Réflexion critique sur la problématique posée par la candidature de Youssou N’dour (Par Ali Top)

Il s’agira pour nous ici d’aller au-delà d’une analyse simple (ne pas s’arrêter sur le buzz crée par la candidature au Sénégal et dans le monde ) de la candidature de Youssou N’Dour, voire de fournir avec une lecture rationnelle de cet acte posé par le biais d’une recherche de cohérence en se basant sur des faits de nature politique et avec un intérêt pour la logique. Cette candidature relève de l’accidentel, moins linéaire que ne pourraient l’être la candidature d’hommes politiques professionnels tels Wade, Niasse, Macky …etc. qui ont une histoire et une trajectoire en politique. Le cas Youssou N’Dour est un exemple de dépassement des canaux traditionnels menant à une candidature. Le système politique sénégalais tél que incarné et pratiqué classiquement est porteur d’une dynamique qui permet même son dépassement ce qu’ont bien révélé le mouvement « Y EN A MARRE », la naissance et la floraison de mouvements citoyens (Fékké Maaci Bollé, M23…etc.)
Nous avons aujourd’hui en face un système fragmenté et un plus concurrentiel qu’à l’accoutumée, historiquement c’était pouvoir et opposition, maintenant il faudra y ajouter mouvements citoyens.
Ce sera au travers de thématiques telles que la légitimité de cette candidature, la désacralisation du « politique », la naïveté politique de l’homme Youssou N’Dour.


-Eléments de légitimation de la Candidature Youssou N’Dour :
L’idée est de déterminer comment d’un point de vu « démocratique » prend forme une candidature. L’idée de « code démocratique » je le définie ici comme un dispositif de croyances et de valeurs qui organise notre perception de la démocratie au Sénégal. Dans ce cas précis, il s’agit d’accepter pour Youssou N’Dour, citoyen Sénégalais ce que l’on peut accepter pour les autres candidats déclarés sur la base de l’appartenance à une même citoyenneté à savoir Sénégalaise. Aussi, si la démocratie dans son acception traditionnelle est définie comme la mise en place de conditions permettant l’égal accès des citoyens sans exclusive à l’exercice du pouvoir, donc toute candidature peut être légitimé sous cet angle. Au regard des profils et historiques des autres candidats, la candidature de Youssou N’Dour analysée de manière logique n’est pas moins intéressante que les autres.
Pour ceux qui émettent le doute sur les capabilités étatiques de Youssou N’Dour, il faudra juste leur rappeler le caractère d’entreprise que revêt un Etat tel que définit par Max Weber : L’Etat est : « Une entreprise politique de caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique avec succès, dans l’application des règlements, le monopole de la contrainte physique légitime ». Ce qui se rajoute par rapport à une précédente version c’est la notion d’entreprise politique : « On appellera entreprise une activité rationnelle continue d’un genre particulier », l’Etat est une entreprise, c’est à dire un travail de réflexion continue sur l’exercice du pouvoir, un travail d’intellectualisation de la domination. Pourquoi pas donc Youssou N’Dour chef d’Etat ? Si on sait qu’il a crée et réussi à maintenir des entreprises en vie, de surcroit même leur donnant un succès incontestable (Groupe futur media). Cette candidature peut aussi être analysée sous le prisme de la crise politique, crise de représentation de cette dernière.

-Désacralisation et crise de la représentation de la politique

Il s’agit de la transformation de la sphère traditionnelle de production de la politique» espace de compétition“ c’est à dire le passage d'un espace sacré de production du politique à un espace plus ouvert, plus profane.

