Présentation du livre de Sidiki Kaba : « Dans un monde qui remet en cause les droits acquis, ce livre est une nécessité »


La cérémonie de présentation du livre « 101 Discours d’Espoir : Plaidoyer pour un monde meilleur » de Me Sidiki Kaba, s’est déroulée ce vendredi en présence de personnalités du monde politique, économique et culturel. Rahma Wane, journaliste ayant longtemps vécu au Canada, a livré une intervention qui situe l'ouvrage dans le contexte des bouleversements qui menacent l’ordre juridique international: « nous sommes dans quel monde ? » La question posée par Rahma Wane en ouverture de son intervention n’était pas rhétorique. Il a planté le décor d’un monde traversé par de profondes incertitudes, évoquant les dix coups d’État militaires survenus en Afrique ces cinq dernières années. « On est quasiment le seul continent au monde où il se passe encore des coups d’État. Ça signifie quoi ? Une remise en cause de l’état de droit, un recul incontestable par rapport à toutes les évolutions démocratiques que l’Afrique a connues », a-t-il souligné avec gravité.

 

Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée, le journaliste a dénoncé les enlèvements de journalistes et de défenseurs des droits humains par des personnes cagoulées, ainsi que la menace djihadiste sahélienne visant à imposer la charia. Face à ces réalités, il a posé une question cruciale aux intellectuels africains : porter leur voix pour construire des solutions, ou « laisser faire ». Mais le présentateur est allé plus loin, établissant un parallèle audacieux entre les méthodes autoritaires observées en Afrique et celles déployées aux États-Unis sous Donald Trump pour arrêter des immigrés. « Ce qui est étonnant, c’est que le modus operandi utilisé dans ces pays de plus en plus au mépris des droits est le même aujourd’hui que l’on voit aux États-Unis », a-t-il affirmé, évoquant « l’attitude totalement décomplexée et débridée des autocraties » Russie, Chine et États-Unis de Trump qui imposent leur unilatéralisme au monde.

 

Pour illustrer l’ampleur de ces bouleversements, Rahma Wane a cité l’exemple du Canada, pays qu’il connaît bien pour y avoir séjourné. Il a rappelé que ce pays est contraint d’annoncer un retour de son alliance avec les États-Unis malgré 3,6 milliards de dollars de transactions commerciales quotidiennes entre les deux pays. Il a rappelé les mots de Justin Trudeau à Davos : « l’ancien ordre ne sera pas rétabli. Nous ne devons pas pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. » C’est précisément dans ce contexte de remise en cause généralisée des droits acquis que l’ouvrage de Sidiki Kaba prend tout son sens, selon lui. « Toute la raison d’être de l’ouvrage, c’est de ramener la question des droits, l’état de droit, le droit international humanitaire, le droit public à une période de grosse remise en cause », a-t-il expliqué.

 

Le journaliste a souligné la pertinence du choix de publier un recueil de discours plutôt qu’un essai classique. « Un discours, quel qu’il soit, il est lu à un moment donné quelque part dans le monde. Le temps où il est lu, on n’entend plus, on ne voit plus le discours. En mettant tous les discours dans un document, on a fait un document de référence durable, accessible en tout temps. » L’ouvrage constitue ainsi un outil à triple utilité : historique, pédagogique et documentaire, particulièrement précieux pour la formation des magistrats, avocats, chercheurs, étudiants et militants. « Chaque discours est un moyen de travailler avec ces gens-là pour les former », a-t-il ajouté.

 

Rahma Wane a également déploré la faiblesse croissante de la production intellectuelle africaine sur les grandes questions mondiales. « Nous avons une très grande présence de l’élite et de sa production intellectuelle, on la sent moins », a-t-il constaté, saluant l’exemple donné par Me Kaba en assumant pleinement sa fonction d’intellectuel. S’appuyant sur Hannah Arendt, il a défini l’intellectuel comme « une figure qui se distingue par sa capacité et son besoin de penser de manière autonome », caractérisée par « le refus de se soumettre au totalitarisme, à la bureaucratie et à la banalité du mal, n’est pas un métier, c’est une posture », a-t-il insisté.

 

La dimension de transmission a particulièrement retenu son attention. Dans une Afrique où 35% des jeunes de la planète vivront en 2050, soit 830 millions de citoyens, cette question devient cruciale. « Si nous ne transmettons pas à cette génération nos savoirs et nos valeurs, elle ne sera pas ancrée dans nos dynamiques africaines », a-t-il averti. Mais au-delà des connaissances, c’est aussi une transmission de valeurs que permet cet ouvrage : le sérieux, la conscience professionnelle, l’honnêteté. « On ne peut pas faire ce qu’il a fait pendant 40 ans si on n’est pas sérieux. Le sérieux est une valeur fondamentale que nos parents nous enseignaient et qu’on n’enseigne plus. »

 

Le journaliste a particulièrement insisté sur le principe d’utilité qui caractérise le parcours de Sidiki Kaba. « Tous les sujets qu’il traite, toutes les actions qu’il entreprend, c’est pour les autres », a-t-il souligné. Multipliant les références du Prophète Mohamed (« le meilleur d’entre vous est celui qui est le plus utile aux autres ») à Socrate (« vivre, c’est être utile ») en passant par Cheikh Hamidou Kane, il a démontré l’universalité de ce principe.

Vendredi 30 Janvier 2026
Dakaractu