Depuis l’indépendance, le gasoil et l’essence au Sénégal ont connu en réalité, plusieurs paliers de hausse et chacun en réalité est lié à un contexte économique particulier. Dans la mémoire collective, chacun y laisse son empreinte. Au regard de cette hausse annoncée ce 15 août par le gouvernement du Sénégal, faisons un retour sur quatre décennies de tensions autour des prix à la pompe sous quatre présidents que le pays a connus.
Sous Abdou Diouf, la rupture la plus importante n’est pas venue d’une décision isolée sur les carburants mais plutôt, d’un séisme monétaire.
Il s’agit de la dévaluation du franc CFA qui avait été décidée le 12 janvier 1994 sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) et de son directeur général de l’époque, Michel Camdessus. En divisant de moitié la valeur du franc CFA, cette dévaluation a mécaniquement renchéri toutes les importations, gasoil et essence compris et provoqué une envolée générale des prix estimée à 38,6% en 1994 puis, 14,5% en 1995 dans l’espace UEMOA. D’ailleurs, Abdou Diouf reconnaîtra plus tard avoir « gouverné dans la douleur » et ayant enchaîné les mesures structurelles sans parvenir à éviter cette dévaluation qui a fini par affecter négativement son bilan économique.
La présidence d’Abdoulaye Wade, de 2000 à 2012, s’est déroulée dans un contexte international marqué par une flambée continue des cours mondiaux du pétrole, culminant en 2008 avec un baril de pétrole à 150 dollars, avant la crise financière mondiale. Il faut d’ailleurs se rappeler que cette période a nourri au Sénégal, comme en Afrique de l’Ouest, un vif mécontentement social alimenté par le coût de la vie, le prix des denrées de première nécessité, mais également du transport qui ont grimpé de concert avec ceux des carburants.
Avec le régime de Macky Sall, on retrouve la trace la plus documentée d’une hausse assumée et chiffrée du gasoil et de l’essence, le 7 janvier 2023. Le litre de gasoil passe alors de 655 à 755 francs CFA, soit une augmentation de 100 francs CFA tandis que l’essence (supercarburant) grimpe de 890 à 990 francs CFA soit également 100 francs CFA de plus. Le gouvernement a voulu justifier cette hausse par la flambée des hydrocarbures, conséquence directe de la reprise économique post-Covid et de la guerre en Ukraine. Cette hausse s’inscrit en réalité dans une stratégie plus large annoncée en 2023. C'est-à dire la suppression progressive, à l’horizon 2025, des subventions sur l’électricité, l’essence et le gasoil. Une réforme qui permettra à l’État de réduire sa charge de subvention de 158,5 milliards de francs CFA dès la première année.
Le mandat de Bassirou Diomaye Faye illustre, à son tour, la volatilité du dossier carburant avec un net mouvement de balancier sur les deux produits. Le 6 décembre 2025, son gouvernement décide d’alléger la facture des ménages. Le gasoil recule de 755 à 680 francs CFA. Et l’essence de 990 à 920 francs CFA soit une baisse de 75 et de 70 francs respectivement. Cette embellie sera de courte durée. Dès le 28 février 2026, le déclenchement d’un conflit au moyen orient fait bondir les cours mondiaux du pétrole avec des prix internationaux en hausse de 79% pour le gasoil et de 61% pour l’essence. Pendant plusieurs mois, l’État choisit d’absorber seul ce choc pour préserver le pouvoir d’achat, mobilisant plus de 245 milliards de francs CFA de subventions depuis Janvier 2026. Mais face à cette facture qui menace d’atteindre 1069 milliards de francs CFA sur l’année, contre 250 milliards initialement votés par l’assemblée nationale, le gouvernement se résout finalement, ce 15 août, à un ajustement sur les deux produits.
Les autorités insistent sur le caractère partiel de cette hausse en considérant que le coût réel d’importation s’élève à 1044 francs CFA pour le gasoil et 1019 francs CFA pour l’essence. L’État va ainsi continuer à subventionner chaque litre vendu à la pompe.