Depuis l’alternance politique en 2000 les medias vont s'imposer comme l'un des principaux lieux de déroulement de la vie politique au détriment des institutions traditionnelles (Parlement, partis, syndicats). Comme le dit Patrick Champagne c’est déplacement du centre de gravité de la vie politique vers les médias. La publicisation de la politique a produit des conséquences sur les façons de faire de la politique au Sénégal, ce qui est aussi le cas de grandes démocraties (cas de la France).
Les façons de faire de la politique vont se dépolitiser par l‘affaiblissement du degré de conceptualisation du discours politique, on voit apparaitre des discours politiques se caractérisant par leur simplicité, par leurs constructions syntaxiques allégées... (Exemple de la déclaration de candidature de Youssou N’Dour).
Il y a d'autres dimensions dans les discours politiques tels que la dimension passionnelle ou la dimension polémique ( les discours de Wade voire d’Idrissa Seck)
A partir du moment où la victoire de Wade en 2000 est associée à la performance de la presse de par sa présence dans les bureaux de vote, on a assisté à la généralisation de la mise en scène débats politiques dans les médias (radio, télé, presse écrite…etc.
Ce sont les petites phrases qui ont le plus d'impact sur les Sénégalais (Ma waaxon waaxétte, ce sont celles qu'on retient le plus facilement) nos politiques cherchent à être percutant.
Ce phénomène n'est pas quelque chose de nouveau (César et Napoléon), ce qui est nouveau c'est que c'est devenu une norme.
Les façons de faire de la politique vont s'individualiser; la médiatisation de la vie politique va s'accompagner d'un phénomène de personnalisation de la vie politique.
Au Sénégal, c’est dû à la présidentialisation accrue du régime par Wade, et au développement des médias, qui permet aux acteurs politiques de recourir à de nouvelles techniques de mobilisation. Aujourd'hui, on peut très bien faire de la politique sans disposer de structure partisane / militante (Mouvements citoyens). Qui dit désacralisation dit nivellement (rapprochement des gouvernants vers les gouvernés). Les acteurs politiques vont s'efforcer de se montrer toujours plus proches et toujours moins différents de leurs électeurs à travers ce phénomène de publicisation de la politique (utilisation des nouvelles technologies, l’exemple de facebook). A partir du moment ou il y a une nouvelle technique de communication qui se crée, pour peu que la croyance en son efficacité soit fondée, elle s'impose à l'ensemble des acteurs. (par exemple la campagne de Barack Obama en 2008). La façon de faire de la politique va également se "vedettiser". Les acteurs politiques vont être contraints ou encouragés à se conduire comme des Vedette.
On est dans un des versants de ce qu'on appelle la peoplisation de la vie politique, mais aussi dans une dynamique de spectacularisation du politique, qui s'impose comme une norme qui rend de fait l'ordinaire politique indigne d'intérêt car peu rentable d'un point de vue médiatique.

-La naïveté politique du candidat Youssou N’Dour comme avantage

Machiavel ne trouve pas de justification à l'ordre politique en dehors de la lutte pour le pouvoir. (Rupture avec la Pensee religieuse selon laquelle le pouvoir politique doit se mettre au service d'un idéal autre que la politique) Selon lui, la politique se justifie par elle-même. Pour Machiavel, contrairement aux pensées utopiques, l'autorité politique est quelque chose d'indépassable (on ne peut pas s'en passer).
Les lois de la politique n'ont rien à voir avec les lois et modes de fonctionnement issus des autres domaines de la vie. Lorsqu’on parle d'une bonne politique, on ne fait pas référence aux notions de bien et de mal du point de vue moral (mentir, ou wax waaxétte est réprouvé par la religion, mais peut être très utile d'un point de vue politique). La notion de bien et de mal s'altère lorsqu'on rentre dans la sphère politique. Ces notions me semblent tellement intériorisées par nos hommes politiques classiques que Youssou N’Dour en devient un saint par rapport aux autres candidats, d’ou la naïveté politique de ce dernier. la politique étant le royaume du calcul, dans cette logique, la vertu fondamentale d'un homme politique est sa capacité d'adaptation en situation, l'homme politique professionnel est opportuniste ( c’est celui qui est capable de forcer sa Chance, de s’adapter aux circonstances), et il a assimilé l'art de la représentation (apparaitre tel que les gens veulent que l'on apparaisse) parce que les gens sont plus susceptibles d'avoir des émotions et des désirs que de raisonner (il faut un certain degré de démagogie) . Si le fait de dire la vérité arrange l'homme politique, il la dit: sinon, il ment. De par toutes ces caractéristiques développées ci dessus, j’ose accorder à Youssou N’Dour le bénéfice du doute…





ALI TOP
Montpellier, France
Samedi 7 Janvier 2012
thierno ali top