« Pr. Mary Teuw Niane ou la polémique autour le Magal de Touba : J’accuse le populisme religieux et l’intolérance intellectuelle »


« Pr. Mary Teuw Niane ou la polémique autour le Magal de Touba : J’accuse le populisme religieux et l’intolérance intellectuelle »

Suite aux polémiques qui s’en suivirent après les propos tenus par Professeur Mary Teuw Niane sur la tenue du Magal de Touba 2020, force est de constater que notre pays souffre d’un manque de tolérance intellectuelle et s’engouffre dangereusement dans le populisme confrérique ambiant.

 

Les rudiments de la communication nous enseignent que tout énoncé vise souvent le bien mais la compréhension qu’en font les autres peut poser des problèmes de compréhension à plusieurs niveaux. 

 

Autrement dit, tout dépend de l’entendement, de la motivation et de l’état psychologique dans lequel se trouve celui ou celle qui reçoit le message. Nous ne saurions revenir sur ces différents niveaux de compréhension d’un énoncé et les manipulations dont il peut faire souvent l’objet. Nous tenons simplement à dire que le Professeur Niane n’a jamais suggéré que le Magal de Touba doit être annulé. Contexte de la Covid19 oblige, il avait plutôt suggéré que des pourparlers avec les autorités religieuses, en l’occurrence, les autorités mourides s’imposent pour éviter la progression du virus.

 

Nous, qui sommes né au cœur de Touba et dont le grand-père Serigne NGuick Fall fit allégeance au Cheikh et fut parmi les premiers élus de Serigne Touba, sommes obligé de redresser le chapeau du tort, du sentiment d’anti-mouride que les gens voudraient faire porter au Professeur et à tous ceux et toutes celles qui s’expriment sur les confréries, notamment sur la confrérie Mouride.

 

Étant incapable de sonder le cœur des êtres-humains et, au risque de vouloir se substituer à Dieu, l’humilité et le respect de la dignité humaine nous imposent à suspendre notre jugement le temps d’une découverte de soi d’abord vers une découverte l’autre. Il arrive à un moment de notre humanité que se taire face à l’injustice, de quelque nature et quelque bord que ce soit, devient une trahison du principe de vérité qui fonde notre allégeance à Cheikh Ahmadou Bamba. Certes, nous ne connaissons pas le Professeur; nous ne l’avons jamais rencontré, mais avons senti le devoir de vérité digne de Zola pour recadrer les choses non pas pour le défendre, mais pour fustiger les errements d’un populisme doctrinal voire religieux qui mord sur notre cohabitation humaine et sur le dynamisme de notre vivre-ensemble qui s’érode au fil du temps. Si la peur d’exprimer ses opinions sur quoi que ce soit devient de plus en plus la règle et qu’émettre ses opinions sur la res-pub-lica devient l’exception, notre république est en danger.

 

1.Que faut-il comprendre sur les fondements de la célébration du Magal de Touba?

 

Selon Landing Diouf dans son article publié en 2016 (Leral.net) contrairement à ce qu’on a l’habitude de célébrer, « […]le Magal de Touba marque le début de dures épreuves et de souffrances endurées par le Cheikh durant l’exil ». 

 

Ensuite, c’est le Cheikh qui l’a initié (à Diourbel) pour la première fois et a recommandé à ses fidèles de se souvenir de ce jour béni durant lequel il a obtenu tout ce qu’il voulait de son Seigneur : « Celui pour qui mon bonheur est le sien, où qu’il se trouve, devra tout mettre en œuvre le jour du 18 Safar pour rendre grâce à Dieu, car, disait-il, mes remerciements personnels ne pourraient suffire pour témoigner ma reconnaissance au Seigneur. » (Dieudiou, 2016).

 

Certes ces écrits ci-dessus du Cheikh démontrent à suffisance l’importance de la célébration du Magal mais exigent de la gymnastique intellectuelle de la part des lecteurs et lectrices pour bien en saisir et le caractère multidimensionnel et le caractère ésotérique. La « multi-dimensionnalité » peut être ainsi comprise métaphoriquement autour de deux axes de rapports : un axe de rapport vertical où l’être-humain est en parfaite communion spirituelle avec son Divin; un axe de rapport horizontal où l’être-humain teste la véracité de sa communion avec le Divin par la qualité des actes qu’il pose dans sa société.

 

À la lumière de ce schéma sur la grille de lecture de laquelle nous avons analysé les écrits, nous pouvons concevoir que tout dans les écrits de Cheikh Ahmadou que nous avions étudiés ci-dessus semblerait donner l’opportunité aux disciples de choisir de célébrer le Magal chez eux ou le faire en synergie avec la communauté dans un lieu précis. Nous irons plus loin pour dire  que l’axe vertical de rapport spirituel prévaut sur l’axe horizontal de rapport entre les être-humains même si ce dernier n’est pas à négliger outre mesure.

 

1. Quelles leçons en tirer pour notre contexte de Covid 19 ?

 

Homme de Dieu et un grand visionnaire, Cheikhoul Khadim savait que des malheurs du genre de Covid 19 et autres catastrophes naturelles allaient encre frapper l’humanité comme du temps de la peste où la plupart des talibés et élus du Cheikh sont morts. La tradition orale nous rappelle que face aux sollicitations de prières de ses tablés et autres élus (cheikhs) qui mourraient, Cheikhoul Khadim y opposa un niet catégorique et déclara que c’était de la volonté divine et que nul ne doit s’opposer à cette volonté divine (propos rapportés par Cheikh Ahmadou Lô de Touba Dianatou).

 

Tout compte fait, l’expression dans les écrits de Cheikh cités dans la première partie de cette contribution « […]celui pour qui mon bonheur est le sien, où qu’il se trouve, devra tout mettre en œuvre le jour du 18 Safar pour rendre grâce à Dieu […] » est un appel spirituel à caractère universel d’un homme de Dieu qui demande à toute l’humanité de rendre grâce à Dieu pour son départ pour l’exil. Encore faut-il bien noter que ce n’est que plus tard que Touba est devenu l’épicentre du Magal sous la consigne du deuxième Khalif de Serigne Touba Serigne Fallou Mbacké qui ajouta, à juste titre, l’axe de rapport horizontal pour mieux raffermir la solidarité de la communauté mouride autour d’un viatique fondé sur l’unité des disciples. 

 

À bien lire écrits précis de Cheikhoul Khadim sur la célébration du Magal et à bien les comprendre à l’ère de notre temps, les polémiques qui entourent les opinons du Professeur Mary Teuw Niane font fausse note. Elles révèlent plus une mauvaise lecture, incompréhension des écrits de Cheikh Ahmadou Bamba, intolérance intellectuelle ou simple populisme confrérique.

 

Cela va sans dire que cette lecture des évènements n’est pas chose aisée et pas de tout repos. Toute lecture évènementielle ou textuelle est une relecture dynamique qui prend en compte la température du moment, de la psychologie de l’environnement. Ainsi le contexte du Covid 19 nous impose-t-il une nouvelle relecture des choses en fonction de notre contexte. Professeur Mary Teuw Niane n’a pas tort d’avoir voix au chapitre sur un évènement d’une dimension mondiale.

 

Dr. Moustapha Fall,

Enseignant-chercheur

Mardi 11 Août 2020
Dakaractu



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