La première séance de concertation entre le ministre de l’intérieur Bamba Cissé et les formations politiques sur les réformes du code électoral a tenu toutes ses promesses de tension. Convoquée dans un esprit de dialogue, la rencontre a rapidement montré l’ampleur du fossé entre le gouvernement et une classe politique profondément méfiante. En guise de réponse, le ministre a insisté sur l’apaisement et les engagements à long terme sans véritablement éteindre l’incendie.
Dès l’ouverture des débats, plusieurs participants ont dénoncé une démarche qui met, selon eux, la charrue avant les bœufs. Engager des concertations sur des réformes électorales sans avoir au préalable réuni les conditions d’un dialogue apaisé relèverait d’une précipitation contre-productive. Plus fondamentalement, certains ont rappelé que le Sénégal ne saurait se résumer à un agenda électoral permanent, et que d’autres priorités économiques, sociales, et institutionnelles méritent une attention au moins égale.
Le vote de L.29 et L.30: une blessure ouverte.
C’est le vote, mardi dernier à l’Assemblée nationale, des articles L.29 et L.30 du code électoral qui a cristallisé les tensions. Ce passage en force législatif, intervenu la veille même des concertations, a été unanimement décrié comme une incohérence : comment prétendre consulter la classe politique lorsque des dispositions fondamentales viennent d’être adoptées sans elle ? s’interrogent plusieurs voix qui l’ont qualifié sans ambages de régression démocratique.
La neutralité du ministre en question.
La personnalité de Bamba Cissé elle-même a été mise sur la sellette. Sa proximité notoire avec le Premier ministre Ousmane Sonko nourrit les doutes sur son impartialité dans la conduite du processus électoral. Des participants ont plaidé pour la désignation d’une personnalité neutre à la tête de l’organisation des prochains scrutins, rappelant au passage au juriste qu’il est que son rôle lui impose une stricte neutralité républicaine, loin de toute déclaration d’émotion.
Les partis politiques, grands oubliés des réformes ? Sur le fond, Assane Dia, de la coalition Diomaye Président, estime qu’en maintenant les associations et les mouvements citoyens dans leurs droits tout en fragilisant les formations partisanes, l’État afficherait une hostilité de fait envers les partis politiques. Il a appelé à une approche résolument inclusive, plaidant pour le financement de l’ensemble des entités participant à la vie démocratique. La faisabilité financière du couplage de plusieurs scrutins, présentée comme une piste de rationalisation, a également suscité des interrogations sans réponse claire.
Bamba Cissé joue l’apaisement.
Face à ce tir groupé, le ministre de l’intérieur a choisi la voie de la sérénité. Saluant la forte mobilisation des acteurs politiques comme une illustration vivante de la tradition sénégalaise du dialogue, il a rappelé que cette première rencontre n’avait pas vocation à trancher mais à informer et à mettre tout le monde au même niveau. Il a rendu hommage aux experts mobilisés notamment le directeur de la DAF Ibrahima Dieng, le directeur général des élections, Birame Sene et le président de la CENA. Le ministre a souligné la présence symbolique d’anciens ministres comme Aly Ngouille Ndiaye et salue son esprit républicain.
Surtout, Bamba Cissé a pris un engagement en disant que cette rencontre ne sera pas la dernière. Il a, en effet, promis de revenir régulièrement vers les acteurs politiques pour recueillir leurs préoccupations, suggestions et critiques. Aux formations absentes, il a adressé un message d’ouverture, assurant que sa porte demeurerait accessible pour toute question d’intérêt national.
Des paroles qui n’ont pas écarté le scepticisme ambiant notamment sur la neutralité du ministre, sur le vote controversé des articles L.29 et L.30 et sur l’avenir des partis politiques dans le nouveau dispositif qui n’ont reçu aucune réponse de fond. Le dialogue promis devra donc, dans les prochaines étapes, prouver qu’il est autre chose qu’une mise en scène de la concertation.