Putsch en Guinée : Alpha Condé ou la « fin » d’un octogénaire à la vie politique mouvementée.

Hier, la communauté internationale a suivi avec beaucoup d'intérêt le coup de force survenu à Conakry. Le Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), dirigé par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, a annoncé avoir arrêté Alpha Condé qui serait, selon lui, en lieu sûr.


Dakaractu revient sur le parcours du président natif de Boké qui est, par ailleurs, le premier élu démocratiquement en Guinée depuis 1958.

 

Né à Boké (Basse-Guinée) en 1938, Alpha Condé a commencé ses études primaires dans une école au centre à Conakry, puis au collège des Pères à Dixinn dans une commune située dans la capitale guinéenne. À l’âge de 15 ans, il part en France, après l’obtention du brevet. C’est ainsi qu’Alpha Condé, poursuit ses études en tant qu’élève en classe de seconde au lycée Pierre-de-Fermat de Toulouse et à Louviers, dans une commune française en Normandie.

 

19 ans après l’indépendance, Alpha Condé crée le Mouvement national démocratique (MND) avec le professeur Alfa Ibrahima Sow, Bayo Khalifa et d’autres membres fondateurs. Ce mouvement subira plusieurs mutations avant de devenir  le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG).

 

Retour en terre natale et début des soubresauts politiques 

 

Alpha Condé rentre en Guinée, à la suite de l'ouverture démocratique des années 1990, fruit d'un long combat mené entre autres par Bah Mamadou Bhoye, Siradiou Diallo, Mansour Kaba, etc..., le multipartisme intégral adopté par le régime du président Conté autorise la présence de plusieurs partis d’opposition en Guinée.

 

C’est ainsi qu’Alpha Condé prend part à la première élection multipartite du pays, en décembre 1993, marquant la fin du régime autoritaire. Lors du scrutin, Condé est un des challengers de Lansana Conté, président depuis le coup d'État de 1984. Le général Conté est déclaré vainqueur avec 51,7 % des voix alors que les contestations de l’opposition sont déjà notées. Les partisans de Condé s’insurgent particulièrement contre l’annulation par la Cour suprême de la totalité des résultats pour les préfectures de Kankan et Siguiri, où Alpha Condé était vraisemblablement fortement majoritaire. Condé demande à ses militants de ne pas prendre le risque d’entraîner une guerre civile et de concentrer leurs efforts sur le scrutin suivant.

 

Le scrutin présidentiel suivant de décembre 1998, ne verra toujours pas le natif de Boké devenir président. Il se présente de nouveau, mais il est arrêté et emprisonné, à la suite d'une tentative d'évasion, avant la fin du scrutin.

 

Alpha Condé, député à l’époque, sera maintenu en prison pendant plus de vingt mois avant que le gouvernement ne constitue une cour spéciale pour le juger. Une incarcération qui soulève un fort mouvement de protestation international. Amnesty International dénonce une violation des droits de l'homme et le Conseil de l’Union interparlementaire une violation de l’immunité parlementaire dont Alpha Condé bénéficie en tant que député guinéen. De nombreuses voix s’élèvent tout au long de son emprisonnement pour demander sa libération immédiate. 

 

Parmi lesquelles celles d’Albert Bourgi, qui organisent un important mouvement de soutien « le comité de libération » à Alpha Condé, ou de Tiken Jah Fakoly, auteur de «Libérez Alpha Condé» adressé au général Lansana Conté, et que la jeunesse transforme en hymne à la gloire des martyrs et prisonniers politiques africains. Condé reçoit également le soutien de chefs de diplomatie étrangers, à l’instar de Madeleine Albright (États-Unis) qui se déplace à Conakry même. En France, le Président Jacques Chirac s’implique personnellement. Sa mobilisation vient renforcer les multiples requêtes d’autres chefs d’État en demandant officiellement la relâche rapide d’Alpha Condé.

