Réchauffement diplomatique sur l’axe Téhéran-Dakar, huit ans après : Entretien avec l’ambassadeur d’Iran au Sénégal

Depuis quarante ans, la République Islamique d’Iran célèbre sa révolution. Pour mémoire, le 11 février 1979 l'ayatollah Ruhollah Khomeiny et les religieux s’installaient au pouvoir après la chute du shah. Quarante années plus tard, que reste-t-il de cette révolution ? Prétexte choisi par Dakaractu pour aller à la rencontre de S.E Ghashghavi-Einollah, Ambassadeur de l'Iran au Sénégal. Cela, pour revisiter les relations entre les deux pays après un refroidissement sur l'axe Dakar-Téhéran consécutivement à l’affaire des armes dites « iraniennes » débusquée en 2011.


Réchauffement diplomatique sur l’axe Téhéran-Dakar, huit ans après : Entretien avec l’ambassadeur d’Iran au Sénégal

Excellencequel est l’état des relations entre le Sénégal et l’Iran, sous le magistère du Président  Macky Sall, qui a accédé au pouvoir en 2012, alors qu’on assistait à un refroidissement sur l’axe Dakar-Téhéran, consécutif à l’épisode des armes dites « iraniennes » ? 

 

- Les relations entre les deux pays se développent dans divers domaines politique, économique et culturel. L'échange de délégations politiques, notamment la visite du président du Parlement du Sénégal à Téhéran en janvier 2018 et la visite du ministre des Affaires étrangères accompagnant avec une délégation nombreuse au Sénégal en avril 2018, sont parmi les derniers développements dans les relations entre les deux pays. La visite du ministre sénégalais des Affaires étrangères à Téhéran et celle des présidents des deux pays sont à l'ordre du jour dans un avenir proche. Le secteur privé des deux pays a également noué de bonnes relations. Les préparatifs de la commission mixte sont en cours et sont reportés à la suite de l'élection présidentielle.

-           Longtemps après l’accession de Macky Sall au pouvoir, les investissements iraniens au Sénégal ont été suspendus. Est-ce le dégel ? 

 

- Pendant la période Macky, cette possibilité a toujours été de mise pour les investisseurs privés en Iran. Le gouvernement sénégalais, conjointement avec de nombreux autres pays du monde, a approuvé ce succès et s'est déclaré prêt à coopérer avec l'Iran dans un nouvel espace. L'augmentation

des échanges de délégations commerciales entre les deux pays permettra de trouver un terrain d'entente, ainsi que la présence d'entreprises iraniennes dans divers appels d'offres sénégalais, ce qui promet un mouvement fondamental dans les relations économiques des deux pays.

-           Quels sont vos projets actuels au Sénégal ? Depuis la réalisation de SenIran on vous sent peu.

 

-         La base économique la plus importante de l’Iran est la société Irano-sénégalaise (SENIRAN AUTO). Nos efforts consistent à exploiter pleinement la capacité de l'entreprise à créer des emplois pour les jeunes Sénégalais, tout en stimulant l'économie. Si la volonté est nécessaire, il est même possible d'assembler les véhicules et les exporter vers les pays environnants. Cependant, le PDG de la société a eu des entretiens avec des pays d'Afrique de l'Ouest tels que la Côte d'Ivoire et le Niger. La construction du logement et le CTI font partie des autres domaines d’intérêt en Iran, et des pourparlers sont en cours pour commencer une coopération dans ces domaines.

-         Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Sahel, vos rivaux sunnites les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite s’engagement à contribuer financièrement. Que compte faire l’Iran ? 

- L’Iran est situé dans une région qui est la cible de groupes terroristes. Nous avons toujours été victimes du terrorisme et avons dépensé beaucoup d'argent pour lutter contre ce phénomène. Notre politique de lutte contre le terrorisme est totalement opérationnelle et évite les discours fictifs. Le terrorisme est un phénomène universel et sa lutte est une nécessité inévitable qui doit être exempte de préjugés. L’Iran a toujours souligné sa volonté de transférer ses expériences à des États amis dans la lutte contre le terrorisme.

