Pr Jean Emmanuel PONDI : « Comment parler d’État de droit quand le peuple ignore sa propre constitution ? »


En marge du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, le Pr Jean Emmanuel Pondi, Directeur Honoraire de l’Instiut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) et Recteur Honoraire de l’ICT University , est revenu sur l’un des maux les plus silencieux qui minent la stabilité institutionnelle du continent. Il s’agit de l’ignorance généralisée des constitutions par les peuples africains eux-mêmes. Posant un test simple à l’assistance pourtant composée de personnalités éduquées et aguerries, le recteur camerounais a mis en évidence une réalité troublante. Il faut se poser la question de savoir, combien d’entre nous connaissent réellement le contenu, voire le simple nombre d’articles, de la constitution de leur pays ? La réponse, largement prévisible par son silence.

 

Il y’a visiblement une faille structurelle profonde. Les constitutions africaines, rédigées dans les langues des anciennes puissances coloniales, n’ont pour la plupart jamais été traduites dans les langues locales et patrimoniales, constate le professeur qui laisse penser qu’elles n’ont jamais fait l’objet d’un enseignement dans les lycées, les collèges, les universités, ni même dans les structures religieuses ou associatives de proximité. En effet, il estime que ces textes fondamentaux, censés incarner le pacte social entre l’État et ses citoyens, demeurent l’apanage des constitutionnalistes, totalement étrangers aux populations qu’ils sont pourtant censés régir. « La constitution ne concerne pas les constitutionnalistes. Elle concerne les citoyennes et les citoyens, c’est-à-dire ses utilisateurs », a déclaré le Pr Pondi qui souligne l’absurdité d’une situation où l’on débat d’appropriation populaire d’un texte que le peuple n’a jamais lu, ni même entendu dans sa propre langue.

 

Cette réalité soulève selon lui, une question fondamentale pour la démocratie africaine : peut-on légitimement parler de souveraineté populaire, de légitimité constitutionnelle ou d’État de droit, lorsque les populations concernées ignorent jusqu’à l’existence des règles qui les gouvernent ? Le recteur de l’ICT University défend sur ce point, une hypothèse inverse à celle généralement admise : ce n’est pas une évidence que les peuples africains connaissent ou s’approprient leurs constitutions. C’est au contraire une exception.

 

Ce déficit d’appropriation constitutionnelle, considère le spécialiste en sciences politiques et en relations internationales, n’est pas sans conséquences sur la stabilité politique du continent. Il contribue selon lui à vider de leur substance les transitions démocratiques, à fragiliser la légitimité des institutions et à laisser le champ libre aux pouvoirs de fait qui prospèrent précisément sur l’ignorance civique des populations. Sans citoyens informés, il ne peut y avoir ni contrôle du gouvernant, ni résistance efficace aux dérives autoritaires.

 

La solution, selon le Pr Pondi, est à portée de main et ne nécessite aucun investissement financier majeur. Il suffit simplement d’une volonté politique, pour traduire les constitutions dans les langues locales, les intégrer dans les curricula scolaires et universitaires et en débattre dans les espaces communautaires.

Mardi 21 Avril 2026
Dakaractu