Rebasing des comptes nationaux : « Des chiffres nouveaux qui sont sans impact réel sur la vie des Sénégalais » (Cadres de la RV)


Le Cercle des cadres de la République des Valeurs (CECAR) a salué l’achèvement du rebaising des comptes nationaux fait par l’Agence nationale de la Statistique et de la démographie (ANSD). Concrètement, c’est une opération technique qui permet garantir une couverture exhaustive des activités économiques du pays, reconnaît le CECAR. Mais  « ces chiffres plus flatteurs ne changent rien, pour l’instant, à la réalité économique que vivent les Sénégalaises et les Sénégalais au quotidien », constate le CECAR estimant  que ces indicateurs sont sans impact réel sur la vie des Sénégalais. 

 

Au regard des chiffres du Projet de Loi de Finances 2026, ces éclaircies statistiques masquent une réalité autrement préoccupante notamment, liées à « la dette publique atteint 119 % du PIB 119% du PIB (Base 2014), largement au-dessus de la norme UEMOA de 70 %, aux 44 % des ressources totales qui servent uniquement à payer la dette (5 498 milliards

FCFA), et aux 70,9 % du besoin de financement de 2026 (soit 4 307 milliards FCFA) sert à rembourser des dettes anciennes plutôt qu’à financer le développement ». Selon les cadres de la République des Valeurs (RV), l’Etat ne prévoit encore que 6075 milliards FCFA d’emprunts nouveaux, dont une grande partie à court terme, accentuant la fragilité de la trésorerie. À cela s’ajoute, un déficit global se maintient à 1 245 milliards FCFA, soit 5,37 % du PIB, toujours au-dessus de la norme UEMOA et des hypothèses de croissance (5 %) et de pression fiscale (23,2 %) qui sont jugées irréalistes par le Fonds Monétaire International (FMI), qui estime la croissance 2026 plutôt à 3 %. Parallèlement, des investissements exécutés par l’État restent insuffisants, tandis que les transferts aux collectivités reculent, accentuant la centralisation. Ainsi, « même avec un PIB rebasé, les fondamentaux demeurent extrêmement fragiles », considèrent les cadres de la RV. 

 

 

Le rebasing n’améliore ni la soutenabilité ni la transparence

 

Le CECAR rappelle que le rebasing ne réduit aucune dette, ne crée aucune ressource nouvelle et n’améliore ni la trésorerie de l’État ni sa capacité à financer l’éducation, la santé, la sécurité ou l’emploi. Il ne corrige pas non plus les dérives constatées dans l’exécution budgétaire, en particulier l’envolée des subventions énergétiques et la hausse continue de la masse salariale, désormais portée à 1532,8 milliards de FCFA, au-delà

des critères de convergence dès lors que l’on réintègre les « salaires cachés », pour reprendre le lexique même du gouvernement.

 

« La situation reste donc marquée par un endettement devenu difficilement maîtrisable, une dépendance toujours plus forte aux emprunts pour couvrir des dépenses courantes qui devraient normalement être financées par les recettes internes, des hypothèses fiscales manifestement surestimées qui fragilisent la crédibilité du cadrage budgétaire, une faible territorialisation des investissements qui accentue les déséquilibres entre les régions, et un recours excessif aux ressources de trésorerie, signe évident d’une tension financière persistante au sein de l’État », souligne le CECAR. 

 

Attention à l’instrumentalisation politique des chiffres

 

Le CECAR met en garde contre toute tentative de transformer le rebasing en outil de communication politique visant à « minimiser la gravité de la situation financière réelle, à présenter artificiellement un redressement budgétaire inexistant, à entretenir une illusion de performance alors que les finances publiques restent sous respiration assistée par l’endettement. »Il rappelle que lors du rebasing de 2014, certains acteurs avaient accusé le gouvernement d’alors d’avoir « changé les bases de calcul ».

 

Aujourd’hui, le risque est inverse : « utiliser le rebasing comme bouclier politique pour masquer des indicateurs détériorés », constate-t-il avec amertume. Pour Thierno Alassane Sall et ses camarades, « le rebasing n’est ni un succès économique, ni un outil d’amélioration de la gouvernance. C’est simplement une mise à jour technique. Transparence, rigueur et vérité des chiffres. » Le CECAR appelle à une présentation pédagogique et honnête des effets du rebasing, afin que les citoyens puissent comprendre ce qu’il change réellement, et surtout ce qu’il ne change pas.

 

Selon eux, « le débat national doit se concentrer sur l’essentiel : la soutenabilité de la dette, la qualité de la dépense publique, la relance de la production nationale, la création d’emplois durables et l’exigence de transparence ainsi que la réforme de la gouvernance. » 

Mardi 25 Novembre 2025
Dakaractu