Regard sur la recrudescence des violences urbaines au Sénégal

Depuis l’aube des temps, la violence fait rage dans le monde et le Sénégal pays de la téranga demeure cependant le point de ralliement de toutes les formes de manifestation violente. La persistance de ce phénomène nous amène à réfléchir sur les origines, les formes de violence enregistrées dans le pays ainsi que les moyens préconisés pour y faire face.


Une clarification conceptuelle nous permettrait d’emblée d’affirmer que dans les sociétés modernes, on appelle violences urbaines un phénomène d’explosion des violences collectives, en marge des villes, de la part des populations qui s’estiment défavorisées ou humiliées par les institutions. Ces violences sont souvent déclenchées par des faits perçus comme abus d’autorité, de détournement de fond public ou de bavures policières… L’exemple typique à Dakar est caractérisé par le problème de la spoliation foncière, le délogement des commerçants de Sandaga et Keur Massar puis l’extension des mines des ICS à Tivaoune. Les violences urbaines ne sont donc en fait le plus souvent que des violences périurbaines, si l’on exclut toutefois de la définition les violences perpétrées au sein des manifestations qui revendiquent quant à elle une visibilité au cœur même du centre-ville : la violence se trouve alors au cœur de la ville du fait même que cette dernière est le cœur du pouvoir politique à abattre. Les tensions entre l’Etat (Institution offensante) et les populations (victimes), font ressortir des agences de changement qui vont faire face grâce aux causes sociales d’aide, de réforme ou révolutionnaire. On peut citer entre autres Y’en a marre, frap France dégage, Aar sunu moomeel, Nio Lank Nio Bagn …, qui par l’intermédiaire des croisades et mouvements populaires, incitent les gouvernants vers un changement socio-économique ou politique.
 La violence comme conséquence de la déviance :
L’écrivain Daniel Defoe se plaint déjà que « les citoyens ne se sentent plus en sécurité dans leurs propres murs, ni même en passant dans les rues ». Les « violences urbaines » telles qu'on les a définies apparaissent quant à elles tout à fait clairement dans nos villes. Avec la pandémie de Covid19, les liens ont tendance à se désagréger suite aux nombreuses exigences (état d’urgence assorti d’un couvre-feu, conséquences socio-économiques, peur, psychose…). Les contraintes sociales et formelles exercées sur la société pour freiner la propagation de la maladie, ont souvent limité les interactions des uns par rapport aux autres ou par rapport à la société elle-même. Plusieurs personnes beaucoup moins allocentriques se sont vu sortir de leur zone de confort et sont entrées dans la violence surtout dans les familles élargies. En s’appuyant sur les recherches de Le blanc et Caplan, on peut affirmer avec force que les influences déviantes et les opportunités de commettre des délits peuvent se manifester suivant diverses autres modalités : il peut s’agir de regarder la télévision et voir des groupes de jeunes se rebeller contre le couvre-feu, le stress de rester longtemps à la maison, la consommation de la drogue, la précocité dans les rapports sexuels …). « La violence à ascendant prend de plus en plus de l’ampleur dans certaines régions du pays », pourrait-on lire dans l’article paru le 04 Août dernier au journal l’Observateur. Des exemples foisonnant à Thiès, à Louga et à Dakar permettraient au Pr Sérigne Mor Mbaye d’avancer que « c’est le désastre dans la famille… beaucoup de jeunes usent des stupéfiants qui les poussent à la violence. La crise économique qui va s’accentuer va aller avec la violence » ; et au Pr Djiby Diakhaté lui-même d’affirmer que « le chômage, la déscolarisation et l’usage de la drogue sont autant de facteurs qui favorisent cette forme de violence ».
La violence comme conséquence de la déliance sociale
 Parler de la ‘’déliance’’ sociale comme facteur explicatif de la violence suppose auparavant qu’il y’avait une ‘’reliance’’ sociale entre une personne et un autre acteur social, individuel (une personne) ou collectif (groupe, organisation, institution, mouvement social...). Les acteurs sociaux sont à la fois liés (ils ont des liens directs entre eux), et re-liés par un ou des systèmes médiateurs (qu’il s’agisse d’une institution sociale ou d’un système culturel de signes ou de représentations collectives).  Dans la relation intervient un troisième terme. Naissent ainsi ce que Eugène Dupréel a appelé des « rapports sociaux complémentaires ». Les gens qui se voyaient chaque 4 Avril fêter leur indépendance, les travailleurs qui à chaque 1er Mai organisaient la fête du travail, des fidèles qui convergeaient vers des cités religieuses chaque année… et sous l’effet de la Covid19, se trouvent contraints de ne pas tenir leurs activités. L’on ne peut pas parler ici que de violence psychologique qui au finish aboutirait à ce qu’on appelle des comportements de désespoir et de révolte.
A cela s’ajoute les violence techniques ou technologiques :
Internet symbolise la modernité, l’ouverture sur le monde, le progrès, la communication et les échanges. C’est un moyen qui permet à tous d’accéder à l’information et suscite la curiosité, l’enthousiasme et l’attirance. Les internautes y voient la possibilité de l’appropriation individuelle, la rapidité, la personnalisation, la qualité et le formidable potentiel d’échanges et de relations à travers le monde. Mais de nos jours, la violence exercée sur les médiats sociaux à travers des Fake news, le RevengePorn, la pédopornographie ainsi que tous les types de cybercriminalité, incite les travailleurs sociaux à réfléchir d’amblée sur les inconvénients des réseaux sociaux. Cependant cette violence perpétrée à travers l’internet, altère la qualité des audiences, freine la possibilité des interactions et du réseautage, prône également une sursaturation informationnelle.
Dans la délinquance urbaine, il est temps d’évoquer la multiplicité des crimes, délits, contraventions et des incivilités. Cela est dû à plusieurs facteurs dont la faiblesse du contrôle social, la fermeture des lieux de socialisation et un système juridique qui tarde à appliquer ses sanctions. En résumé, la ville étant le lieu d’attraction de toutes et de tous, il peut y avoir cependant un fort « sauve qui peut et un chacun pour soi, dieu pour tous ». La quête effrénée de l’argent devient en l’occurrence une menace sur la montée de la délinquance économique.
Que faut-il faire pour freiner le phénomène ?
Pour stopper la propagation de la violence et ses conséquences, il est d’une nécessité extrême pour les gouvernants de réhabiliter l’esprit communautaire et la solidarité, instaurer l’égalité et le respect des droits individuels et collectifs, prôner le dialogue sincère et le respect des diversités, renforcer la démocratie ainsi que la république. Les citoyens doivent ainsi se relier positivement, éviter le rejet de l’autre et le repli sur soi (intolérance, racisme, chauvinisme). Il est temps pour l’Etat de prendre en charge les objectifs de la stratégies Sénégal Numérique 2025 et contrôler le développement scientifique et technologique afin de le mettre au service des humains.  La question majeure qui me vient à l’esprit est de savoir si l’on doit répondre à la violence par la violence. Plus encore, n’est-il pas préférable d’informer, de sensibiliser et d’éduquer ?
 
Ousmane Sarr
Travailleur social
Email : newouze@yahoo.fr 

Vendredi 4 Juin 2021
Dakar actu




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