«Princess», le piège et les ombres : démantèlement d’un réseau transfrontalier de traite sexuelle entre Sierra Leone, Guinée, Nigeria et Sénégal


Un réseau tentaculaire, des recruteuses dissimulées derrière des profils Facebook, des victimes déplacées comme de simples marchandises, des rituels d’intimidation glaçants… Selon L’Observateur, les policiers de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (DNLT) de Ziguinchor ont mis au jour une organisation criminelle dont la Sierra-Léonaise Cécilia Sesay, alias «Princess», était la pièce maîtresse.

 

Hier, six membres du réseau ont été déférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ziguinchor, mais l’enquête révèle des ramifications allant bien au-delà des frontières sénégalaises.

 

 

 

Le signalement qui fait tout basculer : une victime ose parler

 

Le 15 novembre 2025, une jeune femme sierra-léonaise, Mary Kumba Bindi, se présente spontanément au bureau de la DNLT.

Elle tremble, mais raconte tout :

une tentative d’exploitation sexuelle, un recrutement frauduleux via Facebook, un voyage financé par une inconnue et une dette fictive imposée pour l’obliger à se prostituer.

 

Sa déclaration mentionne immédiatement un nom : Cécilia Sesay, alias Princess.

Selon L’Observateur, Mary avait été attirée par une promesse d’emploi domestique au Sénégal — un mensonge.

 

 

 

Un itinéraire minutieusement orchestré

 

Mary décrit, étape par étape, la mécanique de la traite :

Financement du voyage par Cécilia.

Arrivée à Conakry, où un faux policier, Aladji, lui fournit une fausse identité.

Escortée jusqu’à Ziguinchor.

Hébergée par Mouhamed Mané, Sénégalais, compagnon de Princess.

Remise à deux Nigérianes :

Joy Okeibunor, alias Hop,

Joy John, alias Joy.

 

Ces dernières versent de l’argent à Cécilia puis transportent Mary jusqu’à Bignona, au campement « Chez Loulou ».

 

Là, Mary dit avoir subi :

Rituels d’intimidation (incision, coupe de poils, serments mystiques),

Confiscation de téléphone et documents,

Menace d’une dette de 2 millions F CFA,

Préparation à l’exploitation sexuelle.

 

Elle parvient à s’enfuir juste avant d’être forcée à la prostitution.

 

 

 

Princess craque, son compagnon révèle l’ampleur du trafic

 

Rapidement arrêtée, Cécilia Sesay admet les faits. Elle reconnaît :

 

« Je recrutais les filles via Facebook. Joy Okeibunor finançait les transports, Joy John récupérait les victimes. »

 

Mais elle minimise et prétend n’avoir “conduit qu’une seule victime”.

 

Son compagnon, Mouhamed Mané, va la contredire violemment.

Il confirme :

qu’il hébergeait les victimes contre 20 000 à 40 000 F CFA chacune ;

que le réseau a déjà vendu plusieurs Sierra-Léonaises à des intermédiaires nigérianes ;

que « Princess » convoyait plusieurs filles, pas une seule.

 

Un conducteur de Jakarta, Youssouf Biaye, confirme avoir transporté de nombreuses victimes vers leur lieu d’hébergement.

 

 

Arrestations en cascade et nouvelles victimes qui brisent le silence

 

La DNLT interpelle successivement :

Joy John (Bignona),

Joy Okeibunor (identifiée comme la principale financière du réseau).

 

Les deux Nigérianes avouent leur rôle :

Joy John reconnaît avoir :

confisqué les documents de Mary,

tenté de la forcer à la prostitution,

sélectionné les victimes à partir des photos envoyées par Princess.

 

D’autres jeunes femmes Sierra-Léonaises, Mabinty Kanou et Marétu Camara, se présentent ensuite.

Elles décrivent le même schéma :

recrutement depuis la Sierra Leone ;

transport jusqu’à Mlomp ;

rituels mystiques d’intimidation ;

dettes fictives de 1,5 à 1,8 million F CFA ;

prostitution forcée à 3 000 F CFA par client ;

menaces de mort en cas de fuite.

 

Ces témoignages mènent à l’arrestation d’autres Nigérianes :

Harrisson Succes, alias Choice,

Uynwa Esther Okehe, alias Anna.

 

 

 

Un réseau transnational largement implanté

 

Confrontée aux preuves et aux déclarations, Cécilia Sesay finit par tout reconnaître.

Selon L’Observateur, elle révèle que le réseau possède des branches dans :

Sierra Leone,

Guinée Conakry,

Nigeria,

Sénégal (Médina, Ziguinchor, Kaolack, Mbour, Saint-Louis).

 

Elle identifie également plusieurs recruteuses encore en cavale.

 

 

 

Les chefs d’accusation et la suite de l’enquête

 

Déférés hier à la prison de Ziguinchor :

Cécilia Sesay alias Princess,

Mouhamed Mané,

Joy John,

Joy Okeibunor,

Harrisson Succes,

Uynwa Esther Okehe.

 

Ils sont poursuivis pour :

association de malfaiteurs,

tentative d’exploitation sexuelle,

exploitation sexuelle,

traite de personnes,

activité au sein d’un groupe criminel organisé.

 

La DNLT poursuit la traque des membres encore actifs pour démanteler définitivement cette organisation transfrontalière.

Mardi 25 Novembre 2025
Dakaractu