[Reportage] Handicap : derrière les béquilles et les fauteuils, des parcours de résilience


Ils vivent avec le handicap, mais refusent d’en faire une condamnation. Aux Parcelles Assainies comme à Sham Notaire, Khadim Babaou, Mouhamadou Matar Edouard Dos Santos et Birahim Aïdara Ndiaye ont transformé leurs épreuves en force. Derrière les fauteuils roulants, les béquilles et les difficultés quotidiennes se cachent des entrepreneurs, des artistes et des acteurs engagés, déterminés à construire leur avenir malgré les obstacles.

 

À l’âge de 2 ans, Khadim Babaou, aujourd’hui directeur général de DimAfrique, a été frappé par la poliomyélite. Ses parents ont tout tenté pour lui permettre de marcher normalement, mais les difficultés ont persisté. Il a finalement dû avoir recours aux béquilles. Loin de se résigner, Khadim a très tôt cherché à rester autonome et à participer à la vie quotidienne. À 22 ans, il s’est lancé dans l’infographie. À force de petits revenus et d’économies, il a acheté progressivement son propre matériel avant de créer son entreprise. Aujourd’hui, il réalise des travaux d’infographie, de sérigraphie, de tableaux, de design et d’impression. Pour lui, les personnes handicapées disposent de compétences et de capacités souvent sous estimées. Il estime toutefois que le manque de confiance et l’insuffisance d’accompagnement constituent encore de sérieux freins à leur épanouissement professionnel.

 

À quelques kilomètres de là, à Sham Notaire, Mouhamadou Matar Edouard Dos Santos, directeur général de Punch Business, mène lui aussi un combat quotidien contre une maladie évolutive. Atteint de myopathie de Duchenne, il a vu progressivement sa mobilité se réduire. À 11 ans, il a commencé à éprouver des difficultés à marcher, d’abord sur la pointe des pieds, puis avec des béquilles, avant de se retrouver en fauteuil roulant. Mais le changement physique n’a pas éteint ses ambitions. Passionné de musique, Dos Santos s’est investi dans le rap et a animé plusieurs concerts à Dakar, à Mbour et dans d’autres localités. Avec le temps, il s’est également tourné vers l’entrepreneuriat, notamment dans l’élevage de poulets de chair, avant de créer Punch Business, une structure spécialisée dans la vente de matériel électroménager, de téléphones et d’autres produits. Son rêve aujourd’hui, disposer d’une grande boutique et bénéficier d’un financement capable de faire grandir son activité.

 

 

Le parcours de Birahim Aïdara Ndiaye illustre, lui aussi, cette volonté de ne pas laisser le handicap définir une personne. Atteint de myopathie de Duchenne, sa vie a basculé en 2019, alors qu’il avait 22 ans et poursuivait ses études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. En stage dans une entreprise, il a un jour été pris pour un mendiant par un passant qui voulait lui donner de l’argent. Birahim a refusé l’aumône et expliqué qu’il était là pour travailler. De cette expérience est née une conviction : changer le regard porté sur les personnes handicapées et leur offrir davantage de possibilités. Il a ainsi fondé Taxawouma Assistance Handicap, une association qui œuvre à l’accompagnement et à la valorisation des personnes en situation de handicap, notamment celles vivant avec des maladies rares. La structure revendique aujourd’hui plus de 1 500 bénéficiaires.

 

Au delà de leurs histoires personnelles, ces trois parcours posent une question de société : quelle place le Sénégal réserve-t-il réellement aux personnes en situation de handicap ? Entre les difficultés de déplacement, le coût élevé des équipements, l’accès limité au financement, les préjugés et les obstacles à l’emploi, leur quotidien reste marqué par de nombreux défis. Pourtant, Khadim, Dos Santos et Birahim démontrent qu’une personne handicapée peut entreprendre, créer, travailler, produire et contribuer pleinement à la société. Birahim Aïdara Ndiaye va plus loin et défend une représentation politique accrue des personnes handicapées, avec l’ambition de voir leur voix davantage portée dans les institutions, notamment à l’Assemblée nationale.

 
Lundi 7 Septembre 2026
Karim Ndiaye