Prise en charge des zoonoses : Le « cri du cœur » du Bureau de surveillance épidémiologique des maladies animales pour une santé globale (One Health)


Les zoonoses, définies comme étant toute maladie ou infection transmissible naturellement des animaux vertébrés aux humains et vice-versa, constituent une question qui préoccupe sérieusement les autorités chargées de la santé publique, au Sénégal. Ces dernières sont conscientes du caractère dangereux de ces zoonoses, du fait de leur impact sur le plan économique, social, environnemental, alimentaire et nutritionnel. 
Au plan sanitaire, par exemple, il est relevé que ‘’60% des maladies infectieuses humaines connues sont d’origine animale et 75% des maladies émergentes sont des zoonoses. Certains comme Ebola entrainent une forte morbi-mortalité chez l’humain comme chez l’animal’’, indique un document élaboré sur la question. Il s’agit de celui intitulé ‘’Les six zoonoses prioritaires au Sénégal’’. Ce sont, la rage, la grippe aviaire, la tuberculose bovine, l’anthrax, la fièvre de la vallée du Rift et Ebola. 

Parler de ces zoonoses a motivé la tenue, les jeudi 15 et 16 avril, d’un atelier initié par les responsables de communication sur l’approche One Health (santé globale ou la santé pour tous). ‘’La rage est le parent pauvre des maladies des zoonoses parce qu’on n’en n’a pas parlé suffisamment. On en parle juste pendant la Journée mondiale de la rage. C’est à dire le 28 septembre. Les médias n’en parlent pratiquement pas. La prise en charge fait également défaut, du point de vue de la santé animale et de celle humaine’’, a confié le Docteur vétérinaire Médoune Badiane. 

Ces 6 zoonoses prioritaires au Sénégal les plus en vue

Ce dernier, Chef du bureau de Surveillance épidémiologique des maladies animales à la Direction des services vétérinaires au ministère de l’Élevage et des Productions animales, a mis à profit cet atelier de 48 heures, pour déplorer certains manquements relativement à la prise en charge de la santé animale. ‘’Quand on fait le tour des régions on se rend compte que le sérum manque au niveau des structures de santé. Sur le volet de la santé animale, on se rend compte qu’une faible partie des chiens est vaccinée contre cette maladie. Il s’agit de chiens de race qui sont sous la propriété de personnes aisées. Les chiens qui sont victimes de cette pathologie (rage) sont, pour la plupart, ceux de familles pauvres qui sont errants. Généralement, les autorités ne s’en rendent même pas compte. C’est pourquoi je fais ce cri du cœur pour que cette maladie soit prise en charge correctement dans le pays’’, a dit le Dr Badiane.
 
Le déficit de sérum pour la prise en charge des contacts surtout en zone rurale, mais surtout des vaccins antirabiques a été également évoqué, par le docteur vétérinaire. ‘’ Effectivement, on a besoin d’hémoglobines, par exemple, mais surtout de vaccins antirabiques. La plupart de ceux qui ont besoin de les utiliser l’achètent en pharmacie. Les prix sont très chers dans les structures de santé et dans les officines’’. Ce qui, selon lui fait que ‘’si quelqu’un se fait mordre par un chien enragé à Koumpentoum (région de Tambacounda) et doit venir à Dakar (soit une distance de 365 km) pour une prise en charge, cela lui coûte cher. L’institut Pasteur de Dakar, par exemple, vendait la dose à 7 000 F Cfa. Et la vaccination se fait à trois semaines d’intervalles. Autrement la prise en charge n’est pas facile pour ce (sujet mordu) pour qui il faut ajouter les frais connexes. Il faut payer le transport pour arriver à destination, il faut se loger, manger et remplir d’autres besoins…’’, liste le Chef du bureau de surveillance épidémiologique des maladies animales.

Le drame des bœufs ou chiens infectés par la rage

Ce dernier qui a pris part à cet atelier de 2 jours, a vanté les mérites de l’approche One Health. ‘’Je suis convaincu que l’approche One Health est la seule manière de vaincre la rage. Il faut que chacun mette la main à la pâte, que ce soit les collectivités locales, les administrateurs civils, les agents vétérinaires, les services de santé humaine, les spécialistes de la communication et la communauté. Tout un chacun a un rôle à jouer. Tant qu’on en parle suffisamment, les gens vont finir par comprendre que c’est important. 
 
Par rapport aux statistiques au niveau national, il a fait une petite classification. ‘’D’après les informations, on a 70 foyers en 2020. Saint-Louis est venue en tête avec 27 foyers, suivie de Kaffrine, Kaolack’’. Mais, il évoque des craintes que les autorités sanitaires nourrissent. ‘’Ce qui est à craindre, c’est que les autres espèces animales développent la rage. Vous imaginez le risque qu’encourt ceux qui sont à côté d’un bœuf enragé ?  Il ne reconnait personne et se met à buter sur tout ce qui bouge. L’autre difficulté est la prise en charge normale. Si un chien est malade, son isolement de 15 jours est à la solde de son propriétaire qui n’a pas souvent les moyens pour le faire correctement. Cela demande beaucoup et la solution doit venir d’en haut’’, préconise le docteur vétérinaire.
Vendredi 16 Avril 2021
Dakaractu




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