La police a été saisie par le Parquet à la suite d'un courrier du président de l'Assemblée nationale exigeant des poursuites contre les deux députés. Par contre, l'opposition a accusé Amy Ndiaye d'avoir manqué de respect à Serigne Moustapha Sy lors d'une intervention à l'Assemblée où elle affirmait qu'il ne tenait pas sa parole et manquait de respect au président Macky Sall.
 

Rétro politique 2022 / Élections, 14e législature, candidature de Macky Sall, amnistie : La rupture sous toutes ses formes.
Déclaration de politique générale de Amadou Ba et la motion de censure

C’est enfin le 17 décembre 2022 que le Premier ministre Amadou Ba se présentera devant la représentation nationale, pour porter le programme du gouvernement et convaincre les députés de sa pertinence. Un programme d’urgence qui nécessite une mise en œuvre urgente et réfléchie au regard de la situation économique et sociale. Cette traditionnelle déclaration de politique générale a duré deux heures et trente minutes devant un hémicycle complet. Auparavant, Amadou Ba a d’abord déroulé le bilan du président Macky Sall et de son gouvernement en insistant sur les priorités comme le combat contre la cherté de la vie et les inondations ainsi que le combat pour l’emploi, la souveraineté et la croissance. Il a également rappelé des mesures phares du président comme l’amélioration de l’électrification ou la baisse du prix de certains produits de base. « La stabilisation des prix des produits de grande consommation des ménages aura coûté 157 milliards en 2022. Les principaux produits concernés par ce soutien direct aux ménages sont le blé, le riz, le sucre, le maïs et l’huile. » Il s’est aussi penché sur les perspectives du gouvernement avec, par exemple, l’exploitation des ressources pétrolières et gazières qui va commencer en 2023.

Birame Soulèye Diop, président du groupe parlementaire Yewwi Askan Wi, après la présentation de la declaration de politique générale du Premier ministre Amadou Ba, a d'abord présenté les motifs de la motion de censure. Une motion de défiance à l'égard du Premier ministre qui n'a pas voulu poser la question du vote de confiance des députés ».

À la tribune, les députés Yewwi Askan Wi ont tour à tour dénoncé un gouvernement de continuité, symbole, selon eux, de mauvaise gouvernance, de corruption et d’impunité. De leur côté, les parlementaires de la coalition au pouvoir, Benno Bokk Yakaar, ont critiqué une initiative ni pertinente, ni justifiée par conséquent, incohérente.

Le Premier ministre prendra la parole pour défendre son équipe, un gouvernement de consolidation,  à l'écoute des populations, pour qui les rédacteurs de la motion cherchent à rendre le pays ingouvernable. La motion de censure, à l’issue du vote, n’a pas été adoptée car étant épousée par 55 députés sur les 165 présents.

Les « K » d’amnistie de Khalifa Sall et de Karim Wade
Ils ont humé l’air de la liberté après deux ans de détention. L’ancien maire de Dakar et Wade-fils avaient perdu leurs droits de figurer sur les listes électorales après avoir été visés par l’article 31 alinéas 2 du code électoral. Mais visiblement, le cessez-le-feu veut être adopté par le chef de l’État. En effet, lors d’un conseil des ministres, le président Macky Sall a instruit le ministre de la justice garde des sceaux, le Pr Ismaïla Madior Fall, d’entrevoir toutes les modalités pour que les deux hommes politiques puissent participer aux prochains rendez-vous électoraux.

À travers cette décision, certains ont craint que derrière cette volonté de décrispation de l’espace politique avec la réintégration de Khalifa Sall et Karim Wade dans le jeu politique pour les prochaines échéances électorales, des enjeux inavoués ne sont pas à exclure. Cette appréhension est aujourd’hui renforcée par la position ferme des partisans du fils du Président Abdoulaye Wade qui exigent plutôt une révision de son procès. Mais aussi par l’avis de certains observateurs de la vie politique qui se démarquent également de ce projet d’amnistie au profit de Karim Wade et de Khalifa Ababacar Sall.

Selon eux, le rétablissement du droit de vote et d’éligibilité de Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall évoqué par chef de l’État pour justifier sa demande au ministre de la Justice pourrait se faire par une simple modification des articles L29 et L31 du code électoral. Il faut dire que derrière ces divergences se cache un sentiment d’inquiétude concernant une utilisation de cette loi d’amnistie pour enterrer certains dossiers ou crimes économiques commis sous le régime en place par le truchement du caractère général et impersonnel de la loi. Parmi ceux-ci, on peut relever sans être exhaustif les événements de mars 2021, les scandales du Coud et du Prodac, les 94 milliards de Mamour Diallo soulevés par Ousmane Sonko et compagnie, le montage financier du Train express régional, l’affaire Petro Tim entre autres…

Le 3e mandat : sujet favori

L’année 2022 a été aussi marquée par la question de la candidature de Macky Sall. Quand certains évoquent juridiquement la légalité et l’opportunité de la candidature du patron de Benno Bokk Yakaar, d’autres par contre, interpellent la conscience morale du secrétaire national de l’Alliance pour la République. Le Président Macky Sall qui a récemment pris part au sommet États-Unis – Afrique, à Washington a donné sa position sur la question. Au cours de l’interview accordée à New York Times, la question de la présidentielle de 2024, a été posée sur la table.

Macky Sall est resté toujours sur sa ligne du : «ni oui ni non». «Il est clair qu’aujourd’hui, il n’y a pas de débat juridique (pour savoir s’il peut ou non se représenter). Maintenant que je sois candidat ou non, c’est ma décision », avait-il répondu.

Une incertitude autour de cette question reste toujours en suspens même si certains partisans du camp présidentiel s’agitent pour un troisième mandat du président Macky Sall. L’opposition pour sa part, de même que la société civile avec l’implication notamment du mouvement Y’en A Marre avec son nouveau slogan « Bouko Sax Jem », campent sur leur position et ne comptent point laisser le président bénéficier de ce que son prédécesseur, Abdoulaye Wade n’avait pu obtenir en 2012.

Mercredi 28 Décembre 2022
Dakaractu



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