Rapport trimestriel d’exécution budgétaire / 1 149,7 milliards FCFA de recettes au T1 2026 : Le pétrole sauve les meubles, le PRES et les dividendes à la traîne


Le Sénégal a démarré l’année 2026 avec une collecte de recettes budgétaires de 1 149,7 milliards FCFA, selon le Rapport trimestriel d’exécution du budget (RTEB) publié par le ministère des Finances et du Budget. Ce montant représente 19,4 % de l’objectif annuel fixé à 5.932,2 milliards dans la loi de finances initiale (LFI) 2026. En glissement annuel, les recettes progressent de 11,9 % (121,8 milliards supplémentaires par rapport au T1 2025). Une performance globalement satisfaisante, mais qui cache des fragilités structurelles, en particulier sur le volet des nouvelles mesures fiscales issues du Plan de redressement économique et social (PRES) et sur les dividendes des participations publiques.

 

 

Les recettes fiscales atteignent 1.095,7 milliards FCFA à fin mars, soit 96,2 % de la cible trimestrielle (1.138,7 milliards) et 20,3 % de l’objectif annuel. Leur progression par rapport au T1 2025 est de 14,1 % (+135,4 milliards). Cette dynamique est largement portée par l’impôt sur les sociétés (IS), et plus particulièrement par l’IS pétrolier.

 

L’IS total s’élève à 154,5 milliards, dépassant de 15,7 milliards la cible trimestrielle (138,8 milliards), soit un taux de réalisation de 111,3 %. L’embellie provient essentiellement de l’IS sur le pétrole, dont le rendement atteint 14,0 milliards grâce à des paiements anticipés d’opérateurs du secteur extractif. Hors pétrole, l’IS se maintient à 140,5 milliards, très proche de l’objectif (138,3 milliards).

 

En revanche, l’impôt sur le revenu (IR) déçoit avec 177,0 milliards collectés pour une cible de 214,1 milliards, soit un taux de réalisation de seulement 82,7 % et une baisse de 12,6 % par rapport au T1 2025. La principale cause est le faible recouvrement de la retenue à la source sur les revenus pétroliers (RAS pétrole) : 5,8 milliards encaissés sur un objectif de 67,8 milliards. À l’inverse, les retenues sur salaires de la fonction publique (CCAP) sont conformes (13,1 milliards, 89,7 % de la cible).

 

Les autres impôts directs affichent de bonnes performances : l’IRVM/IRCM (revenus mobiliers) atteint 44,6 milliards, soit 143,9 % de l’objectif trimestriel, et la taxe sur les plus-values immobilières 5,1 milliards (130,8 %).

 

TVA intérieure dynamique, mais taxe spécifique pétrole en repli

 

Du côté des impôts indirects, les taxes sur les biens et services (TBS) intérieures s’établissent à 303,9 milliards, soit 98,1 % de la cible, en hausse de 20,7 % sur un an. La TVA intérieure hors pétrole est particulièrement vigoureuse : 149,6 milliards, dépassant de 13,8 % l’objectif trimestriel, avec une progression de 28,3 % par rapport au T1 2025, signe d’une consommation intérieure soutenue.

 

Toutefois, la TVA intérieure sur les produits pétroliers plafonne à 9,9 milliards, soit 37,8 % de la cible (26,2 milliards), en raison du régime de détaxation partielle qui comprime l’assiette. La taxe spécifique sur les produits pétroliers (incluant la TUR) n’atteint que 78,7 % de son objectif (50,2 milliards contre 63,8 milliards visés), affectée par la contraction des volumes taxables et la politique de régulation des prix à la pompe dans un contexte de choc énergétique mondial.

 

La taxe sur la consommation hors pétrole surprend par sa performance : 36,5 milliards, soit 128,1 % de la cible, portée notamment par la taxe sur les produits cosmétiques (13,1 milliards).

 

TVA à l’importation en léger recul, droits de porte sous pression

 

La TVA à l’importation totalise 160,5 milliards, soit 103,1 % de l’objectif trimestriel, mais en baisse de 1,5 % en glissement annuel. La composante hors pétrole recule de 3,2 % (115,7 milliards), traduisant un tassement des importations non énergétiques.

