Une réforme constitutionnelle n’est pas un simple changement de texte. C’est une transformation profonde des règles qui organisent la vie des institutions d’un pays. Pour être efficace, elle doit être comprise, acceptée et portée par ceux qui auront à la mettre en œuvre et à en vivre les conséquences : les citoyens.
Toute réforme réussie repose sur plusieurs étapes préalables indispensables. La première est une large consultation des acteurs concernés. La seconde est la recherche d’un large consensus, au moins sur l’essentiel de la réforme. Ce consensus constitue non seulement une condition de réussite, mais aussi un gage de stabilité et de longévité. On ne peut pas bâtir un État solide si l’on passe son temps à réformer sa constitution.
Pour ma part, j’ai toujours été opposé aux révisions constitutionnelles adoptées uniquement par la voie parlementaire. Je le suis encore davantage lorsqu’elles sont engagées sans une véritable concertation nationale. C’est en partie pour cette raison que notre constitution a été modifiée à presque chaque alternance politique. Et cela ne peut plus continuer. Une constitution ne doit pas être
l’œuvre de la majorité politique du moment ; elle doit être le patrimoine commun de toute la Nation.
Certes, notre pays a connu des initiatives importantes, comme les Assises nationales, la commission nationale de réforme des institutions et d’autres cadres de dialogue. Mais ces travaux, aussi précieux soient-ils, ne sauraient dispenser d’organiser, avant toute révision constitutionnelle, une vaste concertation ouverte à l’ensemble des forces vives de la Nation : partis politiques, société civile, universitaires, organisations professionnelles, autorités religieuses et coutumières, diaspora et citoyens.
Le projet de réforme devrait ensuite être rendu accessible à tous les Sénégalais, par tous les moyens de communication disponibles, afin que chacun puisse en prendre connaissance, en débattre et se forger une opinion éclairée.
Enfin, je suis convaincu que les réformes constitutionnelles qui font l’objet d’un large consensus devraient être soumises au peuple par référendum. La Constitution appartient aux citoyens ; il est donc légitime qu’ils aient le dernier mot sur son évolution.
Nous disposerions ainsi d’une constitution largement débattue, partagée et acceptée par la majorité des citoyens. Une constitution capable de traverser les générations, de résister aux alternances politiques et de dépasser les intérêts partisans. C’est à cette condition que nous pourrons consacrer pleinement notre énergie aux véritables défis de notre pays : le développement économique, la création d’emplois, le renforcement des infrastructures, l’amélioration des services publics et le bien-être des Sénégalaises et des Sénégalais.
Une Constitution doit rassembler une Nation et non la diviser. C’est dans cet esprit que doivent être pensées les grandes réformes de notre République.
J’en appelle donc à la majorité présidentielle et à la majorité parlementaire. Elles disposent aujourd’hui de la légitimité politique nécessaire pour engager une réforme ; elles ont surtout la responsabilité historique de ne pas la précipiter. Renoncer au calendrier annoncé ne serait pas un signe de faiblesse, mais une preuve de sagesse et de confiance dans notre démocratie.
Prenons le temps d'organiser une large concertation nationale, d'écouter toutes les sensibilités, de rechercher les consensus indispensables et de bâtir un texte qui rassemble les Sénégalais, apaise les divergences et renforce durablement la confiance dans nos institutions.
Une fois ce travail accompli, remettons la décision entre les mains du peuple sénégalais, seul véritable détenteur de la souveraineté. C’est à lui, et à lui seul, qu’il appartient de décider des règles fondamentales qui organiseront durablement notre République.
Ma Diakhaté NIANG
Président du mouvement alternative citoyenne, And Sopi Thiès.