 

L’« affaire Alpha Condé », comme elle est souvent décrite dans la presse, donne lieu à un procès retentissant et marque un tournant politique important pour la Guinée. Ainsi, le 11 septembre 2000, à l'issue d’un procès commencé le 12 avril précédent devant la « Cour de sûreté de l’État guinéen », spécialement constituée à cet effet, il est condamné à cinq ans de réclusion criminelle pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national » et « emploi illégal de la force armée ». Son jugement est décrié dans la presse africaine et internationale.

Il est finalement libéré le 18 mai 2001, après avoir fait l’objet d’une grâce présidentielle, vingt-huit mois après son arrestation.

 

À partir de la mort de Lansana Conté et de la prise du pouvoir par la junte militaire de Moussa Dadis Camara, en 2008, Alpha Condé appelle au retour d’un pouvoir civil et à la tenue d’élections transparentes. Il le fait au sein des Forces vives, constituées de l'opposition, des syndicats et des autres acteurs de la société civile. Dans une tribune publiée par le journal Le Monde en janvier 2010, il déclare que les massacres du 28 septembre 2009 au stade de Conakry mettent en évidence la nécessité de faire une rupture catégorique avec le passé.

 

En février 2010, il annonce la candidature de son parti au scrutin présidentiel de juin suivant. Alpha Condé arrive en deuxième position du premier tour, avec 18,25 % des voix, loin derrière l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo (43,60 %). Cette deuxième place est contestée par le candidat déclaré troisième par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Sidya Touré qui avait 13,03 % et qui affirme que la junte militaire au pouvoir, dirigée par Sékouba Konaté, a permuté les résultats, sous la pression de la « coordination mandingue ». Le second tour a lieu quatre mois plus tard, au lieu de deux semaines.

 

Le 15 novembre 2010, Alpha Condé est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par la CENI avec 52,52 % des voix, face à Cellou Dalein Diallo. La Cour suprême valide l'élection le 3 décembre suivant au détriment de Cellou Dalein Diallo qui reconnaît sa défaite.

 

En septembre 2019, à New York, il suggère l'organisation d'un référendum pour modifier la Constitution guinéenne et lui permettre ainsi de briguer un troisième mandat. En réaction, un important mouvement de contestation, le Mouvement FNDC, fédérant les principaux partis d’opposition (l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré) ainsi que les plus importantes organisations de la société civile, se dresse contre l’initiative présidentielle. S'en suivent plusieurs mois de manifestations et de violences, lors desquelles des dizaines de personnes sont tuées.

 

Alpha Condé en janvier 2020 à Londres. Il fait reporter les élections législatives du 16 février au 1er mars 2020, et annonce la tenue simultanée d'un référendum constitutionnel. L’opposition guinéenne s’oppose à la tenue d’un référendum sur la réforme de la Constitution.

 

Le mandat de trop... ?

 

Le 31 août 2020, son parti annonce qu’Alpha Condé sera candidat à un troisième mandat tant contesté. Depuis des mois, cette perspective suscite une vague de protestation qui a fait des dizaines de morts. Le président sortant se présente malgré tout alors comme le candidat « des femmes et des jeunes ». 

 

Le 18 octobre, il est réélu à l’issue du premier tour de scrutin avec 59,5 % des voix ; son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, qui s’était proclamé vainqueur du scrutin avant la publication des résultats, est crédité de 33,5 % des suffrages par la Commission électorale nationale indépendante. 

 

Le 7 novembre, la Cour constitutionnelle rejette les recours des quatre opposants et proclame la victoire d’Alpha Condé. Ce dernier prête serment le 15 décembre devant la Cour constitutionnelle, devenant ainsi président pour la troisième fois, et appelle l’opposition à cesser les violences. 

 

Le président Alpha Condé est actuellement entre les mains des putschistes au grand bonheur d’une bonne partie du peuple guinéen. Cependant, la communauté internationale continue à décrier cette tentative de coup d’état qui suscite encore le débat sur la longévité des chefs d’État au pouvoir.

 

Pour l’heure, plusieurs interrogations se posent sur le lieu où il serait retenu ou encore sur son avenir politique.  

 

Alpha Condé sera-t-il contraint par les putschistes à la démission ou pourrait-il continuer de jouer un rôle dans la vie politique de la Guinée?

Mardi 7 Septembre 2021
Dakaractu



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