 

Les droits de porte (droits de douane à l’importation) sont moins bons : 99,9 milliards collectés pour une cible de 107,0 milliards, soit un taux de réalisation de 93,3 %. Le rapport explique cette sous-performance par le repli des importations en début d’année (baisse de 14,3 % de la valeur en douane) et par les difficultés de mise en œuvre des mesures douanières du PRES : sur un objectif de 10,3 milliards pour les importations de véhicules et téléphones, seuls 5,5 milliards ont été recouvrés, en raison des résistances des opérateurs (véhicules) et de l’absence de plateforme de contrôle des numéros IMEI (téléphones).

 

Le Fonds de sécurisation des importations de produits pétroliers (FSIPP) a généré 25,4 milliards, soit 193,9 % de la cible trimestrielle, et une hausse de 16,5 % sur un an. Cette performance exceptionnelle tient à un écart favorable entre le coût réel d’approvisionnement et les prix administrés en janvier-février, ainsi qu’à un bonus de 10,3 milliards en mars lié à des régularisations d’arriérés. Toutefois, le rapport prévient que l’escalade de la crise au Moyen-Orient et la flambée des cours pétroliers devraient impacter négativement la dynamique du FSIPP dans les prochains mois.

 

Le point noir : les recettes du PRES à la traîne

 

Les mesures fiscales du Plan de redressement économique et social (PRES) ne rapportent que 54,2 milliards sur une cible trimestrielle de 94,8 milliards, soit un taux de réalisation de 57,2 %. Ce déficit de 40,6 milliards constitue l’une des principales alertes du rapport. Les difficultés sont à la fois opérationnelles (taxe sur les jeux de hasard, prélèvement sur les transferts d’argent) et douanières : les taxes à l’exportation sur les minerais et arachides n’ont pas été appliquées, et les mesures sur les véhicules et téléphones n’ont produit que 5,5 milliards sur 17,5 milliards attendus. Le gouvernement mise sur une accélération à partir du deuxième trimestre, à mesure que les mécanismes de collecte se consolident.

 

Les recettes non fiscales s’élèvent à 41,0 milliards, soit 93,0 % de la cible trimestrielle, mais elles reculent de 23,6 % par rapport au T1 2025. La raison principale est l’effondrement des dividendes et produits financiers : seulement 0,3 milliard encaissé contre 4,6 milliards visés, et surtout contre 9,5 milliards un an plus tôt. Les dividendes proprement dits passent de 9,3 milliards à 0,2 milliard, soit une chute de 97,8 %. Ce repli résulte du décalage du calendrier de distribution des résultats des entreprises à participations publiques, mais il interroge sur la rentabilité du portefeuille de l’État.

 

À l’inverse, les revenus du domaine progressent fortement (10,6 milliards, 365,5 % de la cible), grâce à des cessions foncières et redevances domaniales. Les redevances radioélectriques (ARTP) sont en baisse de 30,7 % (17,6 milliards), en raison de renégociations de licences dans le secteur des télécommunications.

 

Les dons : un démarrage très lent

 

Les dons reçus au T1 2026 ne sont que de 13,0 milliards, soit 6,8 % de l’objectif annuel (191,5 milliards). Aucun don budgétaire n’a été décaissé (contre une cible annuelle de 46,3 milliards), et les dons en capital n’atteignent que 8,9 % de leur prévision. Le rapport explique ce faible niveau par le démarrage tardif (mi-février) des décaissements sur financements extérieurs, dont la cadence s’intensifie généralement à partir du deuxième trimestre.

 

Les recettes du premier trimestre 2026 sont donc à double lecture. D’un côté, la machine fiscale classique tourne bien : TVA intérieure, IS hors pétrole, impôts mobiliers sont au rendez-vous, soutenus par une activité économique dynamique. De l’autre, les nouveaux leviers du PRES peinent à monter en régime, les dividendes s’évaporent et les droits de porte subissent le ralentissement des importations. Surtout, la performance flatteuse de l’IS pétrolier (14 milliards) est exceptionnelle (paiements anticipés) et non reproductible mécaniquement. 

 

Dans un environnement international marqué par un choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, la soutenabilité de la trajectoire des recettes pour 2026 dépendra de la capacité du gouvernement à accélérer la collecte des nouvelles taxes et à diversifier ses sources de financement hors hydrocarbures. Le rapport appelle d’ailleurs à « une vigilance accrue » et à « une évaluation régulière » des mécanismes de soutien à l’énergie, dont le coût, s’il continue de flamber, pourrait peser sur l’ensemble de l’équilibre budgétaire.

 
Lundi 15 Juin 2026
Dakaractu