Répression post-électorale en Guinée : ARTICLE 19 exige une enquête aux fins de traduire les responsables devant la justice.


Article 19 condamne fermement l'usage excessif de la force par les Forces de sécurité et les émeutes orchestrés par les militants des partis politiques au lendemain de l'élection présidentielle. Au moins 21 personnes ont été tuées, dont trois enfants. Des centaines de personnes ont aussi été blessées et un nombre indéterminé de manifestants ou d'émeutiers présumés ont été arrêtés.

« Nous condamnons fermement ces exécutions extrajudiciaires. Manifester est un droit, mais les forces de sécurité ont fait usage d'une force excessive pour réprimer les manifestations au lendemain des élections. Même lorsqu'il y a des actes de violence, les forces de sécurité doivent s'efforcer de désamorcer la situation et éviter une répression meurtrière. Le président Condé doit donner des instructions claires aux forces de sécurité pour qu'elles cessent d'utiliser des armes à feu et une force excessive contre les manifestants et qu'elles facilitent plutôt le droit de manifester », a réagi à travers une déclaration Fatou Jagne Senghore, Directrice Régionale d’Article 19 en Afrique de l'Ouest.

« Cette fois, le gouvernement doit montrer à la communauté africaine et internationale qu'il ne tolère pas une culture de l'impunité. Il doit mettre fin à cette répression, enquêter sur les incidents et traduire en justice les responsables présumés », a-t-elle ajouté pour dénoncer et inviter à situer les responsabilités face à l’usage excessif de la force contre les manifestants et émeutes au lendemain de l'élection présidentielle.

À travers la déclaration rendue officielle ce 3 novembre, Fatou Jagne Senghore a aussi regretté le caractère meurtrier de la répression en Guinée et le meurtre des enfants.
 
« Tirer sur les manifestants, restreindre la liberté d'expression et faire un usage excessif de la force en toute impunité, sont des pratiques courantes en Guinée. Il faut y mettre un terme maintenant. Il est tellement choquant que les forces de sécurité aient tué des enfants innocents et des manifestants au lieu de les protéger. Les autorités doivent enquêter sur ce qui s'est passé », a soutenu la directrice régionale d’Article 19 avant d’appeler le gouvernement de Condé à réagir.
 
« La situation est déjà très tendue. Le gouvernement ne doit pas attendre que la situation empire, mais agir maintenant et rétablir les droits de l'homme et les libertés individuelles », a indiqué Fatou Senghore.
 
L’organisme de défense des droits humains a également regretté les attaques contre les médias et coupure de l'Internet en Guinée durant la période électorale. A travers le document, Article 19 se dit préoccupé par les restrictions d'accès à l'information au soir de l’élection présidentielle, le dimanche 18 octobre 2020.

« Nous avons l'impression que le gouvernement a essayé de bloquer toute circulation des informations sur l’élection en ligne. La décision de la Haute Autorité de la Communication de suspendre un site d'information en ligne (guineematin.com) est disproportionnée et n'a aucun but légitime. Bien que la commission électorale soit responsable de l'annonce des résultats officiels, les médias ont la responsabilité d'informer les citoyens sur le processus à la fois en ligne et hors ligne », a aussi fait savoir Fatou Jagne Senghore avant d’insister sur l’accès de l’internet comme droit pour les citoyens.
 
« L'accès à l'internet est un droit. L'interruption et la coupure d'Internet est une violation du droit d'accès à l'information et va à l'encontre de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et des principes africains sur la liberté d'expression et l'accès à l'information. La Guinée devrait garantir l'accès à l'information et s’abstenir de toute perturbation et restriction d'Internet », a-t-elle conclu.
Mercredi 4 Novembre 2020
Dakaractu




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