Publication de l’ouvrage « Les mots qui façonnent le monde : Discours et diplomatie » : L’auteur Oumar Demba Bâ explique le sens de sa production


Le diplomate Oumar Demba Bâ, conseiller diplomatique de l’ancien président Macky Sall, a présenté ce samedi son ouvrage « Les mots qui façonnent le monde : Discours et diplomatie », retraçant à cette occasion la genèse d’un livre né de 33 années passées au service de la diplomatie sénégalaise. 
Loin de l’exercice autobiographique, l’auteur a expliqué avoir cherché un juste milieu entre le témoignage personnel et la réflexion théorique, pour interroger ce qui donne sa force au mot et la manière dont celui-ci façonne, in fine, la marche du monde.
 
Structuré en sept chapitres, l’ouvrage revisite les grandes catégories du discours explicatif, narratif, argumentatif, laudatif, polémique, prescriptif ou injonctif, en s’appuyant sur des exemples aussi divers que le langage militaire, où l’ordre ne se négocie pas, ou la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19. Sur ce dernier point, Oumar Demba Bâ est longuement revenu sur la difficulté qu’il y avait à vulgariser, en français, des concepts médicaux complexes comme celui du vaccin à ARN messager, une tâche accomplie grâce à des échanges répétés avec le corps médical, dont un spécialiste des maladies infectieuses présent dans la salle.
 
L’auteur a également consacré une partie de son propos à la dimension spirituelle et historique du verbe, évoquant la théorie de la libération portée par certains évêques latino-américains et sa résonance avec la vocation sociale de l’islam soufi au Sénégal. Il s’est ensuite arrêté sur le sort des esclaves lettrés musulmans dans les Amériques, rappelant que la couronne espagnole avait fini par interdire leur importation, les jugeant trop instruits et donc trop enclins à animer les rébellions dans les plantations – ces derniers maîtrisant l’écriture ajami, un alphabet arabe adapté à la transcription des langues africaines. Il a cité le cas d’un esclave d’origine princière, capturé puis réduit en esclavage, dont l’autobiographie manuscrite est aujourd’hui conservée au Congrès des États-Unis, comme preuve de la puissance du verbe même dans les conditions les plus extrêmes.
 
Abordant la dimension proprement diplomatique et institutionnelle du discours, Oumar Demba Bâ a rappelé que les principes aujourd’hui présentés comme modernes et séparation des pouvoirs, de la bonne gouvernance, de la protection des droits des femmes, des enfants et des personnes âgées, droit d’appel, rotation au pouvoir étaient déjà énoncés dans les recommandations orales transmises par les sociétés traditionnelles ouest-africaines, en pleine période de déclin des pouvoirs coutumiers, alors même que ni l’écriture ni l’imprimerie n’existaient encore dans ces sociétés. Il cite ainsi, l’Appel du 18 juin du général de Gaulle, discours de moins de cinq minutes qui a, selon lui, changé le destin de la France, pour illustrer une conviction centrale de son livre : ce n’est pas la longueur d’un discours qui en fait la portée, mais sa densité et la vision qu’il porte.
Samedi 8 Aout 2026
Dakaractu