Reprise des vols de rapatriement : le Premier ministre espagnol saura-t-il convaincre Macky Sall ?


Au mois de novembre dernier, la ministre des Affaires étrangères espagnole, a effectué une visite au Sénégal. L'objet de ce voyage était de convaincre les autorités sénégalaises de la nécessité de reprendre les vols de rapatriement pour arrêter les départs massifs à destination de l'Archipel des Canaries. Un accord aurait été signé entre les deux pays pour réorganiser ces retours qui étaient censés être les premiers depuis 2018.  Mais jusqu'à présent, aucun acte n'a été posé dans ce sens.

Depuis le début de l'année, deux tentatives de déportation ont été organisées sans succès. Le premier vol de rapatriement était prévu le 24 février mais a été reporté pour des raisons liées à la présence du virus dans le camp des sénégalais devant être retournés chez eux.

Mercredi 10 mars, un avion qui devait quitter l'aéroport de Madrid pour transiter à Tenerife et à Gran Canaria où attendaient des dizaines de sénégalais n'a pas finalement décollé. Le ministère espagnol de l'Intérieur a suspendu le vol sans en donner les raisons. Plus tard, on apprendra que c'est un rapport de l'ambassadeur espagnol sur la situation d'alors du Sénégal qui a dissuadé Madrid qui ne fait cependant que reculer pour mieux sauter. C'est le sens de la visite de Pedro Sanchez au Sénégal.

Attendu à Dakar dès ce jeudi en provenance d'Angola, le Premier ministre espagnol doit s'entretenir vendredi 9 avril avec le président du Sénégal, Macky Sall. L'émigration irrégulière sera sans doute au centre des discussions entre les deux hommes d'État. Le président du gouvernement espagnol tentera de convaincre le chef de l'État sénégalais sur la nécessité pour son pays de réduire la pression à laquelle les Îles Canaries sont soumises depuis le mois de septembre.

L'archipel a accueilli l'année dernière 23 023 migrants dont 4 539 sénégalais, selon les données du ministère espagnol de l'Intérieur. Pedro Sanchez doit trouver des arguments convaincants pour obtenir du chef de l'exécutif sénégalais la reprise sans délai des vols de rapatriement. C'est le moins qu'on puisse dire si l'on sait que le contexte s'y prête difficilement.

En mars, le Sénégal a connu des émeutes qui ont fait vaciller l'État. Ces troubles, quoi que partis d'une affaire privée opposant Ousmane Sonko à une jeune masseuse, ont permis aux victimes collatérales des mesures de restriction dues à la covid, de vider leur trop plein de frustration.

Elles ont d'ailleurs eu pour conséquence d'accélérer la levée de l'état de catastrophe sanitaire qui a duré deux mois au cours de la 2e vague de la propagation du coronavirus.
Conscient de ces facteurs qui militent en défaveur de sa politique migratoire, l'Espagne joue la carte de l'investissement. En effet, il est annoncé la signature de plusieurs accords de coopération.

Selon elpais.com lu à Dakaractu, c'est un domaine dans lequel l'Espagne a pris du poids avec une contribution financière de 128 millions d'euros pour la période de 2019 à 2023, soit 125% de plus que lors de la période précédente. Cette coopération financière se veut avantageuse pour le Sénégal avec des prêts à des conditions acceptables dans des domaines comme la gestion des déchets à Dakar ou l'irrigation au Sénégal, qui s'ajoutent aux millions d'aides au développement annuel.

Le Premier ministre espagnol profitera de son voyage à Dakar pour rencontrer les policiers déployés au port de Dakar pour lutter contre la migration irrégulière. Pedro Sanchez sera également chez les militaires espagnols du détachement de Marfil qui appuient depuis le Sénégal dans l'opération Barkhane au Mali. Le chef du gouvernement espagnol procédera enfin à l'inauguration du premier siège de l'Institut Cervantes en Afrique subsaharienne.
Jeudi 8 Avril 2021
Dakaractu



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