Retour des femmes déplacées : la PFPC alerte sur les risques de violences basées sur le genre



À l’occasion de la Journée internationale de la paix 2026, la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC) a consacré son point de presse aux vulnérabilités des femmes et des filles lors du retour et de la réinstallation dans les zones affectées par le conflit. Une étude menée dans dix villages de retour met notamment en évidence la persistance des violences basées sur le genre (VBG) et la fragilité du sentiment de sécurité.

Le retour dans les villages d’origine ne signifie pas nécessairement la fin des difficultés pour les populations déplacées. Pour les femmes et les filles, la réinstallation peut au contraire s’accompagner de nouvelles vulnérabilités, notamment en matière de sécurité, d’autonomie économique et de protection contre les violences basées sur le genre.

C’est le constat dressé par la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC), qui a consacré son point de presse à la problématique des « réalités des vulnérabilités des femmes face aux VBG lors du retour et de la réinstallation ».

Selon la PFPC, le retour constitue pour les communautés déplacées une forme de « double déracinement ». Après avoir fui les violences liées au conflit, certaines personnes doivent quitter leur milieu d’accueil, où elles avaient progressivement reconstitué leurs repères et leurs réseaux sociaux, pour revenir dans des localités d’origine parfois profondément transformées.

La reconstruction ne se limite donc pas aux infrastructures. Elle concerne également le tissu social et le bien-être psychologique des populations retournées. La PFPC estime que ce processus peut provoquer un nouveau choc culturel, social et psychologique.


Plusieurs facteurs contribuent, selon l'organisation, à accroître les risques de violences contre les femmes et les filles dans les zones de retour. La désarticulation des réseaux traditionnels de solidarité, la perte de terres et le manque d'infrastructures de base figurent parmi les principales difficultés identifiées.

La question foncière occupe une place particulière. Pour de nombreuses femmes, l'accès à la terre constitue une source de revenus et un facteur d'autonomie à travers le maraîchage, la riziculture ou encore le petit élevage. La perte de cet accès peut ainsi renforcer leur dépendance économique.

La PFPC souligne également les difficultés liées à la sécurisation des sites de réinstallation. L'éloignement et le manque d'éclairage de certains points d'eau et sanitaires peuvent exposer les femmes et les filles à des risques d'agression. À cela s'ajoute la dispersion des membres d'une même communauté, qui peut fragiliser les liens familiaux et renforcer l'isolement de certaines personnes retournées.

Pour mieux cerner ces difficultés, la PFPC a réalisé un diagnostic participatif dans dix villages des départements de Ziguinchor et d'Oussouye. L'étude a concerné 176 femmes et filles ainsi que 30 leaders communautaires.

Les résultats montrent un sentiment de sécurité encore fragile. Selon l'étude, seulement 17,1 % des femmes et filles interrogées déclarent disposer d'un sentiment de sécurité satisfaisant. Par ailleurs, 50 % des participantes affirment connaître des cas de violences basées sur le genre.

Les violences physiques arrivent en tête avec 34 %, suivies des violences psychologiques avec 18 %, des violences économiques avec 17 % et des violences verbales avec 16 %.

L'étude relève également des insuffisances dans l'orientation des survivantes. Près de six femmes et filles sur dix, soit 59 %, ne savent pas vers quelle structure se tourner en cas de VBG. Parmi celles qui connaissent les mécanismes d'orientation, la gendarmerie et les chefs de village figurent parmi les principales références citées.

Face à ces difficultés, la PFPC formule plusieurs recommandations à l'endroit des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations locales.

Elle appelle notamment à renforcer les infrastructures sociales de base, à construire et équiper des postes de santé et des maternités, à améliorer l'accès à l'eau potable et à l'électricité, mais également à réhabiliter les routes, les pistes de production et les écoles.

La plateforme recommande également de renforcer la sécurité dans les zones de retour et de poursuivre les opérations de déminage. Elle préconise par ailleurs un accompagnement des populations retournées dans la reconstruction et le logement, ainsi que le rétablissement de l'état civil.

Pour les partenaires techniques et financiers, la PFPC demande notamment le financement des activités économiques des femmes, le soutien à la formation professionnelle et le renforcement des programmes de protection des femmes et des filles.

Elle insiste aussi sur la nécessité de renforcer le leadership féminin, la participation des femmes aux instances de décision et les mécanismes communautaires de protection et de règlement des conflits. Au-delà de l'aide humanitaire, la PFPC entend placer la femme au cœur du processus de reconstruction et de développement des zones de retour.

L'organisation défend ainsi une approche fondée sur l'autonomisation économique, la protection des droits et la participation des femmes aux décisions qui concernent leur territoire. L'objectif est de faire passer la femme du statut de « victime bénéficiaire d'aide » à celui de « citoyenne actrice du développement ».

Cette démarche intervient alors que la PFPC a été distinguée par l'Institut catalan international pour la paix (ICIP), qui lui a décerné le Prix ICIP Construction de la Paix 2026 pour son engagement en faveur du dialogue, de la médiation, de la résilience et de la protection des droits des femmes dans le contexte du conflit en Casamance.

Une deuxième étude portant sur les villages de Tambouille, Kandiadiou et Djigoudière doit par ailleurs être présentée le 29 septembre, à l'occasion de la Journée internationale de la paix et d'un mini-forum consacré aux enjeux du retour et de la réinstallation.
 
Mardi 22 Septembre 2026
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :