[Reportage] Marché Syndicat de Pikine : entre eaux stagnantes, insécurité et survie des commerçants


À Dakar, l’hivernage a à peine commencé que déjà les premières pluies plongent certains quartiers dans la difficulté. Au marché Syndicat de Pikine, deux jours d’averses suffisent pour transformer les allées en terrains impraticables. À l’entrée, eaux stagnantes mêlées de boue et de fruits pourris dégagent une odeur nauséabonde, décourageant les rares clients qui s’y aventurent.
Les commerçants, eux, s’accrochent malgré tout. Assis au sol à l’entrée du marché, Alioune Mbaye, vendeur de mangue, raconte ses difficultés : « Nous devons dégager les saletés et éviter les eaux usées avant même de poser une natte pour nos marchandises. » Pour l’instant, dit-il, la situation reste gérable, mais si les pluies se poursuivent, le marché risque de devenir insalubre et infréquentable.
 
Les riverains ne sont pas en reste. L’un d’eux, résidant dans un immeuble voisin, dénonce les nuisances sur notre micro : « Chaque nuit, les moustiques issus des eaux stagnantes nous empêchent de dormir. Le matin, c’est le vacarme des vendeurs, les déchets et même des camions qui viennent jeter ici des marchandises avariées. C’est insupportable. » Un témoignage qui illustre la détresse d’habitants pris en étau entre insalubrité et désordre.
Au-delà des inondations, l’insécurité est également une préoccupation majeure. Plusieurs commerçants affirment être victimes de vols, surtout la nuit, à l’intérieur du marché. Thierno, l’un d’eux, fustige la mairie qu’il accuse de « mauvaise gestion » et de négligence dans la réorganisation des lieux. Un autre habitant raconte avoir perdu un ami commerçant dont la moto, volée récemment, est encore immobilisée à la police. « Nous sommes de simples étrangers venus travailler, mais nous ne sommes pas en paix », s’indigne-t-il.
Pourtant, certains points positifs sont relevés : l’éclairage du marché est jugé satisfaisant. Les jeunes commerçants affirment participer activement au développement économique du pays et demandent au gouvernement plus d’attention et de soutien. « Nous faisons déjà le nécessaire pour tenir, mais nous ne pouvons pas tout supporter seuls », insiste Alioune.
Tous pointent du doigt la municipalité, accusée de se désengager face aux difficultés. « C’est nous-mêmes qui payons parfois des gens pour enlever les ordures. Ce n’est pas normal, la mairie doit faire des efforts », martèle Alioune, soutenu par d’autres commerçants. Entre insalubrité, insécurité et manque de soutien, le marché Syndicat de Pikine symbolise les défis de l’hivernage à Dakar : une saison qui, pour beaucoup, rime avec survie.
Jeudi 21 Aout 2025
Dakaractu