RAPPORT - Violation des droits humains : Amnesty n’amnistie pas Macky


La situation des droits de l’Homme au Sénégal n’a pas connu d’amélioration au cours de l’année 2012 et au premier trimestre de l’année 2013, période couverte par le rapport. Des Sénégalais meurent toujours en détention par le fait des services de défense et de sécurité. Pire, les auteurs de ces actes bénéficient d’une impunité presque parfaite. Amnesty international a décidé de dénoncer le Sénégal partout à travers le monde pour que les droits humains puissent être respectés.
Des Sénégalais continuent de subir la «furie meurtrière des forces de défenses et de sécurité». C’est en tout cas la principale infor­mation du rapport 2013 d’Amnesty international. Malgré le changement de régime intervenu en mars 2012, la situation des droits de l’Homme au Sénégal n’a pas évolué dans le sens souhaité par les organisations de droits humains. Au contraire, Amnesty international, à travers ce rapport, décerne une note médiocre pour notre pays qui en plus d’enregistrer des cas de torture, de décès en détention revient sur des acquis aussi importants que le droit d’asile. «Pendant la seule année où Macky Sall est venu au pouvoir, nous avons enregistré deux décès du fait de la gendarmerie. Kécouta Sidibé a été tué en décembre 2012 à Kédougou par les gendarmes. Il y a seulement une semaine à Kédougou Bambo Danfakha a été tué par les gendarmes de façon froide et criminelle. Il a été pourchassé du site d’orpaillage à Diyabougou dans le département de Bakel jusqu’à son domicile où il a été étouffé», condamne Seydi Gassama, le directeur de la section sénégalaise d’Am­nesty international, qui faisait face à la presse. Il a aussi relevé des tortures et de la maltraitance sur la personne de Cheikh Yérim Seck emprisonné au moment des faits au Camp pénal. Malgré la demande d’une ouverture d’enquête adressée au garde des Sceaux et une plainte de la victime, aucune action n’a été prise en ce sens, déplore M. Gassama.
Et c’est cette impunité qui grossit la colère des «droits de l’hommiste». Une impunité qui a aussi persisté sous le régime de Macky Sall. Les défenseurs des droits humains dénoncent dans ce rapport des enquêtes qui ont été tout simplement classées sans suite sans que les familles des victimes et leurs avocats ne soient informés. D’autres, regrette le président de la section Sénégal, dorment dans les tiroirs des magistrats instructeurs depuis bientôt 10 ans. Un déni de justice que ne saurait accepter Amnesty international qui invite, par ailleurs, l’Etat du Sénégal à déclassifier toutes les informations relatives à la répression sanglante des manifestations contre un troisième mandat de Abdoulaye Wade entre janvier et mars 2012 qui a endeuillé notre pays. Cela, estiment les défenseurs des droits humains, permettrait aux magistrats d’avancer plus vite dans leur travail et de poursuivre les commanditaires et les complices de cette répression qui, selon Seydi Gassa­ma, a été planifiée par Abdoulaye Wade et son ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom.

Droits à manifester en berne
Pour ce qui est des libertés d’opinion et d’expression, le rapport relève également qu’il n’y a pas de rupture entre Macky Sall et son prédécesseur. Le directeur d’Am­nesty international Sénégal soutient : «Les services de l’Etat nous ont sorti récemment le même arrêté scélérat que Ousmane Ngom avait pris pour interdire toute manifestation dans le Plateau et sur la Place de l’Indé­pendance. Macky Sall persiste à maintenir le statu quo qui prévalait du temps de Wade consistant à interdire de manière systématique toutes les manifestations programmées par la société civile, les partis politiques et les syndicats», regrette l’organisation. Et selon les membres de celle-ci, ces interdictions touchent le reste du pays. Or, souligne M. Gassama, il appartient à l’Etat du Sénégal de respecter les droits à la marche et non pas d’invoquer de faux prétextes à chaque fois pour interdire ces manifestations qui sont, selon lui, un droit fondamental. Pour lui, les Séné­galais ont versé beaucoup de sang entre janvier et mars 2012 en faveur du droit à la manifestation publique. «C’est ce sang versé qui a permis à Macky Sall et à tous ses collaborateurs d’être aujourd’hui au pouvoir. Il n’est pas question qu’il trahisse le Peuple. Nous allons dénoncer au Sénégal et sur l’international. Nous allons faire en sorte que tous les partenaires du Sénégal sachent qu’il n’y a pas rupture entre le régime de Macky Sall et celui de Abdoulaye Wade et les Sénégalais continuent à être tués par les services de sécurité. Ils continuent d’être privés d’un droit fondamental qu’est la manifestation publique. Quand Obama viendra ici, il doit dire à Macky Sall de respecter les droits des Sénégalais de manifester pacifiquement lorsqu’ils le veulent et nous allons faire en sorte que Macky Sall, son ministre de l’Intérieur, soient dénoncés partout», promet le «droit de l’hommiste».
Sur la situation de la Casamance, Amnesty international condamne la prise d’otage de travailleurs humanitaires. Pour cette organisation, César Atoute Badiate est en train de commettre un crime au regard du droit international et du droit sénégalais. Il demande à l’Etat de ne faire aucune concession tout en exigeant la libération sans condition de ces travailleurs non sans rappeler au ravisseur qu’il est en train de se discréditer. «En posant cet acte, le chef rebelle n’est autre qu’un vulgaire bandit qui s’expose à des poursuites pénales au Sénégal et dans n’importe quel pays où il sera amené à se trouver», menace Seydi Gassama.

Le Quotidien
Vendredi 24 Mai 2013
Daddy Diop