Rejet de la LFR 2026 en plénière : Une stratégie qui évite le débat sur les finances publiques ?


En adoptant ce mardi, par 109 voix contre 20 et trois abstentions, une question préalable sur le projet de loi n° 40/2026, l'Assemblée nationale a rejeté la loi de finances rectificative (LFR) 2026 sans l'examiner au fond. Le résultat du vote est net. C'est la procédure choisie qui retient l'attention : elle a mis fin à l'examen du texte avant tout débat général sur son contenu.

 

Le droit de rejeter, l'absence de débat

 

Le Parlement n'est pas une chambre d'enregistrement de l'Exécutif, et le droit des députés de contester les orientations budgétaires du gouvernement, voire de les rejeter, n'est pas remis en cause. La question préalable a toutefois une conséquence précise : elle clôt la discussion sans que les arguments soient confrontés publiquement.

 

Or une loi de finances rectificative n'est pas un document administratif ordinaire. Elle fixe les ajustements des recettes et des dépenses de l'État, conditionne certains investissements et engage la continuité de nombreuses politiques publiques. Les Sénégalais n'ont donc pas pu suivre une explication contradictoire des divergences entre l'Exécutif et les élus.

 

Pour rappel, le projet avait en effet déjà été rejeté à deux reprises par la commission des finances. Le 27 octobre, le gouvernement avait obtenu un renvoi en commission afin de poursuivre les discussions et de répondre aux préoccupations des députés. Le rejet y a pourtant été maintenu. Le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan affirme avoir transmis des éléments détaillés sur les observations de la commission, notamment sur les subventions énergétiques, les dépenses sociales et les investissements publics. Les parlementaires ont, de leur côté, relevé des insuffisances documentaires concernant l'exécution des investissements, la dette et certains audits. Ces points relèvent précisément du contrôle parlementaire et auraient pu alimenter un débat en plénière. Ils sont restés cantonnés aux travaux de la commission.

 

Un rapport contesté, un perchoir suppléé

 

La séance plénière a été marquée par une vive polémique autour du rapport de la commission. Le ministre chargé des Finances, Cheikh Diba, a contesté certains éléments du document présenté, et des députés ont évoqué publiquement une possible altération du rapport. Ces accusations ne sont pas établies et appellent une vérification indépendante. Leur gravité justifie toutefois des explications, et la publication des comptes rendus, des amendements et des enregistrements des travaux de la commission apparaît indispensable pour dissiper le doute sur la fidélité des documents de travail de l'institution.

 

Autre élément de la séance : le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, était absent du perchoir. Les travaux ont été conduits par le premier vice-président, Malick Ndiaye. La suppléance est prévue par le règlement intérieur et n'a rien d'irrégulier. Elle prend cependant un relief particulier. Ousmane Sonko avait lui-même présidé, quelques jours plus tôt, les travaux ayant conduit au renvoi du texte en commission. Le retour en plénière constituait un moment important pour la continuité du dialogue institutionnel entre le gouvernement et la commission des finances.

 

Rationalisation des agences : l'angle mort du débat

 

Cette séquence éclaire aussi un angle mort. Lorsqu'il était Premier ministre, Ousmane Sonko avait fait de la réduction du train de vie de l'État et de la rationalisation du secteur parapublic des orientations importantes de son action. Le 4 mars 2026, le Conseil des ministres avait communiqué sur les résultats de ce travail : 19 entités proposées à la suppression, 10 autres appelées à être repositionnées, pour des économies budgétaires nettes estimées à 55 milliards de francs CFA sur trois ans.

 

Le débat budgétaire aurait pu permettre d'en mesurer les résultats. Quelles économies ont réellement été réalisées ? Quels coûts accompagnent ces restructurations ? Quelles conséquences pour les services publics et les ressources humaines ? Ces questions sont restées sans réponse publique, alors que la maîtrise des dépenses constitue un argument central de la politique gouvernementale.

 

Ce que le rejet laisse en suspens

 

Derrière les chiffres de la LFR, il y a des réalités concrètes : investissements publics, subventions énergétiques, dépenses sociales, financement des services publics. Le déficit prévisionnel, les tensions de trésorerie et les besoins de financement déterminent les marges de manœuvre de l'État. Le rejet de la LFR 2026 peut être défendu comme une décision politique. Il laisse néanmoins un déficit d'explication. Le gouvernement doit répondre aux interrogations, produire les documents nécessaires et assumer ses arbitrages. L'Assemblée doit, en retour, exercer pleinement sa mission de contrôle et rendre compte de ce qu'elle refuse et pourquoi.

 
Mardi 3 Novembre 2026
Dakaractu