-           L’Iran est la deuxième puissance gazière au monde, que vous inspire la découverte d’importantes ressources naturelles au Sénégal (pétrole et gaz). Chez vous, il y a eu plusieurs bouleversements depuis la politique de nationalisation initiée en 1951 par le Premier ministre Mossadegh. 

 

- L'Iran possède les plus grandes réserves d'hydrocarbures (pétrole et gaz) du monde et possède une expérience précieuse dans l'extraction de pétrole et de gaz. Le Sénégal sera en mesure d'expédier sa première cargaison de pétrole d'ici 2022. Votre pays devra sans aucun doute développer les infrastructures appropriées et obtenir la formation nécessaire dans ce domaine pour développer ses capacités et son exploitation. Une formation en matière de pétrole et de gaz est actuellement mise en place entre les deux pays et des bourses sont accordées à un certain nombre d’étudiants sénégalais. La coopération dans le domaine des hydrocarbures a même été soulignée par S.E Macky SALL lors de la réunion d'avril 2018avec Dr ZARIF, il a appelé à la coopération du Sénégal et de l'Iran à cet égard.

-           Que pensez-vous de la percée du Qatar, votre allié stratégique, en Afrique de l’Ouest ? 

 

- L'Iran et le Qatar ont beaucoup en commun comme beaucoup de pays de notre région. L’adhésion de deux pays à l’Organisation de la coopération islamique, le NAM et l’OPEC, constitue un volume important de relations économiques, de coopération entre les deux pays dans le domaine du pétrole et du gaz et des liens culturels et religieux communs des deux pays. Nous ne croyons pas que nous ferons un monopole de région. La présence du Qatar ou d’autres pays du Moyen-Orient en Afrique de l’Ouest et ailleurs dans le monde n’est pas en soi une friction de notre intérêt.

-           Quel est le volume des échanges commerciaux entre le Sénégal et l’Iran ? 

 

-          - Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays n’est pas au niveau souhaitable mais il existe des opportunités pour une bonne coopération dans les domaines de l'informatique, de la construction, de l'automobile, de l'agriculture, du pétrole, du gaz et du pétrole, des produits

pétrochimiques, de l’alimentation et de l’ingénierie. On espère augmenter le volume des marchandises commerciales à l’avenir grâce à l’échange de délégations publiques et privées.

-           Comment appréciez-vous le Plan Sénégal émergent ?

- Le plan Sénégal Emergent, connu sous le nom de PSE, est une stratégie qui conduit au développement économique et social du Sénégal à moyen et long terme. Les mesures prises par le gouvernement au cours de l'année et les efforts déployés pour mettre en œuvre les projets d'infrastructure démontrent le succès du gouvernement dans la mise en œuvre du PSE. Heureusement, le gouvernement est déterminé à mettre en œuvre le plan et la nomination de M. Sheikh Kanté pour suivre et surveiller le plan est un signe que Macky SALL  est désireux de mettre en œuvre cette stratégie.

-           Le chiisme compte-t-il de nombreux adeptes au Sénégal ? 

 

-         L’Iran a toujours été la source de l’unité et de la solidarité entre musulmans. La coexistence de différentes religions au Sénégal est un sujet remarquable de notre soutien constant. L'existence de tendances sufis différentes, la relation entre Cheikh et Talibé, les relations pacifiques entre différentes confréries sont les points uniques de la communauté sénégalaise et constituent une condition préalable essentielle au développement sociopolitique. Nous sommes heureux que les membres de la famille du prophète (P.S.L.) vivent dans la même communauté sénégalaise que les autres religions, avec d'autres frères religieux.  

Entretien réalisé par Samba Ardo Ba 

 

Mercredi 13 Février 2019
Dakaractu




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